Le Fonds monétaire international est, avec la Banque mondiale, une des institutions au service de la mondialisation qui ne tient pas compte de l’impact de ses programmes sur les populations et l’environnement. Les Amis de la Terre mènent campagne en France depuis 1996 pour que ces institutions mettent en oeuvre les principes du développement durable (*). Ce document présente les conséquences des programmes du FMI sur l’environnement et quelques recommandations pour améliorer son fonctionnement pour que les politiques économiques soient au service du bien être social et du respect de l’environnement.
Les règles économiques libérales imposées par le Fonds monétaire international sont basées sur l’augmentation des exportations de matières premières ou agricoles vers les marchés de surconsommation des pays industrialisés et sur la réduction des dépenses publiques de protection sociale et de l’environnement. Elles conduisent inévitablement à la destruction de l’environnement dont les populations locales dépendent fortement pour leur agriculture, leur alimentation et leur pharmacopée. Les habitants des pays sous ajustements sont les premières victimes de cette dégradation de l’environnement orchestrée par les grands financiers de ce monde dont les idées sont défendues et mises en oeuvre par le FMI.
Nous avons choisi de laisser sous la dénomination "programme d’ajustement structurel" les politiques imposées par le FMI qui fait évoluer le nom de ses programmes pour échapper à sa mauvaise réputation. Les Amis de la Terre considèrent que les changements annoncés n’ont pas encore atteint le coeur des politiques mais restent des opérations de charme et de relations publiques.
La pression à l’exportation : pression irresponsable sur l’environnement
Les Programmes d’Ajustements Structurels (PAS) traitent les ressources naturelles comme de la marchandise. Les pays en développement sont mis sous pression pour les exporter à bas prix vers les marchés de surconsommation des pays riches du Nord (20% de la population de la planète consomme 80% des ressources naturelles). Les exportations des ressources naturelles ont augmenté à des cadences élevées dans de nombreux pays sous ajustement du FMI, sans considération pour la viabilité de leur exploitation. Par exemple le Bénin, sous PAS depuis 1993, a quadruplé ses exportations de bois entre 1992 et 1998 (1). L’exploitation forestière sans politique de reboisement a eu des conséquences importantes : érosion, baisse de fertilité des sols. Elle prive les populations locales de sources importantes d’alimentation et de pharmacopée. L’exportation de matières premières, dont les prix sont instables, est favorisée par le FMI, alors que celle de produits finis pourrait dégager de la valeur ajoutée, employer plus de personnes localement, aider à diversifier l’économie et accroître les transferts de technologies.
Des objectifs contestables : coupes budgétaires et affaiblissement des législations
L’objectif des ajustements structurels à savoir équilibrer le budget de l’Etat peut avoir des conséquences négatives sur l’environnement. La diminution des déficit des Etats passe par des réductions budgétaires qui affaiblissent la capacité des institutions locales à faire appliquer les lois de lutte contre la pollution, de protection de la santé publique et de conservation de la nature. Les réductions budgétaires au Brésil, en Russie, en Indonésie et au Nicaragua ont considérablement réduit la capacité du gouvernement à protéger l’environnement. Les gouvernements ont aussi tendance à assouplir la législation sur l’environnement pour augmenter les investissements étrangers pour atteindre les objectifs du programme d’ajustement.
la Banque Mondiale n’est pas un exemple !
Le FMI explique qu’il appartient à la Banque Mondiale d’évaluer l’impact social et écologique des programmes d’ajustements structurels qu’ils mettent conjointement en ¦uvre. Le FMI reste cependant garant du respect des paradigmes économiques libéraux. Jusqu’à présent, la Banque Mondiale n’a pas été capable d’évaluer correctement l’impact des programmes d’ajustements sur les populations et l’environnement. Un rapport interne de 1999 a montré que moins de 20 % des prêts de la Banque Mondiale pour les ajustements structurels ont été précédés d’évaluations d’impact sur l’environnement (2).
