Objet : destruction des forêts tropicales et vente de bois exotiques
Monsieur le Directeur,
Les Amis de la Terre constatent avec inquiétude que beaucoup de meubles et produits à base de bois, vendus en France, sont fabriqués à partir de bois issus de forêts tropicales surexploitées, sans aucun respect des droits des populations locales, de la biodiversité, voire des législations forestières.
Or, lorsque les consommateurs achètent des produits en bois, ils veulent être sûrs dans leur immense majorité, que leurs achats ne contribuent ni au pillage, ni à la destruction du patrimoine forestier mondial. Ils veulent pouvoir choisir des entreprises qui leur certifient que le bois proposé provient exclusivement de forêts gérées de manière durable, c’est à dire en respectant l’Environnement, les Droits Sociaux et les Droits Humains des populations.
Après une série de visites effectuées par nos adhérents dans un certain nombre de magasins et entreprises des Landes depuis plusieurs mois, nous sommes inquiets et aimerions en savoir un peu plus sur l’origine des bois que votre entreprise propose.
Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous informer sur les produits bois que vous commercialisez :
Quelles sont les mesures de traçabilité mises en place par votre entreprise, pour contrôler l’origine, les conditions d’achat et de fabrication des produits bois que vous vendez ? Quelles garanties exigez-vous de vos fournisseurs, des importateurs ? Quelles garanties avez-vous obtenues ?
Quels sont les pays d’origine des bois que vous utilisez ?
Quels sont les noms courants des essences ainsi que les noms scientifiques ? Comme vous le savez, derrière le nom commercial - "teck" par exemple - se cachent beaucoup d’essences différentes.
Pouvez-vous nous indiquer si les noms (courant et scientifique) des essences, le pays d’origine du bois ainsi que le label de certification figurent sur l’étiquette de vos articles, dans les devis ou les catalogues de vos produits. (Nos adhérents lors de leurs visites, n’ont pas toujours pu trouver ces éléments minimum d’information du consommateur dans certains magasins ou au près de certaines entreprises !).
Quelle est la part de produits certifiés FSC (Label du Conseil de Bonne Gestion des Forêts, seul label fiable assurant des produits issus de forêts gérées de façon durable) dans les produits que vous proposez ?
Êtes-vous prêts à remplacer tout produit en bois tropical suspect, par un produit équivalent, en essence locale ou certifié FSC ?
et d’une façon générale, êtes-vous prêts à promouvoir ces produits en bois certifiés FSC ?
Les Amis de la Terre veilleront à ce que le bois utilisé dans le bâtiment, les meubles, la décoration ne soient obtenu par le pillage de ressources qui appartiennent à d’autres sociétés humaines et la destruction de biotopes dont la richesse et la diversité font partie du patrimoine commun de l’humanité.
D’avance, nous vous remercions de donner une suite favorable à notre démarche qui ne peut que contribuer à accroître la satisfaction de votre clientèle.
Nous avons reçu ce mail de la SARL SOLADIE Maisons Exotiques International :
De : "Maisons Exotiques Int. (sarl SOLADIE)"
Date : Wed, 17 Dec 2003 11:24:14 +0100
À :
Objet : Importation bois tropicaux
SARL SOLADIE Maisons Exotiques International
ZA du Tinga 1025 chemin de Bellegarde 40XXX MXXXXXXX
Tel : XX.XX.XX.XX.XX / Fax : XX.XX.XX.XX.XX
E-mail XXXXXX@club-internet.fr
Site www.maisons-exotiques.com
Monsieur Berdot,
Nous avons bien reçu votre courrier dont l’intitulé est, je site :" destruction des forêts tropicales et vente de bois exotiques".
Je vous invite, parmi certains articles professionnels et afin de vous évitez de vous tromper de "combat", à lire celui que vous trouverez dans ce lien : http://www.netbois.com/info/index.php ?artc=1390 .
Pour en revenir à votre titre, les mot destruction et bois exotiques employés sont à remettre dans leur contexte. Sachez que la France importe, toute essences tropicales confondues (et je ne dis pas exotiques...), environ 1,5% du marché mondial ! Pour être encore plus précis, dans la forêt amazonienne, sur 10 arbres abattus, 9 restent sur le territoire brésilien pour leur propre consommation !!..
Et enfin, si vous utilisé le mot exotique pour le bois, sachez que vous englobez aussi toutes les essences (résineux ou feuillus) qui poussent en dehors du sol français, donc en Europe et dans tous les autres pays qui ne sont pas en zone tropicale ou équatoriale !..
Nous restons, Monsieur Berdot, à votre entière disposition pour tout complément d’information digne de ce nom.
Salutations distinguées, Didier Claverie/Gérant.
On ne savait pas que le pin qui vient de Finlande ou de Pologne était du bois exotique même si avec les changements climatiques, on peut s’attendre à tout... Sinon, on ne peut pas vraiment dire que ce mail réponde à nos questions.
