Le Comité Intergouvernemental de Négociation va se réunir cinq fois entre février 1991 et mai 1992. La stabilisation en l’an 2000 des émissions à leur niveau de 1990 est rapidement proposée par la Communauté Européenne. L’Alliance des Petits Etats Insulaires (Alliance Of Small Islands States, ou AOSIS), menacés dans leur existence même par les changements climatiques, défendra avec vigueur les objectifs de Toronto jusqu’à la réunion de Kyoto en 1997. L’année 1991 voit aussi s’ouvrir ce qui allait devenir le coup d’envoi historique de l’opposition Nord-Sud sur la question du climat. Le directeur du Centre pour la Science et l’Environnement (Center for Science and Environnement - Inde), M. Anil Agarwal, fait en effet paraître sous la forme d’un pamphlet une violente critique de la " science étasunienne ", s’en prenant aux estimations de l’Institut sur les Ressources Mondiales (World Resources Institute - Washington D.C.) concernant les contributions des différents activités humaines aux dégagements de gaz à effet de serre [1].
L’argument central de ce pamphlet est le suivant : il n’est pas possible de mettre sur un pied d’égalité les émissions " de survie " dues aux cultures vivrières, telles que le méthane issu des rizières indiennes et chinoises, et les émissions " de luxe " dues aux automobiles des pays industrialisés. La question sous-jacente ici est bien sûr celle des besoins essentiels et du droit au développement, et par là celle du partage des ressources naturelles telles que la capacité de charge de la biosphère en émissions de CO2. Le CSE se fera par la suite l’ardent défenseur de l’équité entendue comme droit égal de chaque personne à la ressource - position que la France elle-même relayera plusieurs fois, y compris par la voix de M. Chirac lors de son discours à la Conférence de La Haye.
Un second argument vise à différencier les capacités de charge biosphériques en CO2 et en méthane, en montrant d’une part qu’elles ne sont pas équivalentes, en partie à cause de la durée de séjour dix fois plus courte du méthane, et d’autre part que le problème du réchauffement climatique vient du stock excessif de CO2 dans l’atmosphère, émis en très grande proportion par les pays du Nord - les pays du Sud quant à eux émettant surtout du méthane, dans des limites supportables par la biosphère.

GRAPHIQUE 1 : Emissions de CO2 depuis 1800 (Source : Fred Pearce 1999, in New Scientist 17 nov 1997).
Le CSE propose enfin que les capacités d’absorption du CO2 par les eaux internationales (fonction de " puits " de carbone dans le cycle) soient réparties de manière égale entre tous les habitants de la planète.
A la veille du Sommet de Rio, les émissions par pays s’élevaient donc à :
| Pays | Formule WRI* | Calcul CSE** |
| Etats-Unis | 17.0 | 27.4 |
| Ex-Union Soviétique et Europe de l’Est | 16.0 | 17.6 |
| Europe de l’Ouest | 14.3 | 11.9 |
| Japon | 3.9 | 2.5 |
| Autres pays industrialisés | 1.4 | 7.5 |
| Inde et Chine | 10.3 | 0.6 |
| Brésil | 10.3 | 18.2 |
| Autres pays en développement | 26.7 | 14.3 |
TABLEAU 1 : Distribution des émissions nettes de gaz à effet de serre (%) (Source : Agarwal & Narain 1991) * WRI : World Resources Institute ** CSE : Center for Science and Environment
[1] A. Agarwal & S. Narain, Global Warming in an Unequal World. A Case of Environmental Colonialism., New Delhi : Center for Science and Environment, 1991.