Logo des Amis de la Terre

Recommander cette page

Imprimer cette page

Agrandir cette page

Drame pétrolier au Nigéria : le secteur doit changer de pratiques

15 mai 2006,
Par Sébastien Godinot

Les Amis de la Terre sont catastrophés par la nouvelle explosion pétrolière au Nigéria, qui a fait près de 200 morts. Pétrole et gaz sont en train de faire basculer le Nigéria et toute la sous-région dans le chaos. Afin de réduire les risques, les Amis de la Terre demandent que les meilleures pratiques internationales, celles de la Revue des Industries Extractives, soient mises en application d’urgence. Acteurs publics et privés sont concernés, y compris la Banque mondiale et les entreprises et banques françaises qui ont investi dans le pays.

L’explosion est survenue à Ilado Beach, un village côtier de l’agglomération de Lagos. Elle semble imputable à des individus ayant percé des trous dans l’oléoduc pour récupérer du pétrole directement. Le Nigéria connaît depuis des années de nombreuses explosions de ce genre.

Pour Sébastien Godinot des Amis de la Terre France, « il est simpliste de s’en prendre uniquement à des « vandales ». Sur les 30 dernières années, le Nigéria a bénéficié de 350 milliards $ de revenus pétroliers. Or dans le même temps, la population vivant en dessous du seuil de pauvreté est passée de 30 à 70% de la population totale. Pétrole et gaz ont fait du pays une véritable poudrière sociale et un immense désastre écologique ».

Il poursuit : « La Revue des Industries Extractives, le forum international de référence en matière d’énergies fossiles, a mis en évidence en 2003 plusieurs pré-requis impératifs pour que les pays du Sud bénéficient de leurs ressources de manière durable : amélioration de l’Etat de droit, lutte contre la corruption, prise en compte des populations locales, partage des bénéfices, normes plus strictes. Au Nigéria, le développement économique du secteur extractif se fait au mépris de ces exigences : c’est un échec total. Sont responsables le gouvernement, mais aussi la Banque mondiale, les agences de crédit à l’exportation comme la Coface, les entreprises et les banques multinationales qui ont investi dans le pays. Elles agissent avec des normes laxistes, au mépris des demandes des acteurs locaux, malgré les risques mis en avant par la société civile nigériane ».

Total, Shell, Chevron, Exxon et Agip, traînées en justice par les Amis de la Terre Nigéria, ont été condamnées par la justice en novembre 2005 pour pollution et torchage illégal du gaz. En avril 2006, les Amis de la Terre Ghana ont déposé une plainte contre l’implication de la Banque mondiale dans le gazoduc ouest-africain (du Nigéria au Ghana), qui risque de déstabliser davantage la sous-région.

Sébastien Godinot conclut : « Nous venons d’interpeller les banques françaises pour connaître leurs investissements dans le pays, et les normes qu’elles y exigent. Notre rapport sur les banques françaises et l’environnement [1] a mis en évidence qu’elles ne disposent d’aucune politique spécifique en matière d’énergies fossiles, malgré les risques inhérents à ce secteur et les milliards d’euros qu’elles y investissent chaque année (principalement le Crédit Agricole, BNP-Paribas et la Société Générale). Nous les appelons à mettre en oeuvre les recommandations de la Revue des Industries Extractives en se dotant de politiques sectorielles exigeantes ».

[1] Lire le rapport ou son résumé

Contact presse : Sébastien Godinot, Les Amis de la Terre, 01 48 51 18 92 / 06 68 98 83 41