
La plainte en diffamation déposée par la Mairie de Dax contre les Amis de la Terre a été classée sans suite pour “absence d’infraction” (dossier 0600 1293). Le maire considérait que le tract distribué dans les rues de Dax à propos de son projet de passerelle en bois exotique sur l’Adour, était diffamatoire.
Pourtant n’est-il pas normal que des citoyens interpellent les élus sur leurs choix et leur demandent des comptes sur l’utilisation de l’argent des contribuables ?
Apparemment, non. Retour sur cette affaire qui ne grandit pas le maire de Dax, maire qui nous doit toujours des réponses précises sur la provenance de l’ipé devant servir à la passerelle...
Voici le résumé des différents épisodes tels que nous les avons repris dans le compe-rendu de février envoyés aux adhérents landais.
J’ai été convoqué au commissariat de Mont-de-Marsan pour prendre connaissance de la plainte en diffamation déposée par le maire de Dax contre le tract distribué par les Amis de la Terre, le 23 décembre 2005, à Dax. Vous avez le tract dans ce courrier. Vous pouvez vous faire une idée de la “diffamation”.

La plainte est maintenant dans les mains du procureur de Dax. S’il est vraiment complaisant envers le maire de Dax, il peut bien sûr trouver une trace de possibilité d’insinuation pouvant être interprétée comme une diffamation. C’est une accusation grave mais comme aux Amis de la Terre, nous n’avons jamais confondu “Liberté d’expression” et “Liberté de diffamation”, nous restons sereins.
En fait, nous avons organisé cette distribution de tracts à Dax, car nous attendions depuis 6 mois une réponse aux questions que nous avions posées. En effet, nous avons écrit au maire de Dax en 2004, en 2005 et en 2006. Voici les courriers en question, tels que vous avez pu les lire dans les compte-rendus précédents. Le tract ne fait que reprendre des termes déjà utilisés dans les courriers.
C’est tout simplement dans le cadre de l’exercice de notre liberté d’expressions que nous sommes allés à Dax poser les questions dans la rue auxquelles le maire refusait de répondre. Pour nous cette démarche du maire de Dax ressemble plus à une tentative d’intimidation à l’encontre de citoyens qui osent interpeller un élu !
Voici les courriers :
19 janvier 2004. Objet : bois tropicaux et marchés publics ;
A Monsieur le Maire de Dax. Monsieur, vous n’êtes pas sans savoir que la filière locale du bois est secouée par une grave crise, que des entreprises ferment et que des salariés se retrouvent au chômage.
Parallèlement à cette crise, nous voyons des collectivités locales de la région utiliser sans le moindre état d’âme des bois issus de forêts tropicales et dont la provenance est souvent incontrôlable, voire frauduleuse, sinon criminelle. Depuis l’année 2000, les Amis de la Terre-France ont lancé une campagne intitulée “Bâtir sans détruire” pour attirer l’attention des collectivités locales sur leurs responsabilités dans le choix des essences utilisées dans les programmes de construction qu’elles financent.
Bien que les difficultés de la filière bois soient liées aussi à des problèmes propres à l’organisation de cette activité industrielle, ici dans la région, l’importation croissante de bois provenant du pillage des forêts tropicales n’arrange pas la situation. D’un autre côté, alors que partout en France, des collectivités locales ont adopté la résolution proposée par les Amis de la Terre, ici en Aquitaine - première région forestière de France - pas une commune, pas un département n’a réagi à nos demandes et la Région non plus ! C’est pour réparer ce manque que nous nous adressons à vous : ce serait un signe fort de la part de la seconde ville des Landes que d’adopter la résolution que les Amis de la Terre vous soumettent. ETC...
Nous n’avons reçu ucune réponse... une fois encore car ce n’était pas la première fois que nous faisons cette démarche. Même chose pour M-de-M.