La vision particulièrement étroite du FMI en matière économique est soulignée par l’absence totale de mesures prônant la protection de l’environnement dans les programmes qu’il finance. Par exemple en matière fiscale, le FMI pourrait évaluer l’opportunité de certaines écotaxes qui décourageraient l’utilisation excessive des ressources à court terme.
En matièred’analyse éco-nomique, le FMI suit une approche exclusivement libérale en excluant toute analysecoût-bénéfice globale et ne valorise pas dans la comptabilité publiqueles ressources naturelles qui doivent être protégées comme les forêts tropicales.
Des mesures immédiates doivent être prises pour s’assurer que le dévelop-pement durable est placé au c¦ur des réformes imposées par le FMI en contrepartie de ses prêts. Le développement durable implique des politiques économiques basées sur le respect des valeurs culturelles, de l’environnement et de la santé.
Le FMI menace le patrimoine frestier mondial
De nombreux pays sous programmes d’ajustements structurels du FMI sont riches en ressources forestières. La pression économique des PAS pour augmenter les exportations des produits forestiers vise à générer des devises mais, si l’exploitation forestière n’est pas contrôlée, elle ne respecte pas les principes de gestion durable et harmonieuse avec les populations locales. 30% des forêts tropicales disparaissent ainsi totalement après exploitation industrielle. Au Cameroun, la réduction des taxes à l’exportation recommandée par le FMI, accompagnée en janvier 1995 d’une dévaluation du Franc CFA, ont stimulé l’exportation de bois d’¦uvre. Le nombre d’exploitants forestiers est passé de 194 en 1994 à 351 en 1995 (3) . Les exportations de bois ont augmenté de 49.6 % entre 1995/96 et 1996/97 (4), menaçant les forêts tropicales et l’habitat naturel des espèces endémiques. Dans un récent rapport, le FMI a finalement reconnu la nature précaire de la stratégie d’exportation du Cameroun et encouragé le renfor-cement des capacités institutionnelles pour favoriser la gestion durable des forêts. Entre 1990 et 1995, le taux de déforesta-tion des 41 pays pauvres très endettés (PPTE)(*), a considérable-ment dépassé le taux de déforestation mondiale. Par exemple, les deux pays classés "PPTE" en Amérique Centrale, le Nicaragua et le Honduras, ont perdu presque 12 % de leur forêt, ce qui est 7,5 fois plus élevé que le taux mondial. 75 % des pays PPTE ont eu un appliqué un program-me du FMI à un moment donné durant cette période.
La Guyane sous ajustement du FMI a créé Omai Gold Mines Ltd en joint venture pour exploiter une des plus grandes mines d’or d’Amérique du Sud. En 1995, la rupture d’un barrage dans la mine d’Omai a provoqué le rejet de 3 millions de mètres cubes de déchets contaminés au cyanure dans un affluant du principal fleuve de Guyane, l’Essequibo. La fuite a contaminé le fleuve, qui est la source d’eau des riverains pour leur alimen-tation et la vie courante. La pollution du fleuve a détruit la vie aquatique et conduit à l’hospitalisation de plusieurs personnes empoisonnées par le cyanure (7).
Des mines de devises ou des catastrophes ?
Comme les forêts, les ressources du sous-sol sont perçues comme des sources de devises et un lieu privilégié d’investissements étrangers. L’exploitation minière est l’une des activités les plus destructrices pour l’environnement. Elle contamine les nappes phréatiques par des écoulements acides qui détruisent toute vie naturelle (poissons, oiseaux, etc). L’ouverture des mines détruit des sites sensibles, notamment l’habitat d’espèces animales sauvages. La politique du FMI a favorisé l’exploitation des ressources minérales sans tenir compte de la déstabilisation des communautés locales et sans exiger la réhabilitation des sites exploités.
