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Engie bloque la sortie du charbon en Europe

La multinationale de l’énergie Engie a mis en vente quatre centrales à charbon en Europe : une centrale aux Pays-Bas et trois en Allemagne. Alors qu’il y a urgence à sortir du charbon en Europe pour éviter le chaos climatique, Engie bloque cette sortie en tentant de revendre ces centrales à des entreprises qui feront tout pour les maintenir en activité, au lieu de les fermer.

Engie possède ou détient des parts dans trois centrales à charbon en Allemagne :

  • le site de Zolling près de Munich en exploitation depuis 1986
  • la centrale Farge en exploitation depuis 1969
  • le site de Wilhelmshaven en exploitation depuis 2015

Le groupe possède également la centrale de Maasvlakte à Rotterdam aux Pays-Bas, en exploitation depuis 2015.

Début 2018, Engie a mis en vente un portefeuille contenant ces quatre centrales à charbon. Les Amis de la Terre demande à Engie de fermer ces centrales en assurant une transition juste pour les travailleurs, au lieu de revendre le problème à des entreprises sales puis se targuer d’être leader mondial de la transition énergétique.

QUI POURRAIT BIEN RACHETER DES CENTRALES VOUÉES A LA FERMETURE ?

Les potentiels acheteurs sont des entreprises comme EPH et Seven Energy, basées en République tchèque, ou encore l’allemand RWE. [1] EPH s’est fait connaître dernièrement en France par son fondateur, le multimilliardaire tchèque Daniel Kretinksy, qui est entré au capital de plusieurs médias dont Le Monde. Ces groupes sont bien connus pour leur stratégie d’achat d’actifs sales, dont d’autres comme Engie cherchent à se débarrasser. Ils s’évertuent ensuite à prolonger autant que possible leur durée de vie. Par exemple, EPH a acheté la centrale au charbon d’Eggborough au Royaume-Uni en 2014. Avant l’acquisition par EPH, Eggborough devait fermer en 2015, mais le groupe tchèque a réussi à prolonger la fermeture jusqu’en septembre 2018. [2] À partir du moment où elles ne feront plus d’argent, ces entreprises feront probablement le choix d’une fermeture abrupte, sans préparer de transition juste pour les travailleurs.

L’URGENCE DE SORTIR DU CHARBON EN EUROPE

Face à l’aggravation du dérèglement climatique, l’Europe doit pourtant sortir urgemment du charbon. Pour que l’Union européenne reste dans les limites de son budget carbone, les analyses suggèrent que 25 % des centrales à charbon actuellement en service doivent être fermées d’ici 2020, puis 72 % d’ici 2025, avant d’avoir atteint la sortie complète d’ici 2030. [3] Selon un rapport de BUND, l’Allemagne devrait fermer Bremen-Farge et Zolling en 2020 au plus tard, afin d’être en conformité avec ses objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. [4]

UNE STRATÉGIE PERDANTE POUR ENGIE ?

Au delà des arguments climatiques, un rapport de l’institut économique IEEFA constate qu’il est plus intéressant pour Engie de fermer ses centrales allemandes plutôt que de les revendre. Les auteurs du rapport estiment notamment que le groupe est plus à même de protéger sa position sur le marché allemand de l’électricité, en fermant les centrales à charbon et en les remplaçant par d’autres modes de production comme les énergies renouvelables, plutôt qu’en les vendant à des concurrents. [5]

PLUS DE COHÉRENCE ENTRE LES ACTES ET LES PAROLES DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS

Les Pays-Bas ont acté la sortie du charbon d’ici 2030. L’Allemagne a ouvert les discussions avec l’établissement d’une commission, chargée de proposer un plan de sortie du charbon d’ici la fin de l’année. Dans ce contexte, Engie doit faciliter le processus de transition dans ces pays et non le freiner. L’Etat actionnaire a un rôle à jouer dans ces décisions. Si le gouvernement Macron souhaite vraiment, comme il le clame, accélérer la sortie du charbon dans le monde et particulièrement en Europe, il doit empêcher ces reventes et sécuriser la fermeture de ces centrales !

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