Dette écologique : trois pistes pour en sortir

Dans « La dette cachée de l’économie » (1), Eric De Ruest et Renaud Duterme proposent trois voies pour mettre un terme à la dette écologique grandissante, source de catastrophes environnementales et sociales. Entretien.

Quelles sont les racines de la dette écologique et quelle est la première priorité pour y mettre un terme ?

L’expansion européenne, depuis Christophe Colomb, a été en grande partie motivée par l’exploitation des ressources du Sud. Pour maintenir l’accès aux ressources après la décolonisation, l’occident a établi un colonialisme financier, ce qu’Eric de Ruest et moi appelons le « système dette ». Aujourd’hui, le remboursement des dettes des pays du Sud passe systématiquement par l’accaparement des terres, la destruction des forêts ou l’exploitation des ressources naturelles.

L’exemple de l’île de Nauru, dans le pacifique, est caricatural : les habitants se sont lancés dans une course effrénée au phosphate, une exploitation commencée 60 ans avant l’indépendance du pays en 1968. Ils ont d’abord copié le mode de vie occidental et ensuite remboursé la colossale dette accumulée. Cet Etat, le plus petit du monde, est devenu parmi les plus riches du monde en PIB par habitant avant d’être ruiné avec l’effondrement de la production de phosphate de 1990 à 2003. Aujourd’hui la situation sociale, environnementale et sanitaire est calamiteuse.

Ce système se déploie aussi en Europe, puisque la troïka incite la Grèce à entreprendre des forages pétroliers en mer pour rembourser sa dette. C’est le mécanisme connu la plupart des pays du Sud ces dernières décennies. Il est donc fondamental de lutter contre une dette financière dont le remboursement impose de sacrifier l’environnement.

Vous proposez aussi des changements politiques et institutionnels.

Il faut abandonner un système centralisé et verrouillé par des professionnels de la politique fréquentant les mêmes cercles, les mêmes clubs économiques. Les citoyens n’en peuvent plus d’être non représentés par une "élite" qui a cadenassé le monde politique et applique systématiquement les mêmes politiques. Ce sont les relais d’une oligarchie, du 1 % qui détruit la planète.

On doit se tourner vers un système décentralisé, partant de la base, c’est-à-dire donnant la parole aux citoyens. Ce qui se fait en Amérique du Sud, chez les communautés indigènes, chez les zapatistes, nous inspire et inspire de nombreux mouvements sociaux. Les personnes chargées de la représentation ne peuvent en faire un métier et sont dessaisies lorsqu’elles s’écartent du mandat qui leur a été confié. Une telle démocratie reste très éloignée de notre système, mais nous devons y tendre.

La justice écologique internationale doit aussi jouer un rôle.

Le droit international est désarmé pour protéger l’environnement. Il y a quelques coups d’éclat, comme le procès de l’Erika, mais globalement le crime écologique n’est pas considéré comme tel. Lorsque des amendes sont prononcées, elles restent faibles comparées aux économies ou aux bénéfices réalisés par le pollueur. On est loin d’une vraie justice environnementale qui permettrait de mettre un terme à la dette écologique.

L’initiative citoyenne européenne End Ecocide (2) va dans le bon sens mais malheureusement, elle ne décolle pas. En tout cas, on est encore loin de la mobilisation contre l’écotaxe…

> PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE COLLET


1/ Eric De Ruest et Renaud Duterme - La dette cachée de l’économie aux éditions Les liens qui libèrent. 2/ www.endecocide.eu/?lang=fr

Rédigé le