
Président d’ID Lorraine : le thème nous a motivé, il faut réagir pour sauver la planète. Nous trouvions important de réunir trois personnalités qui ont consacré leur vie à la défense de l’environnement. Nous rendons particulièrement hommage à J.M PELT pour son travail depuis 40 ans.
Président du CDJ : Nous avons depuis longtemps mené ds actions dans nos entreprises en tant que jeunes dirigeants. En 1982, nous avons développé le concept d’entreprise citoyenne. En 1992, nous avons développé le concept de développement durable en performances globales, c’est-à-dire en autre dans le respect de l’environnement. Nous avons un regard positif sur le monde, mais le développement durable est loin d’être encore suffisamment développé. Il est certain que nous devons tous changer nos comportements et nos modes de productions, c’est le ferment de notre développement futur. Nous avons une responsabilité énorme pour l’avenir d’une autre économie.
C. MOREL : un enfant né aujourd’hui, quel sera son environnement dans 70 ans ?
J.M. PELT : Si l’on part des constats actuel et que rien ne change, le climat lui, va changer. Les climatologues sont pessimistes, leur rapport 2007 sera encore plus catastrophique. Même se s’y mettant maintenant, certaines choses sont déjà irréversibles. Il y aura trop peu de forêts tropicales, donc pas de pluies ou pas assez. Cela va entraîner des situations très difficiles particulièrement dans les pays du Sud, cela va entraîner de grands mouvements de population, ce qui provoquera des guerres. Et aussi bien évidemment de grandes pertes d’espèces vivantes. Il y a déjà eu 5 extinctions des espèces, la 6ème qui s’annonce sera causée par l’homme et non par des météorites ou autres phénomènes. Le problème actuellement est qu’on ne sait pas à partir de quelle perte il y a irréversibilité.
Déjà :
des poissons disparaissent : la morue par exemple,
de plus en plus de cancers à causes des poluttions : nous avions, il y a 30 ans, dénoncé l’amiante, des molécules dans l’atmosphère sont cancérigènes,
la polution de l’air provoque des allergies, de l’asthme...
la stérilité des hommes se développe aussi à cause de molécules par pollution.
Il faut aller aux causes des maladies, beaucoup proviennent de la pollution. Il y a un nombre énorme de personnes dans le monde qui meurent à cause de l’eau contaminée.
M. BARNIER : J’interviens ici avec la position de l’homme public, je ne parlerai pas au nom de tous les acteurs politiques.
Je fais un constat : le temps politique, j’usqu’à l’élection qui arrive n’est pas celui qui exige vision et courage, ce sont des habitudes à bousculer. Dans l’histoire quelques politiques l’ont fait, sur le projet européen par exemple. Les partis politiques ne mesurent pas l’urgence du constat à cause de ce que je viens de dire. Ce que j’ai fait en tant que ministre de l’environnement (25ème rang), je n’ai pu le faire que parce que j’avais le soutien personnel du 1er ministre (M. BALLADUR) et du président de la république (F. MITTERRAND), cela doit changer.
Il y a urgence, il n’y a plus d’incertitudes là-dessus. En 2050, le climat désertique aura gagné le Sud de la France. Il faut donc retrouver cette urgence dans les projets politiques.
Je propose une méthode :
1) il n’y a pas une seule solution, mais des réponses complexes,
2) changer la structure du gouvernement et faire que celui qui est en charge de l’environnement soit placé au plus haut niveau pour imposer des règles,
3) le bon niveau pour agir aujourd’hui face aux Etats-Unis, c’est le niveau Européen : il s’agit de mutualiser nos compétences dans la recherche, sur des domaines comme le stokage et l’enfouissement du CO2, les nouvelles énergies,
4) les débats publics car il faut interpeller les hommes politiques.
N. HULOT : avec J.M. PELT, nous sommes optimistes de nature, mais c’est vrai qu’il y a urgence alors qu’il y a 30/40 ans on n’a pas écouté ceus qui nous prévenaient. La communauté scientifique confirme l’urgence. S’il a fallu tout ce temps pour partager le diagnostique, c’est qu’il est long de réinitialiser l’héritage culturel, nous n’avons pas encore assimilé que la terre était ronde, que notre monde est fermé, limité. Or, il est grand temps d’édicter des règles en tenant compte de ce que la planète peut donner par rapport à ce que nous lui demandons.
