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Complément à l’article sur le charbon dans la Nièvre paru dans le Courrier de la Baleine

20 décembre 2006,
Par Coordination ATF

Pour les Amis de la Terre France, les ravages inhérents au recours à l’énergie nucléaire et à la banalisation de la radioactivité restent un des pires risques qui menacent l’humanité et la planète.

Compte tenu de la situation très spécifique de la France dans le paysage nucléaire mondial et de sa responsabilité majeure dans les mécanismes de prolifération de toutes les technologies nucléaires - les ATF seraient donc prêts à envisager le recours transitoire à des centrales modernes au charbon « propre » :

  •   à des fins de sortie très rapide du nucléaire,
  •   en complément de toute une panoplie d’autres moyens (voir note en fin d’article)
  •   et en remplacement d’une quantité au moins équivalente des mégawatts nucléaires existants,

    À CONDITION que ces centrales au charbon soient :

  •   conçues de façon à être aisément reconverties pour fonctionner dès que possible avec des combustibles renouvelables (biomasse, biogaz...)
  •   couplées à des réseaux de chaleur pour éviter les gaspillages d’énergie thermique
  •   alimentées en charbon de provenance locale, extrait dans des conditions socialement et environnementalement acceptables.

    Le surplus d’émissions de CO2 serait alors compensé au niveau national par des réductions d’émissions dans les secteurs du bâtiment et des transports routiers et aériens.

    En revanche, nous estimons totalement inacceptable que du charbon extrait en France soit transporté sur des centaines ou des milliers de kilomètres pour être brûlé à l’étranger et, bien sûr, que du charbon issu de Pologne, d’Australie ou d’ailleurs soit brûlé en France, comme c’est encore le cas, sous prétexte qu’il est « meilleur marché ». De même, nous refusons que du charbon soit utilisé sous forme de carburant liquide de substitution pour faire rouler des voitures, ou sous forme gazéifiée pour remplacer des hydrocarbures.

    Dès lors, pour les Amis de la Terre, l’unique contexte dans lequel pourrait à la rigueur se concevoir la construction en pleine campagne nivernaise d’une centrale thermique de 1000 MW alimentée en charbon local et couplée à une THT serait un plan de sortie en urgence de l’électronucléaire en France et, en particulier :

  •   la fermeture préalable d’au minimum un des réacteurs de 900 MW de la centrale nucléaire de Dampierre (dont l’existence menace gravement et très quotidiennement les habitants de toute la région, site de la mine envisagée compris)
  •   l’engagement de ne pas construire d’autres réacteurs électronucléaires à la place, ni en France, ni ailleurs.

    À défaut, il est clair que pour disposer de ces 1000 MW, il est infiniment plus rationnel, d’un point de vue écologique et humain, de construire :

  •   plusieurs centrales électriques plus petites (quelques centaines, voire dizaines de MW)
  •   fonctionnant par exemple au bois ou au gaz naturel (remplaçable à terme par du biogaz)
  •   à proximité des principaux lieux de consommation d’électricité (villes ou installations industrielles, et notamment Dijon, Nevers et Autun, pour s’en tenir à la Bourgogne).

    Cela permettrait :

  •   d’éviter les pertes en ligne liées au THT
  •   de coupler ces centrales avec des réseaux de chauffage urbain au lieu de laisser se perdre dans l’atmosphère les 2/3 de l’énergie produite par combustion
  •   de faire équitablement supporter les nuisances de ces installations à leurs principaux bénéficiaires
  •   de garantir une meilleure surveillance de ces installations industrielles.

    Bref, la construction d’une centrale nivernaise à charbon « propre » et l’exploitation de la mine associée ne pourraient pour nous s’inscrire que dans le cadre d’un réel projet démocratique de sortie à court terme de l’électronucléaire, que nos élus semblent - hélas - pour l’heure très loin d’envisager... Mais il ne faut jamais désespérer !

    NOTE sur la "panoplie d’autres moyens" :

    turbines à gaz en cogénération, filière bois-énergie, décentralisation des productions, autonomie énergétique des bâtiments, encouragements réels au développement des énergies renouvelables telles que le solaire, l’éolien, l’hydrolien... et bien sûr, fin des gaspillages et maîtrise de l’énergie !

    Pour aller plus loin :

    voir le document "Proposition de texte de positionnement sur l’éventualité d’un recours au charbon pour la production d’électricité en France", téléchargeable dans l’article électricité et charbon