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Comment des prêts publics servent les paradis fiscaux

La Banque européenne d’investissement (BEI) continue à financer des projets impliquant des paradis fiscaux, de quoi mettre en doute sa communication qui ne cesse de les dénoncer.

Alors que François Fillon affirme que « des trous noirs comme les centres offshore ne doivent plus exister », Gordon Brown suggère à Washington d’interdire les paradis fiscaux. Depuis quelques mois et le début de la crise financière, les décideurs européens rivalisent de déclarations incendiaires à l’encontre de ces territoires dits non-coopératifs. Pourtant, le dernier rapport des Amis de la Terre, « Au diable le développement : comment les prêts de la BEI servent les paradis fiscaux », démontre que de nombreux projets financés par la Banque européenne d’investissement impliquent des paradis fiscaux et des multinationales qui utilisent des centres offshore. Or les politiques d’investissement de la BEI sont décidées par les Etats membres de l’Union européenne (UE), qui sont ses actionnaires. Difficile alors de croire que ces derniers entendent vraiment lutter contre ces pratiques.

BEI : les portes du paradis ?

Dans la région ACP (Afrique – Caraïbes – Pacifique), la BEI se présente comme « un partenaire pour le développement et les objectifs de développement pour le millénaire  ». En fait de développement, la banque soutient essentiellement des méga projets d’infrastructures bénéficiant à des multinationales du Nord, projets souvent rattachés à des centres offshore. Le Gazoduc Ouestafricain au Nigeria, la mine de Tenke Fungurume en République démocratique du Congo ou la mine de Mopani en Zambie sont liés aux Bermudes ou aux Iles Vierges. La banque investit également dans des fonds promettant des taux de rentabilité tellement élevés qu’ils recourent à des stratégies d’investissement très agressives, utilisant l’évasion fiscale.

On sait que l’évasion fiscale illégale représente globalement dix fois le volume de l’aide internationale. Les paradis fiscaux et toutes les pratiques qu’ils entraînent sont donc une entrave grave au développement. Ils affaiblissent les institutions publiques et la démocratie. Il est scandaleux que la banque de l’UE finance des projets gérés par des promoteurs utilisateurs de centres offshore.

Maintenir la pression

Avec leur nouveau rapport, les Amis de la Terre lancent une campagne pour demander à la banque européenne de ne plus alimenter les paradis fiscaux et d’assurer une transparence totale de ses prêts afin de garantir cet engagement. Le 9 juin 2009, une première action de rue était organisée à Bruxelles pour interpeller le Conseil européen et la Commission sur ce sujet. La BEI a d’ores et déjà promis de se pencher rapidement sur de nouvelles normes pour faire face à cette situation, « à la lumière des conclusions formulées lors du sommet du G20 » de Londres. Une bonne raison de maintenir la pression sur la banque, pour que cette politique ne fasse pas figure de purgatoire.

> ANNE-SOPHIE SIMPERE

Rédigé le