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Soutien à Kokopelli et décryptage d’une stratégie

3 février 2008,
"Main basse sur les graines !" alertent les Amis de la Terre

A lire sur le site de KOKOPELLI la lourde condamnation, scandaleuse et prévisible.

Lire aussi le communiqué du Réseau semences paysannes


De Françoise Chanial des AT Poitou.

KOKOPELLI, le bossu joueur de flûte et semeur de vie, vient d’une légende amérindienne et donne son nom à une association pour la sauvegarde de la diversité des graines. Ce patrimoine commun à toute l’humanité est aujourd’hui confisqué par l’agro-industrie. Depuis 15 ans, KOKOPELLI s’emploie à faire reconnaître des centaines de variétés traditionnelles reproductibles dont la commercialisation est interdite. Comme le "Réseau Semences paysannes", il clame que notre souveraineté alimentaire passe par l’autonomie semencière. Et l’ETAT FRANÇAIS le condamne pour concurrence déloyale !

Une attaque en règle contre les semences paysannes

Le "Réseau Semences paysannes" et les Amis de la Terre dénoncent une attaque savamment orchestrée. La faute de Kokopelli et des paysans qui reproduisent leurs semences, c’est de contourner le catalogue officiel obligatoire et le COV, le certificat d’obtention végétale. Ceux-ci ne sont ouverts qu’aux "variétés" homogénéisées et stabilisées, qui n’ont de "variété" que le nom, alors que la riche et réelle variabilité des ressources naturelles permet de mieux faire face aux aléas du climat et des attaques parasitaires. Il faut de plus de gros moyens financiers pour les faire homologuer. Au printemps 2006, le lobby semencier a imposé à la France la ratification d’un accord de 1991 qui ravale la semence paysanne au rang de « contrefaçons ». Et en effet, pendant les discussions du Grenelle de l’environnement, les semenciers ont fait voter une loi qui permet de poursuivre pour contrefaçon le paysan producteur de semences de ferme. La charge de la preuve est inversée : c’est le paysan qui doit prouver qu’il n’est pas contrefacteur en certifiant l’origine de sa semence. Seuls sont à l’abri ceux qui s’acquittent de la CVO, contribution volontaire obligatoire ( ???), qui alimente... les caisses des semenciers !

La suite se trame en coulisse

Ces faits augurent mal de la "simplification" annoncée des lois semencières européennes, nommée « Better Régulation ». Ces lois ont déjà permis aux firmes de s’emparer gratuitement des variétés "découvertes"et de faire valoir dessus de prétendus Droits de Propriété Intellectuelle interdisant aux paysans d’en reproduire les semences. Le patrimoine commun des paysans devient patrimoine exclusif de l’industrie semencière par le biais des COV et des brevets : 130 000 variétés ont déjà été ainsi accaparées. La France souhaite profiter de sa présidence de la CE en 2008 pour organiser un « sommet européen du gène ». Le Président français, Nicolas Sarkozy vient de prendre acte du discrédit porté sur les OGM pesticides (ceux qui produisent des insecticides, et ceux qui tolèrent - et donc absorbent- les désherbants). Et plusieurs prises de positions européennes vont dans ce sens. Mais le même Président annonce dans le même temps une dotation de 45 millions d’€ pour les recherches en biotechnologie... La place reste libre pour les manipulations qui ne répondent pas strictement à la définition des OGM visés par la Directive, les OGM clandestins (plantes mutées, fusions cellulaires) et les OGM "sécurisés"(dont le transgène est neutralisé avant la commercialisation). Notons que les OGM qui servent à l’alimentation animale ne sont pas signalés aux consommateurs et l’OMC s’en félicite. Les OGM dits sécurisés concernent par exemple aux agrocarburants. La place reste libre pour le COV et le brevet sur le gène qui n’ont qu’un but : permettre aux semenciers d’exiger des royalties. La place est libre aussi pour de nouvelles biotechnologies assistées par marqueurs moléculaires, et pour les nanotechnologies qui n’ont pas même d’existence juridique.

La voie paysanne

Le Traité TIRPAA ( Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l’Agriculture et l’Alimentation, ratifié par 116 pays dont l’UE et la France en 2007 mais pas par les USA), reconnaît aux paysans le droit de conserver, utiliser, échanger et vendre des semences de ferme. Les Amis de la Terre appuient les organisations paysannes, en particulier Via Campesina, qui défendent les droits collectifs des paysans et la reconnaissance de leur rôle indispensable à la conservation des ressources "in situ", dans leurs champs. Les droits privés de propriété intellectuelle sont source d’abus sans fin : s’agissant des semences, ils organisent la confiscation par quelques multinationales de la totalité des variétés disponibles et portent gravement atteinte aux liens fondamentaux qui unissent les peuples et leur alimentation. Il est urgent de les dénoncer et de les mettre hors la loi.



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