Alors que le Conseil Général des Landes s’est déclaré opposé aux essais d’OGM, Monsanto veut passer en force...
En 2001, la firme Monsanto recevait une autorisation pluriannuelle pour procéder à Magescq, à des "essais au champ de lignées et d’hybrides de maïs génétiquement modifiés et tolérants au glyphosate" (principe actif du Roundup, l’herbicide de Monsanto).
En 2001, les essais avaient lieu. Le Collectif-OGM-Landes organisait une manifestation devant la mairie de Magescq (4 novembre) pour protester. Après avoir demandé audience, nous fûmes reçus mais le maire avait aussi très habilement invité deux techniciens de la firme Monsanto. Les représentants du collectif profitèrent de l’occasion pour confronter leurs arguments avec les techniciens de Monsanto et... oublièrent de poser des questions au maire sur son positionnement personnel dans cette affaire.
Le maire de Magescq est lui même cultivateur. Il produit du maïs semence et des asperges. Il y a quelques années, il a reçu sur son exploitation, le Commissaire Européen à l’Agriculture, Franz Fischler et les ministres de l’Agriculture des 15. Ceux-ci eurent droit ensuite, à Moliets, à un repas concocté par les trois grands chefs landais, Ducasse, Dutournier et Guérard. (On ne peut qu’espérer qu’Alain Dutournier qui avec son association Eurotoque a pris des positions très claires contre les OGM [1] ait convaincu Mr Guérard du bien-fondé de notre cause. [2] )
Compte-tenu de l’attitude ambigüe du maire de Magescq , certains membres du collectif se sont même demandés s’il n’était pas, lui-même, le propriétaire des champs où se faisaient les essais...
Le 15 avril 2002, après des années de soutien inconditionnel aux essais d’OGM [3], le Président du Conseil Général, Henri Emmanuelli reçoit les Amis de la Terre pour annoncer qu’il s’oppose aux essais d’OGM dans les Landes. Le 17 avril, journée nationale contre les OGM agricoles, les membres du Collectif OGM-Landes sont reçus par les conseillers généraux, Belloc, Cabé, [4] Ducos, Montus et Siberchicot. Ils nous confirment les intentions de H. Emmanuelli de demander à son ami Jean (Glavany) de retirer les autorisations pour l’année 2002, dans les Landes. Si le Président du Conseil Général avait encore des doutes sur les méthodes de Monsanto, il en aura un aperçu quelques jours plus tard. (Voir la lettre que Mr Emmanuelli nous envoyait à ce sujet -29 avril 2002).
Les Conseillers Généraux Siberchicot et Belloc qui assistaient à la soirée sur les OGM organisée par Attac à Peyrehorade avec François Duffour comme intervenant ont pu eux aussi apprécier les méthodes de Monsanto. (Monsanto et la liberté d’expression)
Finalement, les deux essais prévus (Maïs Monsanto à Magescq et betterave sucrière Advanta à Vielle-Soubiran) n’ont pas eu lieu.
2002 toujours, le 29 novembre, les membres du Collectif OGM obtiennent enfin l’assurance par Mr Emmanuelli que le Conseil Général des Landes va officiellement prendre position contre les OGM en plein champ.
Le 4 février 2003, le Conseil Général des Landes adopte un voeu en ce sens. Quel chemin parcouru depuis l’époque où les diatribes sur les ayatollahs et autres obscurantistes étaient monnaie courante !
Quelques jours après ce vote, la firme Monsanto annonce qu’elle reprend ses essais à Magescq dans le cadre de l’autorisation pour des essais pluriannuels accordée en 2001. Le Conseil Général des Landes est furieux ! Mr Emmanuelli a écrit à plusieurs reprises au nouveau ministre de l’Agriculture Mr Gaymard, mais ses courriers restent sans réponse. Il fait part de "son indignation face à l’absence de réponse à une question qui (lui) semble relever de la plus élémentaire transparence". On peut quand même s’étonner que Mr Emmanuelli découvre si tard qu’en matière d’essais d’OGM, c’est l’opacité qui règne. La partie de l’ancienne Directive Européenne (90/220/EC) qui précisait les droits d’accès des citoyens aux informations, n’a jamais été appliquée et c’est sous Mr Glavany que le verrouillage de l’information a été le plus fort !
