Les statistiques montrent qu’il y a bien eu « un excès de cas d’infarctus du myocarde et d’événements coronaires aigus à Toulouse dans les cinq jours qui ont suivi l’explosion ». Mais il y a surtout, plus de deux ans après, persistance de graves stress post-traumatiques chez de nombreux habitants, notamment les enfants et les adolescents des écoles environnantes auxquels une étude spécifique a été consacrée.
Concernant le bilan par type de pathologie, la caisse primaire d’assurance maladie de Haute-Garonne fournit des indications détaillées (Cf. Le Quotidien du médecin, 23 sept. 2003). Deux ans après la catastrophe, 86 % des séquelles indemnisées étaient d’ordre oto-rhino-laryngologiques (ORL) ou psychiatrique. Elles sont à 46 % ORL, surtout pour des acouphènes, puis des baisses de l’acuité auditive et des cas de surdité bilatérale appareillée. Les séquelles psychiatriques concernent 40 % des personnes indemnisées, la majorité d’entre-elles présentant des symptômes d’anxiété post-traumatique (cauchemars, irritabilité, nervosité pathologique, souvenirs envahissants, etc.) ou un syndrome anxio-dépressif. Quant aux séquelles ostéo-articulaires, portant sur les membres ou le tronc, elles représentent 8 % du total.
Début 2004, le Comité de suivi des victimes d’AZF, l’organisme institutionnel en charge du dossier, a confirmé que l’on dénombre plus de 10 500 dossiers d’expertise pour dommages corporels. Parmi ceux-ci, il y a 6 802 dossiers consolidés, 595 non consolidés, 1 432 autres dont l’évaluation est en cours, 1 101 considérés comme encore incomplets, auxquels s’ajoutent 586 dossiers de personnes non retrouvées à ce jours et 15 décès survenus depuis lors.
Quant aux conséquences à long terme, on n’a pas fini d’en prendre la mesure. C’est le Comité scientifique de suivi épidémiologique, présidé par le Professeur Lang, qui est censé les évaluer. Il a lancé dans ce but, en collaboration avec l’INSEE, une enquête sur plus de 2 000 foyers toulousains.
Il apparaît avec certitude que toutes les personnes victimes ne se sont pas déclarées et n’ont donc pas été dépistées. Selon l’enquête auprès de la population, 12 % seulement seraient indemnisées. Il est d’autant plus important de faire savoir qu’il n’y a pas de limite temporelle à l’expertise médico-légale (dont est responsable le Professeur Rougé à l’hôpital Purpan) et que l’on peut donc toujours ouvrir un dossier d’expertise si cela est nécessaire. La victime a la charge de la preuve, il est donc conseillé de se faire assister d’un médecin conseil et/ou d’un avocat.
Rose Frayssinet et Laure Teulières, juin 2004