Nous allons atteindre 4 pics :
démographique : le plus délicat, il est l’effet pervers du progrès des XIXè et XXè siècles. Nous tendons actuellement vers 7 milliards à la fin de ce siècle.
de consommation : ce pic démographique entraîne une augmentation énorme de la consommation.
de pollution : de même pour la pollution. Ce qui est le pire, c’est que les grands équilibres de la planète sont touchés : l’effet de serre.
d’érosion et d’atteinte à la biodiversité : des milliers d’espèces sont en train de disparaître (50% du vivant est compromis), nous allons en spolier les générations futures.
Il y a grande vanité à penser que nous pourrions ne pas tomber avec la branche, croire qu’on pourrait tirer notre épingle de ce chaos.
Sommes-nous réellement civilisés ? La blessure la pire à notre vanité fut lorsque Darwin nous a fait la démonstration que nous avions une matrice commune avec les espèces, et nous refusons notre communauté de destin avec le reste de la terre.
Le XXIè siècle devait être celui de l’éthique, où est l’étique lorsque nous diminuons nos ressources génétiques, réduisons nos clés pour le futur.
Ces changements climatiques, dont tous les climatologues nous parlent vont entraîner au cours du siècle des phénomènes de rupture dont les les préjudices en cascade sont inimaginables, vont réapparaître des épidémies, des épizooties, l’humanité va s’affronter sur de faux clivages, les pays du Sud seront fascinés par ceux du Nord, car la dégradation de leur région augmentera leur appétence pour nos régions, cela entraînera de grands troubles géopolitiques.
Le monde de demain sera différent de gré ou de force, à nous de savoir si nous voulons organiser ce changement.
C. MOREL : Des solutions ?
J.M. PELT : Avec le réchauffemnt climatique, nous avons déjà atteint un état d’irréversibilité, tout comme à Tchernobyl pendant des milliers d’années, la terre y restera stérile.
Le pétrole s’est constitué pendant des millions d’années, en 2 siècles nous avons mis tout son carbone dans l’atmosphère. Va-t-on pouvoir limiter à 2° le réchauffement tant que tous les soirs, à la télé, on voit des publicités pour les voitures qui ne parlent jamais de la consommation de ces véhicules et de la pollution qu’ils provoquent.
Les solutions ? C’est notre culture qui doit changer : chacun doit se poser des questions sur son comportement.
Et il faut constater aussi :
les consommateurs européens ne veulent pas des OGM, pour l’instant en Europe, il n’y en a pas,
sans l’Union Européenne, il n’y aurait pas eu Kyoto, l’U.E. y a été très efficace malgré les Etats-Unis,
sans les Nations Unies, il n’y aurait ni Kyoto, ni Rio, ni Johannesburg.
Nous devons développer un esprit de citoyen du monde, tout en agissant à notre niveau et localement.
En Europe, la France n’est pas en avance sur le plan écologique, nous, nous avons de bons ingénieurs qui savent faire de bons avions, des centrales nucléaires, mais du Clémenceau, nous ne savons pas quoi en faire.
Nous habitons près de frontières, il nous faudrait regarder un peu ce que font nos voisins.
N. HULOT : localement et de façon marginale, il y a des petits succès mais pour l’instant pas de pays qu’on peut donner en exemple.
Le monde a la tête tournée ailleurs :
on met des énergies énormes à s’affronter dansle monde,
on disperse ses énergies sur des futilités en France.
Et je pourrais continuer la liste, alors qu’il y a une information à partager : qui que nous soyons, nous ne serons pas épargnés, quel que soit le statut social, la situation géographique... rien ne protègera du drame planètaire.
On se mobilise contre le terrorisme, on déploie des moyens énormes au moment du tsunami, mais on continue à attribuer des sommes colossales pour l’armenent (en France, le budget de la défense est le 2ème de l’Etat)...
Pourquoi sommes-nous les seuls, les écologistes à tenir ce discours, alors que le risque existent pour tous, qu’il s’agit du sort de l’humanité ? Sommes-nous les seuls prédicateurs ? Il ne faut pas attendre des écologiques qu’ils vous donnent toutes les solutions.
Par exemple que dire du culte de la croissance ? C’est un facteur de désastre pour la planète, alors la question est : comment passer du produire plus au produire mieux ?
