Le 6 octobre dernier, la Banque européenne d’investissement (BEI) organisait à Luxembourg un séminaire sur ses investissements dans le secteur minier, visant à présenter trois projets que la Banque de l’Union européenne a financés au Sud. Suite à cette conférence, la BEI a publié un compte rendu de cette conférence dans lequel elle affirme que la « Société civile a applaudi les programme sociaux des entreprises minières » et que les projet miniers présentés étaient des « succès » (1). Pourtant, de nombreuses organisations de la société civile sont très critiques vis à vis des projets miniers financés par la BEI.
En réalité, aucun membre de la coalition Counter Balance (2), seule coalition d’ONG travaillant sur la BEI, ni aucun représentant des communautés impactées n’avait été invité à ce séminaire. Les Amis de la Terre n’ont pas non plus été contactés, alors qu’ils travaillent depuis trois ans sur les investissements miniers de la BEI - travail dont la Banque est parfaitement informée.
Ainsi, l’événement et l’article qui en résulte semblent relever davantage de l’opération de communication et du greenwashing que d’un échange réel avec la société civile. En aucun cas les conclusions publiées sur le site de la BEI ne représentent un point de vue partagé au sein de la société civile.
L’un des projets présentés lors du Séminaire est la mine de Lumwana, en Zambie, sur laquelle les ONG ont des critiques fondamentales à apporter. Ainsi, la construction de la mine a exigé l’expulsion de plusieurs centaines d’agriculteurs qui travaillaient des terres à l’intérieur de la concession. Non seulement ce sont des emplois qui disparaissent, mais en plus les terres fertiles qui étaient cultivées seront définitivement détruites par l’exploitation minière (pollutions, déplacement des matériaux…). En outre, la BEI néglige systématiquement de mentionner que Lumwana est une exploitation de cuivre, mais aussi d’uranium. Il n’a été distribué qu’une information très parcellaire aux communautés locales sur les risques liés à la radioactivité, via des brochures en anglais, dans une zone où l’illettrisme est particulièrement important et où beaucoup ne comprennent pas l’anglais. De plus, une récente étude commandée par le Conseil des Eglises zambiennes révèle que la Zambie n’est absolument pas équipée pour développer l’exploitation de l‘uranium sur son territoire (3). Elle n’a aujourd’hui aucun cadre juridique approprié pour cette activité, que ce soit pour la gestion des risques, des responsabilités et des déchets radioactifs ou le partage des richesses créées.
S’il était très intéressant d’organiser un débat sur le projet Lumwana, Les Amis de la Terre regrettent que la BEI n’ait pas inclus dans la discussion les ONG ayant travaillé sur le projet.
De manière générale, les Amis de la Terre et la coalition Counter Balance demandent à la BEI de reprendre un dialogue sérieux avec la société civile, y compris avec les organisations ayant un regard critique sur son action.
Courrier envoyé au Vice Président de la BEI sur le sujet disponible sur le site de Counter Balance
Notes :
(1) Voir l’article sur le site de la BEI
(2) La coalition européenne Counter Balance : Réformer la BEI rassemble les ONG suivantes : CEE Bankwatch Network (Europe centrale et orientale), les Amis de la Terre (France), Urgewald et WEED (Allemagne), Campagna per la Riforma della Banca Mondiale (Italie), BothEnds (Pays-Bas), Bretton Woods Project (Grande-Bretagne).
(3) Council of Churches in Zambia, Prosperity unto death, Is Zambia Ready for Uranium Mining ?, 2010