Sous PAS depuis le milieu des années 80, la Guyane équatoriale a exécuté les directives du FMI pour augmenter les opérations minières à grande échelle au profit d’entreprises étrangères. Les mines ont pollué les rivières, entraînant le déclin de la population de poissons importante dans la nourriture locale. L’installation des mines a requis la destruction d’importantes forêts. Il y a maintenant trente-deux compagnies minières étrangères actives en Guyane et les permis d’exploitation minière à grande échelle couvrent environ 10 % du pays (5). Le FMI encourage le gouvernement de Guyane à transformer l’exploitation minière et pétrolière en secteur économique clé.
Sous la direction du FMI, la Côte d’Ivoire a concentré ses efforts dans l’intensification des exportations de ressources minières et incité les opérations d’exploration. Résultat : des mines à ciel ouvert dont trois nouvelles mines d’or ont été mises en activité depuis 1994, et quatre-vingt autorisations d’exploration ont été accordées à vingt-sept entreprises étrangères en 1995 (6).
L’agriculture vivrière, cible du FMI
L’agriculture est un autre secteur que cible le FMI pour accroître les recettes d’exportation. Pour augmenter la production, les agriculteurs doivent augmenter le rendement en utilisant des engrais chimiques et des pesticides, ou défricher des terres.
L’agriculture intensive est basée sur la monoculture, elle est responsable de l’érosion et de la baisse de fertilité des sols. L’augmentation des intrants chimiques accroît la pollution des sols et des nappes phréatiques.
* Le FMI a exigé que la Côte d’Ivoire dévalue sa monnaie et élimine les taxes d’exportation sur l’agriculture. De 1992 à 1996, la production de cacao a augmenté de 44 % mais son prix sur le marché mondial n’a cessé de baisser (8).
* Les programmes d’ajustement en Tanzanie ont abouti à une augmentation des prix des intrants. En conséquence, le besoin d’augmenter la production a conduit au défrichage de 400.000 hectares par an. Entre 1980 et 1993, un quart des forêts du pays a disparu dont 40 % remplacées par des exploitations agricoles (9).
Moins de budget et moins de réglementations pour la protection de l’environnement
La réduction budgétaire est la première mesure généralement préconisée par le FMI :
* Au Brésil, les dépenses publiques pour les programmes de protection de l’environnement ont été réduites de 2/3 pour atteindre les objectifs fiscaux établis par le FMI (10).
* En Russie, le budget pour la protection des zones sensibles a été réduit de 40%.
* En Indonésie, les restrictions budgétaires ont obligé l’administration de Djakarta, une des villes les plus polluées du monde, à suspendre les programmes de protection de l’environnement (11).
* Au Nicaragua, le budget du ministère de l’environnement et des ressources naturelles a été réduit de 36% pour adhérer aux objectifs du FMI.
Affaiblissement de la réglementation
De nombreux pays ont changé leurs lois et réglementations pour attirer les investissements étrangers conformément aux objectifs du FMI. Dans le secteur minier par exemple, les pays sous politique d’ajustement du FMI ont assoupli les réglementations relatives à l’exploration minière. Certains pays tentent d’imposer des études d’impact écologique des opérations minières mais, à court d’argent, ils risquent d’éluder les préoccupations environnementales pour répondre à des impératifs économiques.
* La Guyane a changé son code minier pour permettre à d’importantes compagnies minières de prendre le contrôle de ce secteur.
* Le code minier est en cours de révision au Bénin et en Guinée pour favoriser l’exploitation minière et augmenter l’exploration.
* La République Centrafricaine a établi un nouveau code minier sur le postulat que les ressources souterraines sont "insuffisamment exploitées".
* Le Mali a établi un nouveau code minier en 1999 pour encourager le développement des mines tout en requérant des études d’impact écologique.
* La Mauritanie a établi un nouveau code minier pour augmenter le développement de ce secteur et devrait aussi établir des lois pour évaluer son impact écologique.
Recommandations
Le FMI doit immédiatement modifier ses politiques pour arrêter l’impact écologique négatif des ajustements structurels. Les ressources naturelles ne sont pas inépuisables, et doivent être reconnues pour leur valeur écologique, sociale et économique. Le modèle actuel de développement économique prôné par le FMI et la Banque Mondiale est fondamentalement intolérable car il recherche la croissance à tout prix, sans tenir compte des limites écologiques de la planète.
