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Equité, sobriété, solidarité, les valeurs à la base des sociétés soutenables

Les Z’indigné(e)s - Les Amis de la Terre avancent la notion d’espace écologique. Pouvez-vous nous en dire plus ? Seriezvous d’accord pour dire que cette notion concerne aussi le social ? Qu’elle impose par exemple une forte réduction des inégalités de revenus et de patrimoine ?

Les Amis de la Terre - La question des droits sociaux est à l’origine même de la notion d’espace écologique : l’empreinte écologique est un indicateur qui permet de se rendre compte que si tous les habitants de la planète vivaient comme un Français, il faudrait 2 ou 3 planètes mais ce constat est insuffisant pour bâtir un projet de sociétés soutenables. Il est tout a fait possible d’imaginer vivre sur une seule planète et de respecter certains grands équilibres écologiques à condition que la surconsommation des uns soit compensée par le maintien dans la misère des autres. C’est d’ailleurs le projet, plus ou moins assumé de certains : avant chaque grande messe internationale sur le développement durable ou le climat, on voit fleurir les rapports expliquant que le problème est qu’il y a trop de pauvres. L’engagement des Amis de la Terre est très clair à ce sujet : l’accès et la promotion des droits fondamentaux de tous passe par l’interdiction des excès des plus riches. Un exemple : on estime qu’avec 30 ou 40kg de papier/personne/an, on pourrait avoir un fonctionnement démocratique minimum et répondre à des besoins fondamentaux (presse, livres, tracts…). En France, on consomme en moyenne 160kg de papier/personne/an, dont une large majorité pour des emballages et des prospectus, quand en Ouganda, la moyenne est à moins de 10kg. Cet exemple est intéressant car il montre bien que la question des « riches » est toute relative, et que dans de nombreux pays, pour faire un clin d’oeil au mouvement Occupy, les « riches » d’un point de vue écologique, constituent bien plus qu’1 % de la population.

Sur la question des revenus, nous avons constaté avec (bonne) surprise que le concept d’espace écologique pouvait être un cadre fécond pour celles et ceux qui réfléchissent au revenu minimum d’existence et au plafonnement des revenus et du patrimoine.

Les Amis de la Terre sont implantés mondialement. Pensez-vous qu’existent aujourd’hui des convergences fortes entre les populations du Nord et celles du Sud ?

Le terme de convergence – très à la mode – n’est peut-être pas le plus pertinent, pourquoi ne pas garder celui de solidarité ? Là où les partisans du développement durable insistent fortement sur l’impact de nos modes de vie sur les générations futures, nous insistons aussi sur les impacts pour les générations actuelles. Parce que nous n’avons pas deux planètes, la surconsommation des uns se traduit par l’accaparement de l’espace écologique des autres et, par ricochet, par l’impossibilité de répondre à des besoins fondamentaux.

Reprenons l’exemple du papier : la surconsommation de papier en France implique la plantation de vastes monocultures d’arbres à croissance rapide – comme l’eucalyptus - dans de nombreux pays, notamment en Amérique Latine.

Or, un eucalyptus peut pomper jusqu’à 300l d’eau par jour : multiplier ce chiffre, par plusieurs millions d’arbres et vous comprendrez pourquoi les communautés riveraines des monocultures le surnomment l’arbre de la soif.

Comment faire entendre cette voix lors du prochain Sommet sur le climat à Paris en 2015 ? Comment avancer vers une société soutenable ?

Nous pensons qu’il n’y a pas une mais des sociétés soutenables : à partir du moment où l’on fixe des seuils plancher et plafond clairs, entre les deux tout est à inventer en fonction des cultures et de l’environnement local. Respecter ces seuils, ça n’est pas sombrer dans la dictature verte mais au contraire s’engager vers plus d’humanité. Face aux crises actuelles, et à leur convergence pour reprendre votre terme, il nous semble indispensable de mieux s’organiser pour soutenir les luttes et, en même temps, de soutenir les alternatives c’est à dire la diffusion de pratiques aujourd’hui marginales mais qui demain pourront être des normes.

Et tout cela n’est possible que par un renouvellement des pratiques militantes car aujourd’hui nous manquons d’un grand mouvement d’écologie radical mais pragmatique. En trois mots : « Mobiliser, Résister, Transformer ».

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