Engagements charbon dilués dans la feuille de route de la Conférence environnementale

Montreuil, le 4 février - La feuille de route issue de la Conférence environnementale de novembre 2014 a été présentée ce midi par Manuel Valls et Ségolène Royal aux membres du Conseil national de la Transition écologique (CNTE). Malgré des avancées sur les soutiens au charbon par les banques multilatérales de développement, les engagements annoncés par François Hollande et ses ministres, notamment sur la Coface, se retrouvent édulcorés : un essai raté qui en dit long sur la difficulté de la France de faire face aux enjeux sociaux et climatiques à l’aube de la Conférence Climat des Nations unies.

Concernant la Coface, l’agence de crédit à l’exportation, la feuille de route annonce la suppression de « tous les crédits export dans le soutien qu’elle accorde aux pays en développement, dès lors qu’il y aura l’utilisation du charbon ». Un copier-coller de l’annonce du Président faite pendant la Conférence environnementale le 27 novembre 2014 et sur laquelle on attendait que soit précisé le calendrier et les modalités d’application. Car s’il peut s’agir d’une une réelle progression vers la fin des soutiens publics aux énergies fossiles, le diable se cache dans les détails et dans ce qui est dit mais non écrit : Manuel Valls a précisé à l’oral que seuls les soutiens aux centrales non équipées de captage et stockage du carbone seraient arrêtés, sans préciser s’il s’agissait d’un CCS opérationnel ou non. Un détail qui a toute son importance : « La centrale de Medupi en Afrique du Sud, soutenue par la Coface, est équipée d’un CCS mais celui-ci n’est pas opérationnel. La centrale émettra à elle seule 29 millions de tonnes de CO2 par an ! Nous pourrions donc être très loin de l’exemplarité annoncée par la France en matière climatique. Nous attendons du Gouvernement qu’il précise immédiatement qu’il s’agit de tous les soutiens de la Coface au charbon et qu’il portera cette position au niveau de l’OCDE » commente Lucie Pinson, chargée de campagne aux Amis de la Terre.

Autre enjeu pour les associations : l’arrêt des projets charbon par les entreprises dont l’État est actionnaire. Lors de la Conférence environnementale, les ministres Laurent Fabius et Ségolène Royal avaient reconnu cette nécessité. En effet, des entreprises comme GDF ou EDF investissent à l’étranger dans des projets charbon dommageables pour l’environnement, les communautés et le climat, alors que cette source d’énergie est quasiment bannie de l’hexagone. « Malgré les promesses, aucune mention de la fin des projets charbon par les entreprises n’est faite dans la feuille de route. Pourtant il s’agit aussi de la responsabilité de l’État, qui en est actionnaire. Le Gouvernement ne peut pas appeler à un accord ambitieux sur le climat d’une part et d’autre part saper toute possibilité pour les pays du Sud de limiter leurs émissions en laissant les entreprises françaises aller polluer sur leur territoire » s’insurge Malika Peyraut, chargée de campagne aux Amis de la Terre.

Quant au charbon au sein des banques multilatérales de développement, la feuille de route reconnaît que la France s’engagera à « défendre [...] l’importance de n’autoriser en particulier le financement de centrales à charbon que dans des circonstances rares et exceptionnelles, et à condition que le projet représente la seule alternative économiquement viable [...] ». Une avancée qui peut devenir toute relative si les coûts sanitaires et environnementaux de ces projets ne sont pas intégrés dans le calcul de la viabilité économique.

Enfin, des précisions étaient attendues sur l’arrêt progressif des soutiens publics aux énergies fossiles dans leur ensemble. « La France dit vouloir pousser la fin des soutiens aux énergies fossiles au niveau européen, mais charité bien ordonnée commence par soi-même ! Le Gouvernement doit publier une stratégie de fin des soutiens publics aux énergies fossiles bien en amont de la conférence sur le climat en décembre 2015 pour avoir un effet de levier sur les autres pays. La science nous rappelle que nous courons après la montre en matière de climat. La France doit prendre conscience qu’elle a un devoir d’exemplarité et agir à la hauteur des enjeux » s’alarme Florent Compain, Président des Amis de la Terre.

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Caroline Prak, caroline.prak@amisdelaterre.org - 09 72 43 92 65 - 06 86 41 53 43.

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