La messagerie électronique a fait faire un bon en avant spectaculaire dans la communication. Pouvoir contacter des proches ou des amis, sans oublier les communications internes aux entreprises, c’est à l’évidence un progrès incontestable . Mais peut-on n’en parler que sous l’aspect d’un progrès ? Chaque fois qu’on envoie un message, on est seul devant un écran anonyme, une machine, qui ne peut nous répondre. Il s’agit bien là d’une situation particulière, et qui ne ressemble pas à un échange spontané, comme c’est le cas lors d’une conversation en face à face, ou d’une conversation téléphonique. Dans ces deux derniers cas, il y a échange immédiat par la parole, avec toutes les nuances que le langage direct peut apporter à nos propos. Cette parole permet le contact immédiat au niveau de la réception.
En est-il de même par la messagerie électronique ? La plupart du temps, on écrit en essayant d’aller VITE à ce qui nous paraît être l’essentiel, et lorsqu’il s’agit de réponse à un message reçu, on écrit VITE ce qui nous passe par la tête, afin d’être EFFICACE. Mais on écrit des choses devant l’ordinateur qu’on n’oserait pas prononcer, et l’on ne sait pas comment l’écrit sera reçu.
Quant au nombre de messages que nous recevons ( lorsque nous sommes sur une liste de membres des ATMP à contacter, par exemple ...), il est impressionnant ! Les effets s’ajoutent par ricochet : une personne reçoit un message, envoyé à d’autres (1ière liste ) , elle le renvoie à sa propre liste - où vous vous trouvez encore (2ième liste ) etc.
Et c’est ainsi que vous vous retrouvez devant une quantité impressionnante de messages à décrypter - lorsque vous n’êtes pas un(e) passionné(e) de l’ordinateur, soit par choix ( refus de lire chaque jour ses messages ), soit par manque de temps, soit à cause d’une absence de quelques jours. Et dans ce flot, comment aller à l’ESSENTIEL, qui ne saute pas aux yeux ???
Et les personnes qui n’ont pas d’adresse courriel ? Faut-il les laisser sur le bord du chemin ? Et en faire de même avec ceux qui n’ont pas de téléphone mobile ?
Nous avons de l’énergie à dépenser, pas à disperser. C’est malheureusement ce que je ressens de plus en plus devant le foisonnement dont je viens de parler. Encore une fois, il ne s’agit pas de supprimer l’usage du courriel, mais de le maîtriser.
Le risque est grand de voir les rapports humains n’exister que par robotique : qui n’a pas entendu parler de collègues travaillant dans des bureaux voisins, et qui ne communiquent plus que par « email « ? ou de personnes substituant l’envoi de messages courriel à leur présence physique ?
Pour des écologistes, la question me semble grave, car il s’agit de réfléchir à la Société dans laquelle nous souhaitons vivre, et que nous transmettrons aux générations futures.
Devant l’ordinateur, on est SEUL. Et si celui-ci devient une drogue, on risque de sombrer dans l’isolement et la peur du réel. Des cas semblables, vous en connaissez, et moi aussi ! Nous ne devons jamais oublier que l’informatique construit un monde irréel, dans lequel il serait, me semble-il très dangereux que les écologistes s’engouffrent, eux qui clament à qui veut bien les écouter que le plus important, sur terre, c’est de communier avec une nature bien tangible.
Danielle Blanchard, novembre 2006