source : lettre d’Halt’Incin’ n°48
Halte Incin’ Corrèze 5 impasse du Maréchal Juin 19100 Brive Président : Bernard Longpré 05 55 88 00 36
Si les Périgourdins ont pour l’instant échappé à l’implantation d’un incinérateur, il ne faut pas oublier qu’une partie des déchets de notre département est, à l’heure actuelle, traitée par... incinération. En effet, les ordures collectées sur treize communes de l’est de la Dordogne, dont Terrasson, Condat et Le Lardin, sont acheminées en Corrèze jusqu’à l’incinérateur de Saint-Pantaléon-de-Larche. Construit en 1972, cet incinérateur proche de Brive a défrayé la chronique à plusieurs reprises, à cause de ses émissions de dioxines dans l’atmosphère : jusqu’à 240 fois la norme actuellement en vigueur (0,1 ng par mètre- cube de fumée). On a du mal à imaginer que ces rejets ne soient pas revenus, au gré des vents, jusqu’aux Périgourdins qui alimentent l’incinérateur - à moins que les fumées d’incinération, comme les nuages radioactifs, soient incapables de franchir les frontières...
Législation oblige, cet incinérateur a été remis aux normes en janvier 2006. La Communauté d’Agglomération de Brive s’est ainsi engagée pour au moins dix années supplémentaires dans une politique d’incinération, sans aucune enquête publique préalable. Les sommes colossales nécessaires à cette remise aux normes ont été engagées au détriment de la mise en place d’une politique de tri et de valorisation de déchets respectueuse de l’environnement. Bon nombre d’élus locaux considèrent que cette remise aux normes a clos le débat autour de l’incinérateur, mais c’est oublier un peu vite que les conséquences sanitaires des pollutions d’hier peuvent très bien n’apparaître que demain... Qui plus est, à force de garder le nez en l’air pour regarder ce qui sort des cheminées de l’incinérateur, les élus ne se sont pas rendus compte qu’ils ont aujourd’hui les pieds dans la m... Et ce dans quoi ils marchent est loin de porter bonheur : il s’agit des mâchefers, ces cendres et autres résidus solides de l’incinération, qui contiennent de nombreux métaux lourds et autres polluants organiques persistants (P.O.P.) comme les dioxines.
Pendant vingt-trois ans, les mâchefers de l’incinérateur de Brive, qui représentent environ un tiers du tonnage de déchets brûlés, ont été
stockés dans divers endroits, dont une décharge qui n’a jamais reçu d’autorisation préfectorale, située à 10 mètres de la rivière Corrèze, et sur laquelle la nouvelle usine d’assainissement des eaux de Brive est en cours de construction ! Ce site, qui contient environ 82 000 mètres cubes de mâchefers, a fait l’objet d’un diagnostic de pollution et d’une Evaluation Simplifiée des Risques (E.S.R.). Ces études montrent un dépassement des normes d’arsenic, de cuivre et de chrome dans les sols, et un dépassement des normes de chrome dans les eaux de la nappe phréatique située sous le site. Et un rapport de la DRIRE mentionne que la rivière toute proche draine les eaux de cette nappe...
Une association, Halte Incin’ Corrèze, s’est attaquée au dossier, et son président, Bernard Longpré, ingénieur agronome, ne cache pas son inquiétude : « Malheureusement, les études n’ont porté que sur les seules sources de pollution induites par l’arsenic, le chrome III et le plomb. Il est inacceptable que les dioxines, furanes, P.C.B. et autres P.O.P. et de nombreux autres métaux lourds comme le mercure n’aient pas fait l’objet de recherche ». L’inquiétude est d’autant plus grande que le site se trouve dans la zone R du Plan de Prévention des Risques de la Corrèze, c’est-à-dire dans la zone d’expansion des crues de la rivière. Sachant que le confluent de la Corrèze et de la Vézère n’est qu’à quelques centaines de mètres, il ne serait pas étonnant que les Périgourdins goûtent bientôt, dans la Vézère puis dans la Dordogne, les dioxines des déchets qu’ils ont envoyés à Brive !
L’association Halte Incin’ Corrèze vous invite à une conférence-débat sur "L’incinération des ordures ménagères et ses alternatives" Mardi 12 décembre, 20h00 Espace Colette, à Varetz (19)