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Des transgènes passent des aliments aux bactéries de l’intestin humain.

5 mai 2002,
Par Christian Berdot

Ogm : risque confirmé

L’Agence britannique pour les Normes Alimentaires vient de publier une étude qui prouve que des gènes insérés dans des plantes agricoles modifiées génétiquement, se retrouvent dans les bactéries de la flore intestinale humaine.

Cette découverte pose des questions graves. En effet, de nombreuses plantes agricoles génétiquement modifiées ont reçu des gènes de résistance à certains antibiotiques. On peut logiquement craindre que ces gènes ne passent, eux aussi, dans des bactéries pathogènes du corps humain et que la capacité de défense du corps humain contre les infections ne s’en trouve fortement affectée.

Ce risque est dénoncé depuis des années par les Amis de la Terre, mais jusqu’à maintenant les autorités politiques et industrielles déclaraient que ce transfer de gènes était impossible. En fait, elles avaient beau jeu de l’affirmer puisqu’elles n’avaient jamais pris la peine de vérifier leurs affirmations...

Cette expérience est en effet, la première au monde menée sur des humains. Des chercheurs de l’Université de Newcastle ont donné à des volontaires un repas contenant du soja transgénique. On retrouva dans les intestins de 3 des 7 personnes cobayes des bactéries contenant un gène provenant du soja modifié génétiquement [1]. Pour les chercheurs cependant, la présence de ces bactéries contenant du matériel génétique provenant du soja modifié génétiquement, pourrait être due à des "expositions antérieures" à des produits modifiés génétiquement déjà présents dans notre alimentation.

L’apparition de bactéries multirésistantes aux antibiotiques est un problème de santé majeur pour l’humanité. En utilisant des gènes de résistance à des classes d’antibiotiques parmi les plus utilisés en médecine humaine, les industriels ont, avec l’accord des politiques, pris le risque de voir ces gènes se répandre vers des bactéries pathogènes, quitte à ruiner des dizaines d’années d’efforts de la recherche pharmaceutique ! En 1998 déjà, Patrice Courvalin qui dirigeait l’Unité des agents bactériens à l’Institut Pasteur, concluait un article dans le journal La Recherche par cette question : "Est-il opportun de laisser subsister dans les plantes, des gènes qui leur sont inutiles sur le plan agricole, mais qui leur confèrent la résistance à des familles majeures d’antibiotiques et ce, alors que depuis vingt ans aucune nouvelle famille d’antibiotiques n’a été introduite en clinique ?" .

Les Amis de la Terre réitèrent leur demande que les OGM (maïs, soja, etc...) contenant des gènes de résistance à des antibiotiques soient immédiatement interdits à la culture et que les produits alimentaires issus de ces plantes soient immédiatement retirés de l’alimentation humaine et animale . [2]



[1]   Les chercheurs ont utilisé 7 volontaires qui avaient tous subi une iléostomie (leur gros intestin avait été enlevé et ces personnes devaient utiliser des poches) Les volontaires reçurent un hamburger et un milkshake qui contenaient du soja transgénique. Après le repas le contenu de leur poche était vidé toutes les demi-heures durant les six heures qui suivirent. Des bactéries prélevées dans ces échantillons furent mises en culture. "A leur grande surprise, "les cherceurs constatèrent "qu’une grande partie du matériel génétique modifié avait survécu au passage dans l’intestin grêle". Dans 3 cas sur 7, un gène de tolérance à un herbicide fut détecté dans leur flore intestinale. Les chercheurs avaient aussi cultivé des bactéries prélevées avant que les volontaires ne prennent le repas. Des gènes de tolérance à l’herbicide avaient été détectés mais à faible dose. Douze volontaires avec un système intestinal intact ont aussi été testés après avoir pris le même repas. Aucun matériel génétique ou bactérie contenant des gènes de résistance à un herbicide ne furent détecté dans leurs selles. Voir rapport.

[2] Il est démontré que ces bactéries multirésistantes d’origine animale peuvent passer chez les humains. Il faut donc éviter de favoriser l’apparition de bactéries résistantes chez les animaux. "Comme le maïs transgénique est principalement destiné à l’alimentation animale, la conjonction de l’utilisation des antibiotiques dans l’alimentation animale et des OGM ne peut qu’accroître le risque de dissémination - des résistances."( Courvalin)



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