A la clôture du sommet de la Terre de 1992 (Rio), les pays participants conviennent de présenter un bilan de leurs engagements et d’élaborer les grandes lignes nationales d’une stratégie de développement durable en 2002 (Johannesburg).
5 mois avant le sommet de Johannesburg, que se passe-t-il du côté français ?
Le gouvernement a organisé à Toulouse le 11 et 12 mars 2002, des assises à la clôture desquelles sont présentées les Propositions pour une stratégie nationale de développement durable. La démarche est intéressante : elle réaffirme la fonction des territoires en associant tous les acteurs locaux (collectivités locales, bureau d’études, associations, exécutif local, chercheurs, représentants syndicaux, etc.) dans 10 ateliers déclinant différentes thématiques au développement durable.
10 ans et 10 ateliers plus tard, la question reste la même : quand allons-nous faire du développement durable ? Même si, comme le schématise le dynamique secrétaire d’Etat belge à l’environnement, les Européens sont plus en pointe dans ce domaine que leurs partenaires nord-américains (mention spéciale pour l’utilisation des fonds structurels européens en intégrant la notion de développement durable), il ne faut pourtant pas se leurrer : dans ce domaine, le manque de volonté politique explique pourquoi si peu a été fait dans un domaine qui ne fait pas le poids face au marché. Les firmes multinationales accaparent et édulcorent en effet complètement la notion.
Cette déficience structurelle ne doit cependant pas accompagner les propositions françaises à Johannesburg. Comme le rappelle la secrétaire d’Etat française au logement aux populations du sud comme aux latins : à l’image de nos voisins anglo-saxons, positionnons-nous pour nous réapproprier et animer le développement durable ! En validant par exemple, l’idée de participation citoyenne, comme elle est développée dans l’atelier Prise de décision.
Et les ateliers ? Les participants en sortent partagés : si tout le monde s’accorde sur l’intérêt de la démarche, certains s’étonnent encore de la « spontanéité » de certaines interventions. Beaucoup déplorent enfin le manque de temps et la dérive de certains ateliers comme celui concernant le développement agricole et rural, focalisé sur la réforme de la politique agricole commune et les Hautes-Pyrénées (le président de séance est aussi président du Conseil Général).
Même si l’idée d’impliquer les collectivités territoriales à ce processus est louable, nous constatons le retard avec lequel les gouvernants nous convient au débat. La clôture des assises est en ce sens révélatrice : le bilan et les propositions que la France présentera en août à Johannesburg sont présentés à la presse... et remettent en question la démarche « participative » comme elle est organisée. Dans quelle mesure et à quelle dose seront intégrés les travaux du 11 et 12 mars 2002 au texte présenté par le Ministre de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire à Johannesburg ?
Les assises nationales ont pourtant un intérêt. Elles transmettent un message : de l’échelle locale à l’échelle nationale ; de l’acteur du territoire en direction du décideur. Comme les experts il y a peu, les acteurs des territoires ont du mal à s’approprier la démarche lancée depuis Rio. Aux politiques donc de démocratiser la notion (le texte fondateur de la notion du Développement Durable « le rapport Bruntlandt » n’est pour l’instant disponible qu’en Anglais) et l’agenda qui organise la mise en œuvre des engagements politiques pris à Rio en matière de développement durable (l’agenda 21). Aux politiques surtout, d’inscrire le principe de solidarité géographique et inter-générationnelle véhiculé par le développement durable dans les dynamiques territoriales.