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De la retraite au revenu d’existence pour tous

7 septembre 2010,

Les Amis de la Terre seront présents lors des mobilisations du 7 septembre.

Alors que les crises climatique et écologique et l’épuisement des ressources naturelles mettent en péril, à échéance de quelques dizaines d’années, nos sociétés et la survie même de l’humanité, il est pour le moins hasardeux de continuer à raisonner comme si nous avions tout le temps et les moyens devant nous. C’est pourtant ce que font la quasi totalité des partenaires sociaux sur la question des retraites.


Les projections à 2050 du Conseil d’Orientation des Retraites, qui constituent la base des négociations, ne tiennent aucun compte des profonds bouleversements en cours, et s’appuient sur l’hypothèse d’une poursuite de la croissance économique, censée être assez faible cependant pour motiver la remise en cause du niveau des pensions, des durées de cotisation et de l’âge légal du départ à la retraite.

Le renvoi dans le futur permet ainsi d’éluder les solutions au problème, qui se trouvent en réalité dans le présent. Aujourd’hui, comme cela s’est fait après la deuxième guerre mondiale, un partage plus équitable de la richesse produite permettrait de financer correctement les retraites. Il serait nécessaire pour cela de rétablir l’équilibre entre les contributions du capital et du travail. Nous avons en effet subi par rapport aux années 70-80 un déséquilibre très net des proportions dans la richesse produite entre revenus du capital (essentiellement constitués de rente, dont une bonne partie de revenus des fonds de pension) et revenus du travail, au détriment de ces derniers.

Il faut donc augmenter le taux des cotisations patronales (et non celui des cotisations salariales comme cela est actuellement proposé pour le secteur public). De même, une taxation significative des flux financiers s’impose pour des raisons d’efficacité et d’équité.

De plus, au-delà de la remise en cause persistante des acquis de la protection sociale, engagée depuis des années, la volonté de suppression du droit à la retraite à 60 ans et la perspective de l’allongement des cotisations est aujourd’hui, au niveau français, une expression des plans d’austérité en voie d’instauration dans tous les pays dits développés. Ces plans, présentés comme des solutions à la crise financière, ne feront qu’aggraver le sort des populations les plus précarisées.

La mobilisation pour la défense des retraites doit donc être l’occasion de reconsidérer l’ensemble de la question du travail et des revenus, dont la retraite est un des aspects importants. Pour les Amis de la Terre les solutions sont à rechercher dans le cadre d’une transition vers des sociétés soutenables, relocalisées, solidaires, capables de répondre aux futurs chocs écologiques et sociaux.

D’ors et déjà, délivrés de la contrainte du travail, un nombre de plus en plus important de retraités jouent un rôle irremplaçable et utile à la société, par le biais d’activités bénévoles ou encore par l’aide à des proches en situation de précarité. De ce point de vue, les pensions de retraite sont une forme de revenu d’existence, prouvant que l’instauration d’un tel revenu ne représente en rien un simple assistanat et ne conduit pas à la passivité généralisée.

Conformément à cet exemple, l’instauration d’un revenu d’existence tout au long de la vie pourrait être une alternative au système et un des éléments de base de la transition, ce qui va de pair avec un projet de société proposant entre autres mesures la reconversion de larges pans du secteur productif et leur nécessaire relocalisation, l’accès massif à la terre pour les jeunes souhaitant s’installer en agriculture, l’extension et la gratuité des services publics.

Conscients que les solutions proposées aujourd’hui par le gouvernement sont des réponses inéquitables à court terme et inadéquates à moyen et long terme, les Amis de la Terre France apportent leur soutien et s’intègrent, au niveau national et local, aux mobilisations pour la défense des retraites. Mais ils appellent aussi à une réflexion citoyenne sur la place du travail et du capital dans nos sociétés, ainsi que sur les alternatives à construire ensemble.