(Remarque : La situation est en train de changer. Lors du salon Asphodèle l’an dernier, une élue verte a fait voter la résolution à une commune proche de Pau. Un élu Vert a fait de même en Soule. Pour les Landes, nous avons écrit en 2004, à une trentaine de communes landaises de plus de 1000 habitants pour leur demander de s’engager dans cette démarche. En voici la liste : Aire/Adour, Amou, Biscarrosse, Capbreton, Castets, Grenade/Adour, Hagetmau, Labenne, Labouheyre, Mimizan, Morcenx, Ondres, Parentis en Born, Peyrehorade,Pomarez, Pontonx/Adour, Pouillon, Rions des Landes, Roquefort, Sabres, St-Geours de Maremne, St-Julien en Born, St-Martin de Seignanx, St-Paul lès Dax, St-Pierre du Mont, St-Sever, St-Vincent de Paul, St-V. de Tyrosse, Sanguinet, Seignosse, Soorts Hossegor, Soustons, Tarnos, Tartas, Villeneuve de Marsan. Sur ces trente communes dont certaines ont des usines en difficultés ( !!) seules la mairie de Tyrosse nous a répondu qu’elle faisait attention à ses achats et la commune de Saint-Vincent de Paul a voté la délibération que proposent les Amis de la Terre -08/07/04)
Compte-rendu de juillet 2005
Comme si les turpitudes du sénateur maire de Mont de Marsan et son plancher en azobé, bois tropical africain, n’avait pas suffi, Mr Forté, maire de Dax ne veut pas être en reste : il veut sa passerelle en bois exotiques... en ipé, bois amazonien. Les Amis de la Terre ont organisé de nombreuses actions dans les Landes pour attirer l’attention des citoyens et de leurs élus sur les problèmes liés à l’importation de bois exotiques. Pourtant, il semblerait que le message ait encore du mal à passer auprès de certains responsables. Voici la lettre que nous avons donc envoyée au maire de Dax en espérant qu’il est encore possible de modifier une décision regrettable...
“Monsieur, comme vous le savez les Amis de la Terre font campagne depuis plusieurs années pour la protection des forêts tropicales humides et pour une utilisation accrue des essences locales de bois, dont le pin des Landes. Dans son édition du 16 mai, Sud-Ouest publiait en page Dax, un article intitulé "La corde de l’arc". Il s’agissait d’une interview de Bernard Bassez, l’architecte du projet d’aménagement des berges de l’Adour. Ainsi, après la place Saint-Roch à Mont-de-Marsan qui avait vu l’installation d’un planché en azobé, bois africain, nous apprenions que la sous-préfecture du premier département forestier de France allait elle aussi faire appel à un bois exotique originaire d’Amazonie, l’ipé.
C’est avec stupeur que nous avons lu les réponses de Mr Bassez à la question concernant les matériaux utili-sés : "(...)Pour le deck, ce sera de l’ipé, du bois exotique. On nous a demandé pourquoi, nous n’avions pas choisi le pin. C’est tout simplement parce que nous avons suivi les conseils du CTB de Bordeaux qui nous a orienté vers un paletage qui résiste au temps et aux crues. Ce n’est pas le cas du pin par rapport à d’autres variétés."
Comment le Centre Technique du Bois d’Aquitaine peut-il aussi mal conseiller les gens ?
Comment un architecte qui enseigne à l’école d’architec-ture de Bordeaux peut-il ne pas être au courant des nou-velles techniques concernant le bois ?
Vous, Monsieur le Maire, n’êtes pas sans savoir que c’est à Dax même, dans votre commune, que se trouve l’entreprise RETITECH qui a développé une technique très innovante pour améliorer les qualités des bois locaux ! Le procédé s’appelle la rétification. Il s’agit d’une technique récente qui consiste à chauffer progressivement le bois dans une atmosphère inerte, jusqu’à une température seuil, à partir de laquelle se produit un réarrangement des molécules, l’eau circule mais ne se fixe pas. Le résultat est spectaculaire : on obtient une couleur brune, un bois plus résistant et plus stable, donc une nette amélioration de la durabilité avec des résultats comparables aux bois exotiques (tests CSTB et CTB). Le rabotage est effectué après, car ce traitement est homogène et dans la masse. Ceci est valable pour tous les bois rétifiés feuillus (peuplier, hê-tre, frêne...) comme résineux (pin sylvestre, pin maritime...). D’autre part, ce procédé est très écologique car il n’utilise aucun produits toxiques pour l’homme et l’environnement. (A ne pas confondre avec le "traitement à cœur" à base de cuivre, chrome et arsenic et tous les pro-blèmes de pollution et toxicité liés à ces produits !)
L’an dernier, la filière du bois gascon a perdu près de 300 emplois. Nous avons à Dax, une entreprise à la pointe de l’innovation technologique et quel choix fait-on ? Du bois d’origine douteuse... Car pour ce qui est de l’Amazonie, zone d’origine de l’ipé, les chiffres parlent d’eux mêmes : on considère qu’en 2001, 15% de la production était illégale et dévastatrice, 83% légale mais dévastatrice et 1,7% légale et durable...
