Décès de Roger Belbéoch

« C’est avant la catastrophe qu’il faut agir,
après il n’y a plus qu’à subir »

Nous avons appris avec tristesse le décès, fin décembre, du physicien nucléaire Roger Belbéoch. Roger était l’un des co-fondateurs du comité Stop Nogent-sur-Seine et l’auteur, avec son épouse Bella, de nombreux textes sur les conséquences radiologiques et politiques de Tchernobyl.

Depuis 1986, Roger – arguant de l’irréversibilité mortifère des effets de disséminations massives de radioactivité – prônait un arrêt immédiat du nucléaire en France, techniquement facile à l’époque par simple remise en service transitoire et modernisation, en attendant mieux, des centrales thermiques classiques existantes.

Roger a appris à nombre d’entre nous à décrypter la littérature officielle, pourfendant, avec cet humour qui est la politesse du désespoir, la novlangue de l’establishment nucléaire (« excursion nucléaire » pour perte de contrôle de la réaction en chaîne, etc.), nous alertant sur des colloques aussi cyniques que celui tenu en 1995 sous le titre Optimisation de la radioprotection et valeur monétaire de l’homme-sievert, mais fustigeant aussi les hypocrisies politiciennes de ceux qu’il appelait les « écologistes officiels ».

Profondément humaniste, Roger considérait qu’en matière de santé et de risque « seule l’évaluation qualitative que les non-experts font a un sens ». Mais, prévenait-il, « à tout prix, les promoteurs du nucléaire ramèneront le débat sur le terrain tranquillisant des nombres » [1].

Ses articles pour la Lettre de Stop Nogent sont accessibles sur http://www.dissident-media.org/infonucleaire. Après Fukushima et les énièmes reniements des écologistes de gouvernement en matière de fermetures de réacteurs, il devient vital et urgent de les relire.

Notes

[1Dans Tchernoblues, de la servitude volontaire à la nécessité de la servitude, L’esprit Frappeur 2001

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