Dès mai 2007, les Amis de la Terre avaient mis en garde la Société Générale contre les impacts massifs de ce projet, déjà abandonné une première fois en 2002 pour les mêmes raisons. Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes aux Amis de la Terre, explique : « Le barrage d’Ilisu est un projet hors norme par le nombre de personnes qu’il affectera directement. Jusqu’à 78 000 personnes, dont une majorité de Kurdes, doivent en effet être déplacées de force par la mise en eau du barrage. Aucun plan de réinstallation des populations n’existe pour le moment, et les compensations financières des premières personnes déplacées ont été extrêmement insuffisantes. De même, aucune étude sur le patrimoine historique et archéologique de la région n’a été conduite alors qu’elle recèle de nombreux sites archéologiques uniques, comme la ville de Hasankeyf, vieille de 10 000 ans et riche de plusieurs civilisations mésopotamiennes. Il n’existe pas non plus d’étude sur la répartition des eaux du Tigre entre la Turquie et les pays en aval du barrage, l’Irak et la Turquie, une fois ce dernier construit. Dans un contexte de rareté de la ressource en eau au Moyen-Orient, cette situation pourrait favoriser des conflits futurs et être un facteur de déstabilisation politique de la région. Si l’on ajoute à cela les impacts environnementaux du barrage sur le bassin versant du Tigre, tous les ingrédients sont réunis pour faire d’Ilisu un échec majeur en terme de gestion d’impacts ».
C’est précisément ce qu’ont décrit les experts indépendants qui se sont rendus sur place à plusieurs reprises ces derniers mois afin de vérifier le respect des 150 conditions auxquelles la Turquie s’est engagée pour obtenir la garantie des agences publiques de crédit à l’exportation allemande, autrichienne et suisse (3). Fidan Unlubayir, du centre culturel kurde, poursuit : « Les rapports d’experts successifs sont accablants pour la Turquie et décrivent en des termes inhabituellement critiques l’absence totale de volonté politique de respecter les conditions imposées. La politique générale menée par la Turquie envers les Kurdes joue un rôle évident à cet égard. On ne peut donc pas s’attendre à ce que ces populations bénéficient d’une indemnisation ou d’une relocalisation adéquates ».
Réagissant à cette situation catastrophique, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse viennent d’activer pour la première fois au monde, une clause du contrat lançant le processus de retrait de leurs garanties et elles ont donné un ultimatum de 60 jours à la Turquie pour rétablir la situation. Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre, conclut : « Il est évident que la Turquie ne pourra pas remplir en 60 jours les conditions qu’elle ignore délibérément depuis deux ans. Le projet est tellement boiteux qu’il ne respectera probablement jamais les normes internationales. Il faut donc en tirer les conséquences : comme l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse, la Société Générale doit se retirer immédiatement de ce projet ».
Contact presse : Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43
(1) Les photos de cette action sont disponibles en ligne en cliquant ici.
(2) La cyberpétition est accessible en ligne sur le site Internet de Cyber @cteurs à cette page.
(3) Les rapports du Comité d’Experts indépendants sont accessibles en ligne sur ce site Internet.
Les Amis de la Terre ont procédé à une analyse détaillée de ces rapports d’experts accessible en ligne sur cette page.