Nos sociétés ne sont pas prêtes, et il faudrait que l’ensemble des leaders politiques en prenne aussi conscience, et se rallient enfin sur des choses concrètes, qu’ils concentrent leurs énergies sur ces enjeux.
De plus, évidemment, tout le monde doit se mettre en route au niveau de la société où il est.
M. BARNIER : Nous sommes dans la réaction d’urgence avec le tsunami, au titre du devoir de solidarité, il s’agit de la réparation.
Mais en matière d’écologie, on est dans la prévention, nous devons nous efforcer de limiter les conséquences de phénomènes naturels, y compris sur le changement climatique.
Les conséquences seront tragiques, des changements de comprtements sont obligés. De toutes façon, en terme de coût, ça coûte plus cher de ne pas s’occuper. Le coût potentiel du changement climatique serait de 74 000 milliards d’euros, des sommes démesurées.
Il y a donc des décisions à prendre sur le plan économique : par exemple, les voitures propres, le ferroutage, moins d’autoroutes... La plupart des sujets sont des sujets difficiles, qu’on ne peut aborder seuls, nous les français, il y a dons nécessité de règles communes en Europe et par des accords internationnaux. Si toutes les grandes puissances ne veulent pas aller plus loin que Kyoto même, (or des pays en voie de développement comme la Chine vont doubler et plus leur consommation) il faudra alors, que l’Europe dise : on limite par des taxes, les produits venant de l’extérieur.
Il faut créer une force européenne de protection civile, qui s’occuperait entre autre de prévention des catastrophes naturelles et nucléaires.
N. HULOT : L’Europe tient début de solution, mais je pense que la France a un rôle à jouer très important en europe, en proposant des solutions différentes :
en prenant garde à ce que l’Europe ne prenne pas des décisions institutionnelles qui empêchent le développement de l’écologie,
elle peut aider à développer une société de modération, et qu’on n’entende plus parler d’anecdotes comme celle du tunnel de Fourvières : deux camions se télescopent, l’un transportant des tomates du Sud vers le Nord, l’autre transportant des tomates du Nord vers le Sud !! Ou encore, l’arrêt d’aberration de certaines pratiques de pêche notamment où l’on rejette 50% des produits à l’eau, ou le fait que 70% de l’eau de la planète est utilisé pour l’agriculture, surtout dans nos pays quand 4% serait suffisant.
Quelques points me semblent essentiels :
si on atteint le niveau où la réalité se rapelle à nous, ce sera un signe violent, et ce sont d’abord les plus faibles qui vont en pâtir,
j’ai la conviction que tout cela est peut-être un peu comme un signe divin, une occasion magnifique de redonner du sens au progrès. Nous ne sommes pas démunis pour agir : nous avons des outils scientifiques, historiques... pour nous redonner une autre finalité que cette soif du toujours plus. Cela peut nous obliger :
à nous rapprocher
à nous libérer du conditionnement de la société matérialiste à laquelle moi aussi j’ai participé
Il ne s’agit pas d’aller vers une forme d’ascétisme, mais de trouver un équilibre entre capital materiel et capital immatériel. Enfin comprendre le vrai sens de la solidarité.
Question d’une personne du public sur le gourvernement Bush et son refus de signer des protocoles comme Kyoto :
N. HULOT : Bush a dit : "le mode de vie des Américains n’est pas négiciable"
Tous les Américains ne sont pas sur la ligne de Bush et des villes et des Etats ont décidé de réaliser Kyoto. Et plusieurs communautés scientifiques ont dit que le danger climatique est bien plus grave que le danger terroriste.
J.M. PELT : La biodiversité est en péril, je vais vous le montrer par une image : lorsque j’étais étudiant en pharmacologie, je faisais un herbier, 50 ans après au même endroit aucune des plantes n’y est encore.
Dans les régions tropicales, les pertes sont massives, car quand la forêt disparaît, toutes les espèces qui en dépendaient, disparaissent aussi.
A-t-on besoin de ces espèces ?
oui, pour les médicaments,
oui, pour sauver les espèces cultivées : en Afrique, le manioc sauvage a permis de sauver cette culture.