Et ce n’est même pas une question de prix : le pin réti-fié® coûte à peu près le même prix que de l’ipé issu de la déforestation sauvage de l’Amazonie et 40% de moins que de l’ipé certifié FSC, seul label garantissant des condi-tions de coupe socialement et écologiquement acceptable !
Ce procédé technique permet une utilisation accrue des bois locaux dans des domaines où dominaient les bois tropicaux. En utilisant du bois rétifié, on favorise une entreprise locale, la filière locale et ses emplois. On arrête aussi de financer la filière du bois exotique qui représente le 3ème plus grand trafic, après celui des armes et de la drogue ! Les Amis de la Terre espèrent vraiment que la ville de Dax saura se ressaisir et offrir au pin des Landes rétifié la vitrine qu’il mérite.
Nous espérons aussi que la ville de Dax à qui nous avons écrit (19/01/04) comme à une quarantaine d’autres com-munes landaises de plus de 1000 habitants, signera enfin la charte des Amis de la Terre demandant à privilégier les bois locaux et arrêter le massacre des forêts tropicales. La ville de Paris qui a signé notre charte, renonce à construire la passerelle du quai de Bercy en ipé mais a choisi le chêne... Dans l’attente de votre réponse, ...”
Les Amis de la Terre ont écrit aussi à l’architecte du projet qui enseigne à l’école d’architecture de Bordeaux, extrait : “A Mont-de-Marsan l’architecte avait justifié son choix d’un plancher en l’azobé “car cet arbre prend une couleur gris acier, jugée particulièrement compatible avec la décoration choisie de la place”. A part des considérations esthétiques au ras du plancher, les Amis de la Terre se demandent où sont les considérations sociales, environnementales et éthiques dans l’architecture et son enseignement ?
L’architecture semble vraiment être une profession où les considérations liées à la protection de l’environnement paraissent très minoritaires à moins que ce ne soit nos élus qui préfèrent ce type de projets...
La Mairie de Dax nous a répondu qu’elle écrivait à l’architecte pour lui demander des explications sur son choix. Pourtant, la décision d’utiliser du bois tropical n’est pas une décision technique. C’est une décision politique de la ville de Dax : soit choisir du bois issu du massacre de la forêt amazonienne, soit utiliser des essences contrôlées et certifiées, voire locales. A Dax - comme à Mont-de-Marsan l’an dernier - le dernier mot revient à la mairie et nul n’est besoin de se cacher derrière les décisions d’un architecte qui fera ce qu’on lui demandera...
Compte-rendu d’octobre 2005
N’ayant toujours pas de nouvelle du maire de Dax et de son projet de passerelle sur l’Adour en ipé, nous lui avons ré-écrit.
Mont-de-Marsan, le 24 septembre 2005 ; Monsieur, Les Amis de la Terre vous ont écrit à propos du projet de pas-serelle en ipé sur l’Adour le 15 juin dernier. Nous écrivions en même temps à l’architecte du projet dont les propos repris par Sud-Ouest ne pouvaient que surprendre des gens qui suivent de près le dossier des bois tropicaux. Le 22 juin, un adjoint de la mairie nous répondait qu’une lettre était envoyée à l’architecte pour lui demander les “éléments techniques qui l’ont conduit à conseiller le bois exotique IPE” plutôt que des essences locales. Il y a maintenant trois mois que la lettre des Amis de la Terre à l’architecte reste sans réponse et à peu près autant de temps que nous attendons la réponse qu’il aurait dû vous donner depuis longtemps. A-t-il autant de mal que cela, à justifier sa position ?
Nous sommes d’autre part étonnés que ce problème du choix entre des essences de bois exotiques à l’origine non contrôlée et la promotion d’essences et entreprises locales soit réduit à un choix technique. Ce sont les ELUS qui décident et ont le dernier mot, pas l’architecte. C’est vous qui déciderez, Monsieur le Maire, dans le pire des cas de favoriser le trafic international du bois et la destruction des dernières forêts tropicales ou, dans le meilleur des cas, de favoriser l’économie et les entreprises locales et de faire de cette passerelle une vitrine du savoir-faire landais. ` Le forum Innovapin qui a lieu en ce moment à Rions des Landes, démontre bien toutes les utilisations possibles du pin des Landes. Sud-Ouest cite dans deux articles, le “pin rétifié”, innovation technologique (éditions des 22 et 35 septembre) ainsi que l’architecte dacquois Dominique Bousquet qui fait la promotion du pin des Landes.