Le Parti Socialiste des Landes a de son côté exprimé "sa plus totale opposition" à ce projet "refusant la brevetabilité du vivant (...)". Les Amis de la Terre qui en 98 étaient très seuls à lutter contre l’adoption par le Parlement Européen de cette Directive autorisant la brevetabilité du vivant, se réjouissent de la position du Parti Socialiste. Pourtant nous n’oublions pas qu’en 98, les Socialistes européens avaient voté comme un seul homme en faveur de cette directive, comme d’ailleurs les amis de Mr Mattéi, notre actuel ministre de la Santé.
Lundi 31 mars, le conseil municipal de Magescq votait à l’unanimité une délibération "demandant fermement à la société en question -Monsanto- et aux agriculteurs concernés de ne pas mettre de culture de maïs OGM sur le territoire de leur commune".
Après les votes du Conseil Régional d’Aquitaine, du Conseil Général des Landes et maintenant du Conseil Municipal de Magescq s’opposant aux essais d’OGM, la balle est dans le camp du Ministre de l’Agriculture, seul compétent pour autoriser ou interdire un essai.
D’un côté, nous avons des élus qui ont voté des délibérations pour protéger leurs agriculteurs, leurs concitoyens et plus largement l’intérêt général ; de l’autre, nous avons une multinationale qui ne défend que des intérêts privés : ceux de ses actionnaires.
Est-ce que le ministre va enfin être le ministre de la majorité des agriculteurs ? Ou bien va-t-il rester fidèle à la bonne vieille tradition de ce ministère et ne défendre que les intérêts d’une minorité d’agriculteurs, de puissants lobbies agricoles et des multinationales qu’ils servent ?
Réponse bientôt...
Le Collectif-OGM-Landes a demandé une entrevue au préfet des Landes dans le cadre de la journée nationale sur les OGM, le 17 avril.
Un troisième envoi de lettres aux 330 communes landaises [5] est en préparation avec une nouvelle approche juridique.
Les Amis de la Terre pensent aussi suggérer à Mr Emmanuelli d’adopter la démarche que les Amis de la Terre de Grande Bretagne préconisent et que plusieurs collectivités locales britanniques ont adopté. Voir l’article "Zones sans OGM : est-ce possible ?"
Les Amis de la Terre des Landes
Christian BERDOT
E-mail : landes@amisdelaterre.org
[1] En mai 99, nous avions écrit à de nombreux grands chefs français. Voici la réponse d’Alain Dutournier (Le Carré des Feuillants à Paris) : "Aussi croyez, chers amis landais qu’avec les 3000 chefs européens d’Euro-Toques, nous défendrons l’autenticité de ces trésors naturels. Bravo pour votre initiative des Amis de la Terre, nous sommes de tout coeur avec vous.
[2] voici la réponse de Michel Guérard à notre lettre (déc 1997) : "J’ai bien reçu votre lettre du 5 décembre, m’informant des risques de la génétique en matière d’alimentation. C’est bien volontiers que je bannirai de mes cuisines toute volaille qui aurait été élevée avec du maïs transgénique, encore me faudra-t-il avoir les moyens de reconnaître cette anomalie. Tout le problème reste entier dès lors que les fournisseurs ne seront pas soumis à une information exacte et obligatoire. Dans l’attente d’une réponse à cet égard, je vous prie de croire...". Pas vraiment très enthousiaste pour se mouiller.
[3] voir l’article "OGM : les bons voeux du Conseil Général des Landes aux Amis de la Terre".
[4] Alors que les Conseillers Généraux étaient très fiers de nous annoncer la décision de leur président, les arguments les plus spécieux étaient avancés pour refuser en tant que maire de faire la même chose... Mr Cabé pourtant, tournait casaque de façon spectaculaire, quelque mois plus tard. Voir l’article "OGM : un scandale dans les Landes !" .
[5] Lors du premier envoi organisé par Attac et les Amis de la Terre, un argumentaire de 4 pages avait été joint au courrier, pour mieux présenter les raisons de notre opposition aux OGM agricoles.