La nature a un don de gratuité étonnant : il existe sûrement de 10 à 20 millions d’espèces : c’est une générosité incroyable, elles peuvent se remplacer les unes les autres, mais au bout d’un moment, il y aura irréversibilité.
L’histoire des chats de Darwin est racontée, elle montre que tout a besoin de tout (et en particulier des vieilles demoiselles anglaises qui élèvent des chats).
N. HULOT : Des populations entières d’animaux disparaissent. A Bornéo, les orang-outangs disparaissent, la forêt a terriblement diminué, de plus ils doivent aller chercher leur nourriture très variée en dehors de la forêt, quand ils en sortent, ils sont écrasés, ils s’électrocutent...
Un philosophe a dit " l’homme est un animal qui a trahi, l’histoire est sa sanction."
C. MOREL : Que pensez-vous de la réinsertion des ours dans les pyrénées ?
N. HULOT : Je juis triste que la préservation d’un petit groupe d’ours entraîne une telle guerre civile, que pensent les populations d’Afrique qui ont à protéger tant d’animaux sauvage ?
Si le "sauvage" n’a plus droit de cité, nous n’aurons plus d’antidotes à nos sociétés et le monde sera triste.
J.M. PELT : Je suis effaré par l’énormité des réactions que provoque ce petit problème. Un préfet avec tout son staff, les forces de la république mobilisées contre un ours. Mais s’il n’y a plus d’ours, il n’y aura plus de nounours ? Nos rapports avec les animaux ne sont pas immuables, les loups ont donné les chiens.
M. BARNIER : La disparition des espèces est le premier indicateur de la réalité du manque de développement durable. Il faut qu’on arrive à ce que les gens acceptent cette situation écologique, nous avons tous besoin de la biodiversité. Le pire, c’est l’opposition sur ce genre de souci écologique. Beaucoup de défis écologiques ne seront pas relevés si on reste à la confrontation entre citoyens, les acteurs politiques doivent comprendre cela, et en premier lieu essayer de réunir les citoyens sur les problèmes d’écologie.
La liste rouge d’espèces menacées contient 1700 espèces.
Au-delà du constat, il faut savoir comment réagir : 4/5 grandes causes ont des conséquences pour lesélus, les citoyens :
la destruction des habitats : la moitié des zones humides ont disparu depuis 1950,
surexploitation des ressources : il faudra des aides à se reconvertir pour certaines activités humaines,
le développement d’espèces envahissantes,
la pollution,
le changement climatique.
Des décisions urgentes, concrètes sont à prendre, mais on se heurte à de grandes difficultés.
Question d’un élève d’un Lycée de Hayange : comment sensibiliser les jeunes au collège et au Lycée ?
J.M. PELT : Il faut replacer la nature dans l’enseignement, et pas seulement les gènes, les techniques. Le problème c’est que l’Education National doit transmettre des savoirs, et des valeurs aussi, ce qui est plus difficle.
Il n’y a pas d’idéologie dans cet enseignement et l’information pour les jeunes dès la maternelle car ce qu’on n’acquiert pas tôt, on ne l’acquiert jamais. Tant que la culture n’intègre pas la transversalité et la vision du futur, on ne pourra construire une culture commune. On nous parle pour la construire de la mémoire de l’esclavage, etc... mais il y a aussi la connaissance de la nature qui est notre futur. Les jeunes doivent apprendre qu’ils dépendent plus de la nature que de leur portable.
Question d’un élève d’un lycée technique : L’enseignement dans nos lycée est très technique et je n’y vois pas le développement durable ?
N. HULOT : oui, voilà, dans notre société le concept de développement durable n’est pas dans tous les domaines.
Il faut recréer du lien avec la nature, il faut que les enseignants puissent faire des sorties, afin de mettre les élèves en situation de disponibilité pour apprendre que nous dépendons du vivant.
Il s’agit d’apprendre à aimer la nature, il y a trois raisons essentielles d’aimer la nature :
c’est le beau, la beauté est le langage le plus universel, tout humain sur la terre est ému par la beauté de la nature. Ce langage est à interpréter comme un signe de respect.
la compréhension des stratégies du vivant : on peut s’émerveiller sur le fait que les papillions comme les végétaux "parlent" un langage chimique.
la nature est notre grande pourvoyeuse de ressources, pas l’industrie : 3/4 des médicaments viennent de la nature, particulièrement de la canopée (note de M.D. : écran formé par la partie supérieure de la végétation de la forêt tropicale).
