Ce qui est sûr, au delà de toute polémique, c’est que la notion reste à travailler et que les pistes et les pratiques concrètes qui peuvent en découler demeurent elles aussi à construire. C’est la raison pour laquelle les Amis de la Terre Midi-Pyrénées ont conduit la dernière AG des Amis de la Terre France (en mai 2004) à adopter une motion de principe pour lancer la réflexion à ce sujet - même si ce n’est pas notre texte initial, plus ferme et plus précis, qui a été retenu.
C’est aussi pourquoi nous sommes allés participer à l’Université d’été du « Réseau des objecteurs de croissance pour l’après développement » (ROCADE) les 18 et 19 septembre derniers au centre Partage de Thiviers, en Dordogne.
Autour du thème « Décroître pour embellir », plusieurs ateliers étaient animés par l’association « La Ligne d’horizon/ les Amis de François Partant » et les revues L’Ecologiste, Silence et Casseurs de pub/ La Décroissance :
- Comment sortir de l’imaginaire dominant ?
- L’éducation à la décroissance.
- Austérité, frugalité, ou l’ivresse de la vie conviviale.
- Comment transformer les expériences alternatives en système alternatif ?
Nous rendrons compte en plusieurs (petits) épisodes du contenu de ces débats et des principaux enjeux qui s’en dégagent.
Commençons en préambule par un petit retour en arrière pour se demander comment la « décroissance » est venue sur la table ?
L’idée résulte en particulier de tout le courant qui prône la remise en cause du « développement », en tant qu’idéologie dominante transformant les sociétés à l’échelle de la planète. On se rapportera notamment aux publications d’universitaires tels que Gilbert Rist (Suisse), Wolfgang Sachs (Allemagne) ou Serge Latouche (France).
Cette approche a ensuite reçu un écho grâce à quelques grands colloques récents : « Défaire le développement, refaire le monde » (UNESCO/ Le Monde diplomatique, Paris, mars 2002), « La décroissance soutenable » (Lyon, sept. 2003) ou, plus modestement à Toulouse, « Défaire l’économique, refaire l’humain » (UTM, fév. 2004). C’est d’ailleurs à l’occasion de ces assemblées que le ROCADE a été constitué et que s’est agrégée sur ce thème une mouvance d’associations, de chercheurs et de militants. Les journaux déjà mentionnés - dont La Décroissance lancée en kiosque cette année - lui fournissent depuis une caisse de résonance.
Pour autant, comment ne pas voir que cette idée de décroissance s’enracine dans les réflexions originelles de l’écologie, depuis la « croissance zéro » prônée par le Club de Rome dès les années 70, jusqu’aux travaux de ceux qui ont élaborés en pionniers le concept de « développement soutenable », y compris au sein des Amis de la Terre, avant que celui-ci ne soit récupéré et transformé en nouvelle langue de bois vidée de tout sens.
Laure Teulières, novembre 2004