Financement des changements climatiques : les banques au charbon en 2014

Paris, mardi 5 mai 2015 - Les Amis de la Terre relaient une nouvelle étude publiée hier par les ONG BankTrack, Rainforest Action Network et Sierra Club qui évalue les politiques charbon des grandes banques internationales (1). Si des améliorations récentes sont à noter, elles restent nettement insuffisantes. 144 milliards de dollars ont été injectés l’an dernier dans des entreprises actives dans le secteur du charbon, dont plus de 6 milliards par les banques françaises. En 2015, année du climat, il est temps que les banques françaises s’engagent au plus vite d’ici la COP21 à arrêter de financer l’industrie du charbon, première responsable des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Cinq ans après la publication du premier rapport annuel « Coal Finance Report Card » qui portait jusqu’à l’an dernier uniquement sur les banques et les entreprises américaines, BankTrack, Rainforest Action Network et le Sierra Club publient la version 2015, « The End of Coal ? » (1), qui analyse pour la première fois les politiques et les pratiques de 26 banques internationales, dont quatre banques françaises. Le rapport évalue les politiques charbon de ces banques sur des critères environnementaux, d’une part, et de droits humains, d’autre part, ainsi que leur pratique de financement des entreprises actives dans les secteurs des mines et des centrales à charbon à travers le monde.

Yann Louvel, coordinateur de la campagne Climat-Energie de BankTrack, explique : « De plus en plus de banques internationales reconnaissent qu’elles ont un rôle à jouer dans la transition énergétique. Malheureusement, ces mêmes banques qui se targuent de leurs investissements dans les énergies renouvelables sont les mêmes qui continuent à financer l’industrie du charbon, quand les climatologues nous disent qu’il faut laisser presque tout le charbon dans le sol, dès maintenant, pour rester sous le seuil des 2°C. Il y a eu du progrès depuis 2014, de plus en plus de banques renonçant à financer des projets charbonniers « extrêmes », comme les projets du bassin de Galilée en Australie ou le « mountaintop removal » aux Etats-Unis. Mais c’est malheureusement loin d’être suffisant. »

Lucie Pinson, chargée de campagne banques privées aux Amis de la Terre, poursuit : « C’est précisément le cas des principales banques françaises actives à l’international : BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et BPCE/Natixis. Celles-ci ont bien adopté des politiques sectorielles publiques sur le charbon, à part BPCE/Natixis, mais elles continuent de financer allègrement ce secteur, le plus climaticide. La France est ainsi le quatrième pays le plus financeur des 30 premiers producteurs d’électricité à partir du charbon au monde, avec près de 5,4 milliards de dollars injectés dans ces entreprises en 2014 (2). Prétendre « agir contre le changement climatique » comme le fait BNP Paribas, ou « accompagner la transition énergétique » pour le Crédit Agricole, tout en continuant à financer des entreprises comme BHP Billiton ou RWE, très actives dans le secteur du charbon est une hypocrisie. »

Les banques françaises tiendront leurs assemblées générales en mai et surtout participeront au Climate Finance Day où elles ne devraient pas manquer de faire des annonces climat. Pour les ONG, une certitude : sans arrêt de leurs soutiens au charbon, les banques ne passeront pas le test.

Contact presse :
Lucie Pinson, chargée de campagne Finance privée, Amis de la Terre, 09 72 43 92 62 lucie.pinson@amisdelaterre.org
Yann Louvel, coordinateur de la campagne climat-énergie, BankTrack, 06 88 90 78 68, yann@banktrack.org

(1) Le rapport est accessible en ligne sur la page suivante : http://www.banktrack.org/show/pages/2015_coal_finance_report_card_report

(2) Soutiens aux 30 premiers producteurs d’électricité charbon en 2014 :
China : 28381,49 millions de dollars.
United States 12118,15 millions de dollars.
United Kingdom : 5716,83 millions de dollars.
France : 5395,68 millions de dollars.
Japan : 5054,03 millions de dollars.

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