Du G7 à l’OCDE : en finir vraiment avec le charbon ?

Montreuil, le 09 juin 2015 – Réunis à Elmau en Allemagne les 7 et 8 juin, les chefs d’État du G7 ont abordé la question climatique sans s’engager dans les mesures ambitieuses que la crise climatique actuelle impose. A côté d’un objectif de décarbonisation loin d’être à la hauteur, les membres du G7 n’ont ni envoyé des signaux positifs quant à leurs efforts nationaux, ni répondu aux attentes quant au soutien au charbon des agences de crédit à l’exportation. Les Amis de la Terre appellent désormais la France à soutenir la fin de ces soutiens à l’OCDE où le groupe sur les crédits exports se réunit jusqu’à vendredi.

Les chefs d’État du G7 réunis à Elmau en Allemagne, ont reconnu qu’une décarbonisation de l’économie globale était nécessaire (1). Toutefois, leur calendrier de sortie des énergies fossiles rentre en contradiction avec l’impératif climatique puisqu’ils se sont engagés à réduire de 40 à 70 % les émissions par rapport à 2010 quand la science nous dit bien qu’il faut parvenir à un monde 100 % décarboné d’ici 2050. « Les pays du G7 sont les principaux responsables du changement climatique. Ils ont historiquement causé la majorité des émissions de gaz à effet de serre, alors qu’ils représentent moins de 10 % de la population mondiale. Il est impératif qu’ils mettent fin à leurs soutiens aux énergies fossiles et fissiles pour amorcer une transition vers un monde basé sur la réduction de la consommation, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables » rappelle Malika Peyraut, des Amis de la Terre.

Le manque d’ambition à l’échelle internationale ne pourra être résolu sans volontarisme à l’échelle nationale. La veille du G7, le samedi 6 juin, 16 militants des Jeunes Amis de la Terre ont occupé pendant près de 8 h une agence d’EDF pour demander à l’entreprise de mettre fin à ses investissements charbon responsables de près de 69 millions de tonnes de CO2 par an (2). Déguisés en François Hollande, ils montraient la responsabilité de l’État français, actionnaire à 84,5 % de l’entreprise. Pour prouver qu’il est à la hauteur de son rôle d’hôte de la 21e Conférence des Nations Unies sur le climat, le gouvernement français devra impérativement faire preuve de cohérence concernant les entreprises d’Etat d’ici à décembre 2015.

Les membres du G7 ont réaffirmé leur volonté d’éliminer les subventions inefficaces aux énergies fossiles mais accommodent les intérêts des industriels : leur déclaration fait la part belle aux technologies bas carbone avec le risque que cela cache du nucléaire et même des centrales à charbon moins émettrices. « La lutte contre le changement climatique ne peut se faire à petit pas en ne supprimant aujourd’hui que les soutiens aux centrales les plus polluantes, surtout que la Chine construit et exporte déjà des centrales aussi performantes que les pays du G7. Le charbon n’est pas conciliable avec les 2°C et les pays du G7 doivent donc arrêter l’ensemble de leurs soutiens aux projets charbon avant la COP21 en vue d’arrêter au plus vite ceux aux autres énergies fossiles » ajoute Lucie Pinson, chargée de campagne finance privée / coface des Amis de la Terre.

Les pays membres du groupe sur les crédits exports de l’OCDE se réunissent à partir d’aujourd’hui et jusqu’à vendredi pour discuter de la fin des soutiens des agences de crédit aux exportations au charbon (3). La France a déjà décidé qu’aucun projet de centrale à charbon sans CCS opérationnel postérieur à la déclaration de François Hollande en novembre 2014 ne recevrait le soutien de la Coface. La France doit désormais étendre cette décision aux projets de mines et d’infrastructures charbon au niveau national et soutenir une position similaire au niveau de l’OCDE où la bataille est loin d’être gagnée. « La France doit être ferme face aux pays conservateurs qui refusent d’en finir avec le charbon. On ne négocie pas avec le climat et un bon compromis est celui qui actera la fin des soutiens des agences de crédit aux exportations au charbon » conclut Lucie Pinson.

Contact presse : Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée, Amis de la Terre, 09 72 43 92 62 lucie.pinson@amisdelaterre.org

(1) Voir la déclaration finale : _ https://www.g7germany.de/Content/DE/_Anlagen/G8_G20/2015-06-08-g7-abschluss-eng.pdf?__blob=publicationFile&v=5
(2) Voir le rapport « Emissions d’Etat » des Amis de la Terre et Oxfam France : http://www.amisdelaterre.org/Emissions-d-Etat-stop-a-l.html
(3) Les agences de crédit aux exportations représentent environ la moitié des soutiens financiers publics au charbon qui se sont élevés à 72,5 milliard de dollars entre 2007 et 2014. Voir le rapport « Under the rug » de NRDC, WWF et Oil Change international : http://priceofoil.org/2015/06/02/rug-governments-international-institutions-hiding-billions-support-coal-industry/

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