Donc avant de prendre une décision fâcheuse, pourquoi ne pas s’intéresser aux possibilités locales ? L’entreprise RETITECH qui est à la pointe d’une nouvelle technologie de traitement du bois en France, a justement son siège à Dax ! Elle est à votre disposition pour vous donner toute information technique, vous montrer des réalisations dans les Landes, informations que de toute évidence, l’architecte de votre projet, qui a son cabinet à Roubaix, ne connaît pas....
Et si vraiment, le pin ne vous paraît pas assez digne de la ville de Dax, les chênaies de l’Adour peuvent vous fournir le bois nécessaire pour une passerelle comme l’a fait dernièrement la ville de Paris, quai de Bercy. La ville de Paris a su entendre les demandes de la campagne nationale des Amis de la Terre intitulée “Bâtir sans détruire”, nous espérons qu’il en sera de même à Dax.
Car pour les Amis de la Terre, les élus ne peuvent pas se cacher derrière de prétendus “choix techniques” lorsqu’ils prennent des décisions politiques. Vous connaissez, Monsieur le Maire, les enjeux. A vous de décider en toute connaissance de cause. Dans l’attente de votre réponse...
Interrogé sur Radio Bleu Gascogne, Mr Forté affirmait que le bois utilisé serait du bois FSC. Pourquoi nous l’avoir caché jusqu’à maintenant ? Si c’est du bois FSC, c’est quand même une nette amélioration par rapport à Mont-de-Marsan ! Pourtant, Bernard Lauga, conseiller municipal Vert, n’est pas arrivé à avoir des informations plus précises. Voici ce que lui écrivait, en janvier, Mr Forté dans une réponse à ses questions : "la traçabilité du bois fourni constitue une exigence particulière du marché, ainsi l’article 1.3.1 du cahier des clauses techniques particulières stipule qu’il devra être apporté la preuve que les bois fournis sur le chantier proviennent d’une exploitation autorisée de la forêt. A cet effet, toutes les recherches sont engagées de manière à garantir que cette prescription soit respectée par la société attributaire du lot concerné".
C’est bien entendu une bonne chose que le bois provienne d’une “exploitation autorisée de la forêt”. C’est même le minimum du minimum. Mais une exploitation légale ne veut pas dire exploitation durable et nous l’écrivions déjà à Mr Forté : “83% de la production est légale mais dévastatrice”. C’est pour cela que le label FSC a été créé et n’est accordé qu’à 1,7% de la production ! Donc, nous attendons toujours le nom de la firme qui doit poser le bois ainsi que le numéro de la concession FSC et la chaîne de traçabilité, seules garanties que le bois provienne bien d’une gestion durable de la forêt et pas simplement “légale”. Le bois qui est arrivé à Mont-de-Marsan était certainement d’origine légale : un coup de tampon d’un fonctionnaire corrompu sous une dictature qui brade sa forêt au plus offrant et ça suffit pour rendre le bois légal... Certaines régions du Brésil ont des pratiques très similaires...
Lorsque nous nous sommes opposés au maire de Mont-de-Marsan à propos de l’aménagement de la place Saint-Roch avec de l’azobé, bois tropical africain, nous nous sommes fait traiter de “pires que des talibans”. Là, à Dax, nous nous retrouvons, pour les mêmes critiques, avec une plainte pour diffamation sur le dos ! Et tout cela parce que nous essayons de défendre l’environnement et la filière locale du bois !
Un minimum de dialogue et de respect seraient à notre avis tout aussi efficace. Nous avons organisé depuis plusieurs années des actions notamment devant “Maison du Monde” à Mont-de-Marsan, Carrefour sur Internet (Carrefour a perdu le droit d’être “sponsor des journées de l’Environnement” en 2004, à cause de notre article sur ses meubles de jardins en kéruing, espèce menacée), contre Pier Import à Dax. Il y a peu, nous avons lancé la campagne nationale contre la destruction du moabi (plus grand arbre de l’Afrique, aujourd’hui menacé) à Saint-Paul lès Dax devant le magasin Point P où nous avions installé notre tronçonneuse géante.
Nous n’avons pas eu une menace, une représaille de ces entreprises alors que nos actions étaient connues jusqu’à leurs sièges parisiens et les mettaient très mal à l’aise. Par contre lorsque nous interrogeons des élus locaux sur l’utilisation de l’argent public et les interpellons sur leurs choix, voilà leurs réactions. C’est minable !