Nous sommes allés sur le site "professionnel" conseillé par Mr Claverie, lire l’article qui répond à un article de Mrs Durand, Hallé et Hulot, paru dans le Monde du 11 novembre, sous le titre "Les forêts tropicales : c’est fichu !".
L’article en réponse s’intitule "Forêts tropicales : fichu ou pas fichu ? Il est signé par un professeur de l’Ecole Nationale du Génie Rural et des Eaux et Forêts (ENGREF) par le directeur et le président de l’association professionnelle des distributeurs de bois "Le Commerce du Bois" (LCB) et par le président de l’Association Technique Internationale des Bois Tropicaux (ATIBT)
Voici quelques morceaux choisis :
a) omissions : dans les deux grandes causes identifiées de la destruction de la forêt tropicale, les auteurs ne citent pas les deux causes majeures qui viennent du fait que ces forêts sont toutes en pays en développement :
l’extrême pauvreté des populations tropicales (moins de 1 us $ / jour)
la formidable pression démographique qui s’exerce sur les espaces boisés de ces pays ( souvent 10 fois celle des pays du Nord).
C’est la faute aux indigènes, bien entendu ! Le Brésil est 16 fois plus étendu que la France avec une population même pas 3 fois plus importante, ce qui donne "une formidable pression démographique"... 5 fois moins importante qu’en France !!
Se moquerait-on de nous ? Quant à nous faire croire que ce sont les paysans sans terre qui détruisent la forêt, c’est du même tonneau. Nos collègues des Amis de la Terre d’Indonésie, de Malaisie, du Caméroun, du Brésil et d’ailleurs seraient effarés de lire ces contre-vérités, eux qui se font souvent les avocats des populations victimes des exactions de certains "professionnels" dans leur pays.
Et tout l’article est à l’avenant.
- Il faudra certes sacrifier une partie des forêts tropicales comme territoires de ressources alimentaires. Ces surfaces sont malheureusement nécessaires au développement.
Il faut certainement poursuivre l’objectif de minimum 10% d’aires protégées qui est en cours de réalisation. Ce sera le sanctuaire de la bio-diversité à protéger.
En clair, on peut détruire 90% des forêts mais 90% de quoi ? De ce qui reste aujourd’hui, de ce qui restera demain ou dans 10 ans ? De toutes façons, c’est vraiment un objectif très ambitieux !
Quant à nourrir les populations, si l’Indonésie produisait moins d’huile de palme pour l’exportation et le Brésil moins de soja pour nourrir notre bétail, il y aurait suffisamment de terres pour nourrir tout le monde !
Mais le meilleur est pour la fin : Oui, Messieurs Durand, Hallé et Hulot, la forêt tropicale humide ne sera jamais plus comme celle que nous avons tous connue. Il en a été de même avec nos forêts du nord qui ont contribué pour une grande part au développement de cet hémisphère et qui retrouvent, pas à pas, et grâce à ce développement, des surfaces, des volumes et des bio-diversités perdues.
Comment les ingénieurs et responsables d’organismes professionnels, signataires de cet article peuvent-ils proférer autant d’âneries ?
Le botaniste Francis Hallé nous donne un élément de réponse : N’est-ce pas la formation même des forestiers qui est à repenser ? Nos écoles forestières souffrent d’être trop isolées des progrès de la biologie contemporaine et de l’écologie tropicale ; les ingénieurs qui en sortent se sentent surtout concernés par la production de grumes. Comment ne pas s’inquiéter, en constatant que des responsables de la foresterie tropicale sont dépourvus de toute sensibilité écologique ? "Si l’on remplace la forêt originelle par des plantations forestières, aucun danger majeur n’est à craindre sur le plan écologique", affirmait Mr Cattinot directeur du CTFT dans les années 80."Remplacer une forêt par un bon pâturage bien entretenu ou par une plantation d’hévéas ou de palmiers à huile n’a rien de critiquable ; sur le plan de l’environnement, à notre avis un bon pâturage ou une plantation bien menée d’hévéas vaut bien une forêt" : de Louis Huguet en 1989, cette phrase n’a que quinze ans !. (...) Hélas, les problèmes actuels des forêts tropicales sont essentiellement des problèmes biologiques et humains. La formation des ingénieurs forestiers ne les prépare ni à la compréhension des forêts primaires, ni à l’évaluation des liens multiples et complexes qu’entretiennent avec ces forêts les populations qui vivent à leur contact. (Extrait de la revue Peuple en Marche, numéro spécial sur la "Déforestation durable")
En attendant, chaque jour des centaines d’hectares disparaissent irréversiblement !
Même si les intérêts divergent, il y a une coalition de fait entre, d’un côté, les industriels qui exploitent les forêts tropicales et de l’autre ici en Gascogne, les grands propriétaires fonciers qui refusent tout regard de l’état sur leurs affaires. L’ennemi commun est l’écologiste local ou l’ONG internationale !
Pour mieux comprendre la mentalité locale de certains milieux forestiers, lire l’article du Dr FOLLADOUR. C’est édifiant !