L’homme est un tout, on n’a pas d’autres choix que d’être solidaire avec le reste de la nature, et aussi de rappeler que le dauphin avec son sourire anatomique n’est pas plus important que le requin.
M. BARNIER : Je sens un nouvel engagement y compris du capital vers ses sujets. Des actions locales pour les jeunes doivent se développer.
N. HULOT : Chacun doit prendre sa part de responsabilité. Une organisation collective doit se mettre en place avec cohérence entre l’écologie et l’action publique.
Ce que nous avons proposé avec "défi pour la terre", c’est un geste de chacun, ce n’est pas la panacée, mais nous sommes 500 000 à avoir signé, quand je retourne vers les politiques en disant que 500 000 personnes se sont engagées, ça montre qu’il y a disponibilité vers la mutation, et les politiques peuvent organiser cette nouvelle société. Dans cette nouvelle société, on vivra différemment, mais pas moins bien : avec moins de biens, mais plus de liens.
dans l’espace : les premiers qui vont trinquer c’est toujours les plus démunis, du Sud ou du Nord (voir ce qui s’est passé en Nouvelles-Orléans)
avec le vivant : nous avons opéré un schisme avec le reste du vivant, c’est grave pour des humains qui se veulent "civilisés".
avec le futur : comment oser spolier les générations futures de ce patrimoine que nous avons reçu en héritage ?
C. MOREL : Nous allons vers une conclusion de cette soirée, J.M. PELT, auriez-vous cru, il y a 40 ans pouvoir réunir aujourd’hui à Metz 2500 personnes sur ces sujets ?
J.M. PELT : non, 2500 personnes se mobilisant pour parler d’écologie, je ne l’aurais pas cru.
M. BARNIER : c’est de débat démocratique dont notre pays a besoin. Quand on est élu, il faudrait se dire que quel que soit le territoire à gérer, à la fin du mandat il doit être dans le même état ou en meilleur état plutôt. Nous devrions plus penser au progrès collectif. Pour cela, il y a deux choses importantes pour moi, dans le projet européen, le progrès collectif de paix, et le développement durable pour donner du sens au progrès.
J.M. PELT : pour réussir, il faut que se dessine une très forte volonté politique. Schuman voulait la paix pour l’Europe. Il est vrai aussi qu’une forte volonté politique ça peut coûter très cher : Schuman était un homme politique qui avait l’audace de donner la main aux allemands, à l’époque, ça pouvait le faire couler politiquement, mais Schuman n’était pas sensible à cela. (suit une anecdote illustrant le détachement de Schuman).
Président du CJD : ce soir, je retiens que l’écologie peut être le sens de nos existences. J’aimerais que J.M. PELT nous parle de théodore MONOD et raconte une anecdote qu’il m’a racontée.
J.M. PELT : Théodore MONOD est un savant que tout le monde connaït, une presonne engagée, grande figure de l’écologie. Il était âgé quand je l’ai connu, un jour, comme souvent les personnes âgées, il avait envie de me parler un peu plus confidentiellement : "Nous sommes des naturalistes, une espèces en voie de disparition, nous sommes dans les associations, mais plus dans les universités.
Nous sommes d’accord sur beaucoup de points, mais sur lequel je ne suis pas d’accord avec vous, c’est que vous êtes optimiste, moi, pessimiste : l’homme va disparaître car nous sommes une espèce terriblement agressive, trois générations encore et nous nous battons pour le peu qui restera. Nous avons eu de grands messagers, le Bouddha et la compassion, Jésus et l’amour les uns des autres ; à 96 ans, je n’ai jamais rencontré quelqu’un disant que ces messages sont idiots, mais on n’a jamais essayé pour de bon, la compassion et l’amour. Ca serait bien que les humains deviennent des frères, il n’y aurait plus toutes ces confrontations terribles". Il pleurait.
Il est d’abbord nécessaire de développer des relations humaines de grande qualité.
photo prise par Martine de Nicolas Hulot signant des autographes pour les jeunes venus l’écouter.

Martine DELAMARRE
Un grand merçi à Martine pour avoir assisté au nom des Amis de la terre à cette conférence et pour ce compte-rendu aussi complet.
Sophie DROGOU