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Détroit : faire face à la désindustrialisation

Détroit subit les ravages de la crise de l’industrie automobile depuis un demi-siècle. Plongée au coeur d’une ville post-industrielle en quête d’alternatives.

Sept immenses buildings frappent d’abord la vue en s’approchant du centre-ville de Détroit. Cet immense complexe de bureaux appartient à General Motors. Mais derrière ces tours se profile un désert urbain. Sur les façades des bâtiments, les banderoles « à vendre » ou « à louer » sont monnaie courante. Près d’un logement sur cinq serait inoccupé. Des buildings de plus de 50 étages laissés à l’abandon surplombent Jefferson, Woodward, Michigan, des avenues aujourd’hui longées de trottoirs vides. Les maisons incendiées ne cessent de surprendre le regard. Faute de locataires, les propriétaires brûlent leur bien pour faire jouer l’assurance. Il faut attendre les soirs de match pour que les rues s’animent et que les parkings se remplissent. La capitale du Michigan connait une crise sans précédent dans les domaines de l’industrie automobile, de l’immobilier et de la finance.

Un long Katrina

Deux millions de personnes vivaient à Détroit dans les années 1950, il n’en reste plus que 800 000 aujourd’hui. Dans certains quartiers, une personne sur deux est au chômage. Pour les syndicalistes rencontrés à Détroit, « c’est un long Katrina » qui depuis un demi-siècle s’abat sur la ville. Grace Lee Boggs, figure du mouvement pour les droits civils, se souvient des usines partant s’installer en banlieue pour contrer le mouvement ouvrier. La fermeture de la gare en 1988 ajoutée à des liaisons en bus extrêmement rares ont renforcé la ligne de séparation entre un centre-ville fort d’une population noire à 85 % et une banlieue blanche à 80 %.
En gagnant les cités dortoirs, le contraste est saisissant. Des villas cossues, des parkings bondés, des magasins ouverts et des municipalités autorisant les exonérations fiscales sous la pression de l’industrie automobile. Le déficit municipal de Détroit ne cesse lui de s’aggraver. Les services publics sont les premiers touchés avec la fermeture d’écoles et la suppression de lignes de bus. Mais pour Grace, « le maire n’a aucun sens du mouvement urbain qui depuis des années n’a cessé de se réinventer pour laisser place à un nouvel ordre ». L’agriculture urbaine est en effet en pleine expansion dans un centre-ville qualifié de « désert alimentaire ». Plus de 16 000 résidents seraient aujourd’hui investis dans 800 jardins communautaires.
Au sud-ouest de Détroit, Kwamena Mensa, un ancien fonctionnaire, s’est lancé dans le maraîchage biologique et l’apiculture sur un peu moins d’un hectare. L’enjeu, « assurer la sécurité alimentaire de la communauté » et créer à moyen terme plusieurs emplois. Pour d’autres, comme Mark Covington de Georgia Street Community Garden, le jardin est un moyen de créer une solidarité de quartier. Moyen de subsistance ou prémisses d’une nouvelle économie, des jardins sont désormais accessibles dans chaque quartier de Détroit. La reconversion des industries pour produire des bus ou des trains est pour le moment seulement révoquée dans les courant les plus à gauche des syndicats. Entrée en transition à marche forcée, Détroit trace peut-être la voie des villes post-industrielles soutenables.

> SOPHIE CHAPELLE

Photo : Jardin communautaire sur la Georgia Street à Détroit. (c) Sophie Chapelle

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