De la nécessité d’une « ingénierie de concertation » pour une adéquation sociétale
par Gilbert GOUVERNEUR *
De nombreux outils sont disponibles pour l’expression du citoyen responsable ( comité consultatif de citoyens, focus group, forum participatif via l’Internet, sondage d’opinion, etc.… ), et il faut s’en réjouir. La grande diversité de tels outils peut engendrer une difficulté lors du choix d’une approche judicieuse et pertinente (donc parfaitement adaptée).
Or cette adéquation est essentielle : le décideur politique qui met en scène une « concertation », une « consultation » ou une « participation » du grand public doit veiller à saisir toutes les dimensions de la problématique qu’il veut éclairer sans formater les enjeux a priori. Sinon il ne peut en obtenir une investigation conforme à la réalité du terrain pratiqué.
On assisterait à l’émergence d’un nouveau type de légitimité démocratique, reposant sur l’impartialité et la justesse des procédures de prise de décisions publiques, plus que sur le simple vote (Blondiaux 2004).
Je fais l’hypothèse que les outils en usage courant, perdent de leur pertinence et de leur dynamique par une utilisation trop systématique d’un modèle unique. C’est notamment le cas du débat public sur l’Internet.
1. L’outil Internet : champ captant réduit et complexe
2. L’outil « débat public » :un élément parmi la gamme d’outils disponibles
3. Quel outil d’ensemble pour la prise en compte pertinente des aspects sociaux, éthiques, sociétaux, politiques, normatifs, réglementaires et juridiques : analyse de l’information et du discours, mais aussi pour la restitution des données recueillies
Je plaide pour la mise en place d’une « ’ingénierie de concertation sociétale » pour déterminer l’outil ajusté à la problématique à traiter. Des grilles d’analyse sont nécessaires pour déterminer les champs pluridisciplinaires que l’on veut explorer, avec quelles finalités et quelles articulations avec la décision publique.
Dans ce cadre, et en amont des débats, on peut envisager de confronter les discours exploratoires des membres de la communauté des sciences humaines et des sciences sociales (sociologues, ethnologues, philosophes, urbanistes) à ceux des membres de la communauté des sciences dures – sciences naturelles et sciences formelles - ( médecin, juriste, etc.…) et des acteurs représentatifs de la société civile, notamment des ONG.
Poser le problème
Aborder l’idée de la création et la mise en place d’une ingénierie de concertation sociétale revient à ouvrir préalablement une boîte à débats et à réflexion sur les méthodes de gouvernance des problématiques comme :
Une interrogation légitime porte sur le niveau de participation des citoyens ( participation à la perception du problème, au rassemblement de l’information objective, à la réflexion collective, à la prévision pour réduire l’incertitude dans l’application du principe de précaution, à l’élaboration du projet, à la planification de la démarche, aux décisions qui déterminent les choix, à la réalisation, au bilan pour mesurer les écarts entre prévision et exécution, aux décisions collectives ).
Une réflexion systémique suppose que toute décision politique doit pouvoir être évaluée en fonction des risques, des responsabilités, de l’éthique et des questions socio-politiques qu’elle met en jeux lors son application.
D’une manière plus éthique, il s’agit :
1. de (re)placer l’homme au centre des préoccupations dans les choix politiques afin d’établir un rééquilibrage avec l’économique ( meilleure prise en compte de l’intérêt général et de l’utilité sociale ), 2. de considérer l’urgence à intervenir sur les problématiques et les causes de dégradation de l’environnement comme un facteur de survie de l’humanité ( éthique et responsabilité ).
Naviguer de la démocratie représentative à la démocratie participative ( et pourquoi pas à la démocratie délibérative ) nécessite un passage obligé sur l’amélioration substantielle de la mise en œuvre de la Convention d’Aarhus,
Dans ce raisonnement cybernétique, le chemin de cohésion sociale dans la gouvernance est tracé par :
1. l’ingénierie de concertation sociétale ( à constituer entièrement),
2. la démocratie sanitaire,
3. la contre-expertise citoyenne,
4. la responsabilité environnementale,
5. la justice environnementale.
L’ingénierie de concertation sociétale est le premier maillon des voies complexes de la démocratie participative et dialogique vers de la démocratie délibérative.
La formation de praticiens de cette nouvelle ingénierie sera le second maillon.
Le point zéro est constitué par la réflexion de quelques hommes pour déterminer le champs opératoire et le normaliser. Dans cette aventure humaine, il faudra encourager la recherche des « volontaires cinématiques. »
* Les Amis de la Terre Rhône