Feuille de route économie circulaire : un potentiel à confirmer

Paris, le 24 avril 2018 - Le gouvernement a présenté lundi matin sa Feuille de route pour sortir d’une économie du “tout jetable” et accélérer la transition vers l’économie circulaire. Les ONG environnementales et le Refer qui ont participé au processus de consultation livrent leur réaction.

Certaines mesures représentent de vraies avancées - indice de réparabilité, objectifs de réemploi, création de nouvelles filières REP, TVA réduite sur le recyclage, fiscalité augmentée sur la mise en décharge et l’incinération, ambition de mobiliser la commande et les financements publics. D’autres contiennent en germe un fort potentiel mais restent formulées au conditionnel, comme la fixation d’un malus pouvant dépasser 10% du prix des produits non réparables ou recyclables, ou le financement du devis des réparations par les fabricants.

Mais la Feuille de route n’a pas été suffisamment ambitieuse concernant la réduction de notre consommation de ressources. Pour Diane Beaumenay-Joannet, chargée de mission déchets aquatiques et climat à la Surfrider Foundation : “L’épuisement des ressources naturelles et la pollution des écosystèmes marins obligent à repenser nos modes de production et de consommation. La feuille de route encourage l’éco-conception et l’amélioration de la gestion des déchets, mais fait défaut sur des mesures de restriction des plastiques et emballages à usage unique. Une lacune qui devra être comblée pour répondre à l’urgence environnementale, à l’objectif ambitieux de 100% de plastique recyclé et la cohérence des politiques européennes.”

Kévin Puisieux, responsable Economie et Finance à la Fondation pour la Nature et l’Homme rappelle que “La feuille de route fixe un cap important pour la transformation de l’économie. Pour la mener à bien, le Gouvernement devra rendre les produits durables accessibles à tous (via une TVA à taux réduit). La fiscalité pro-recyclage devra être suffisamment importante pour avoir un effet incitatif. Enfin, reste la question épineuse des produits non-alimentaires (18% en Europe) contenant des substances illégales rendant leur recyclage impossible.”

Pour Laura Chatel, responsable du plaidoyer à Zero Waste France, “les mesures de soutien à la tarification incitative et l’annonce de l’augmentation de la taxe sur les décharges et les incinérateurs témoignent d’une volonté de faire de l’outil fiscal un levier au service de la transition vers l’économie circulaire. Reste à fixer une trajectoire ambitieuse pour cette fiscalité et y inclure également l’incinération avec valorisation énergétique.

Les ONG déplorent également le manque d’ambition dans le soutien financier aux alternatives écologiques comme la réparation et le réemploi. Pour Samuel Sauvage, président de l’association Halte à l’Obsolescence programmée «  Cette Feuille de route trace un chemin qui donne de nouvelles possibilités à l’économie circulaire de se développer en France, grâce notamment à l’affichage obligatoire de la durabilité des produits. Mais pour être cohérente, elle doit intégrer des mesures conséquentes pour rendre la réparation moins onéreuse dans ce pays ».

Alma Dufour, chargée de campagne Modes de production et de consommation responsables aux Amis de la Terre ajoute “ Le Gouvernement n’est pas allé jusqu’au bout en ne fixant pas de soutien financier suffisant à la réparation et au réemploi, en n’imposant pas de durée minimale de disponibilité des pièces détachées ou de plan ambitieux de recyclage des métaux ”.

Martin Bobel, coordinateur du Réseau Francilien du réemploi conclut “Mettre en avant le réemploi c’est bien, mais aujourd’hui 25% des déchets des ménages sont gaspillés ! Si l’on ne se fixe pas d’objectifs chiffrés et financiers pour développer le réemploi solidaire, nous passons à côté de l’opportunité de développer la solution la plus efficace pour changer les mentalités, créer des milliers d’emplois dans le secteur et participer aux solidarités.”

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