Le FMI et la BM devraient intégrer les questions écologiques dans le développement économique, pour ce faire il faut notamment :
* Evaluer l’impact écologique et social des politiques économiques préconisées
* Maintenir ou accroître les budgets pour la protection sociale et de l’environnement
* Empêcher l’affaiblissement des lois sur la conservation de la nature et la gestion durable des écosystèmes
* Rendre public les changements législatifs préconisés par le FMI
* Faire participer des ministres de l’environnement aux négociations avec le FMI
* Intégrer les données écologiques dans la comptabilité publique des pays
* Etablir des écotaxes et des mesures fiscales pour décourager l’utilisation non viable des ressources.
La dette écologique
Le FMI doit promouvoir l’utilisation durable et équitable des ressources naturelles au niveau mondial :
Alors que le FMI prône des politiques économiques pour permettre aux pays de rembourser leur dette extérieure dont la légitimité est mise en cause, les associations écologistes ont introduit le concept de dette écologique à l’occasion du Sommet de la Terre de Rio en 1992. Dans un système de développement durable, les pays industrialisés sont fortement endettés auprès des pays en voie de développement pour les dommages qu’ils ont causé à l’environnement mondial. Ainsi, les Etats-Unis, premier producteur de gaz à effet de serre devraient dédommager les pays qui subissent les conséquences néfastes du changement climatique, conséquences du type de développement industriel non durable. Pour en savoir plus, consulter le site web : La dette écologique (espagnol et anglais) : www.cosmovisiones.com/Deuda Ecologica (Amis de la Terre Equateur)
Références bibliographiques
1) Food and Agriculture Organization. Situation des forêts dans le monde, 1997 (www.fao.org)
2) Environmentally and Socially Sustainable Development, 1999. Social and Environmental Aspects : A Desk Review of SECALs and SALs Approved During FY98 and FY99. Washington, DC : World Bank
3) Verolme, Hans J.H., Moussa, Juliette, 1999. Addressing the Underlying Causes of Deforestation and Forest Degradation-Case Studies, Analysis and Policy Recommendations. Washington, DC : Biodiversity Action Network
4) International Monetary Fund, 1998. Cameroon Statistical Appendix. IMF Staff Country Report No. 98/17. Washington, DC : IMF
5) Project Underground, 1997. Investing in Guyana Does Not Bring Riches for
All. Drillbits and Tailings. (November 1997).
6) International Monetary Fund, 1998. Cote d’Ivoire : Enhanced Structural
Adjustment Facility Policy Framework Paper 1998-2000. Washington, DC : IMF
(February 9, 1998 : Section 37)
7) Jodah, Desiree Kissoon, 1995. Courting Disaster in Guyana. The
Multinational Monitor. 16/11 (Novermber 1995)
8) Cote d’Ivoire : Selected Issues and Statistical Appendix. IMF Staff
Country Report : No. 98/46. : IMF. (May 1998)
9) Hammond, Ross, 1999. The Impact of IMF Structural Adjustment Policies on
Tanzanian Agriculture. The All Too Visible Hand. Washington : The
Development Gap, Friends of the Earth
10) Schemo, Diana Jean, 1991. Brazil Slashes Money for Project Aimed at
Protecting Amazon. New York Times. 1/1,/1999)
11) Emilia, Stevie, 1998. Crisis Forces Jakarta to Sacrifice its
Environmental Programs. Jakarta Post. (July 2, 1998).
Pour aller plus loin
Guide-citoyen du FMI, mai 2000, Amis de la Terre, 30 pages ;
Le FMI : Pour réconcilier les principes du développement durable avec les politiques macro-économiques, Etudes et documents des Amis de la Terre-France, 1997 (4 pages) ;
The IMF : Selling the environment short, Friends of the Earth, US,
2000 (accessible sur internet : www.foe.org) ;
Les causes sous-jacentes de la déforestation, Biodiversity Action
Network, 1999.