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Forêts d’Asie du Sud-Est : le danger de l’huile de palme

Les forêts d’Asie du Sud-Est peuvent être divisées en deux sous-ensembles : les forêts de la péninsule indo-birmane et les forêts situées sur les grandes îles d’Indonésie, de Malaisie, des Philippines et de Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Forêts d’Indochine et de Birmanie : les derniers lambeaux, une biodiversité extrêmement menacée

Les forêts naturelles d’Indochine (de Thaïlande, du Cambodge, du Vietnam, du Laos) et de Birmanie ont quasiment disparu sous la pression de l’exploitation forestière, de l’agriculture sur brûlis et des prélèvements pour le bois de chauffe.

Seules les forêts situées en zones montagneuses et difficiles d’accès sont encore relativement épargnées. La diversité des reliefs et du climat explique l’importance de la biodiversité dans cette zone et le taux d’endémisme élevé (= espèces que l’on ne trouve que dans cette zone) : 13500 espèces végétales (dont 7000 endémiques), 433 mammifères, 1266 oiseaux, 522 reptiles, 286 amphibiens, 1262 poissons d’eaux douces. Cette zone est identifiée par Conservation International comme l’un des « points chauds » pour la biodiversité les plus menacés, c’est-à-dire une zone abritant plus de 1500 espèces végétales endémiques et dont la surface a été réduite de plus de 70 %. On y trouve notamment les derniers éléphants d’Asie sauvages, plusieurs sous-espèces de tigres, le léopard ou la panthère nébuleuse.

Les dernières forêts naturelles de teck continuent pourtant d’être exploitées en Birmanie et permettent le maintien au pouvoir d’une junte militaire.

Au Vietnam, les bois de keruing (famille des Diptérocarpacées) continuent d’être coupés pour fabriquer des meubles de jardin alors que cette exploitation est extrêmement destructrice et que cet arbre est inscrit sur la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature.

Forêts d’Indonésie et de Malaisie : la destruction continue !

L’Indonésie possède près de 80 % des dernières forêts tropicales primaires d’Asie du Sud-Est qui se trouvent sur les îles de Bornéo (partagé entre l’Indonésie et la Malaisie), de Sumatra et en Irian Jaya, la partie indonésienne de l’île de Nouvelle-Guinée.

Alors que l’Indonésie ne représente qu’environ 1.3% de la surface terrestre, ce pays abrite 11% des espèces de plantes connues, 10% des mammifères et 16% des oiseaux. On y trouve notamment les orangs-outans, le rhinocéros blanc, le tigre de Sumatra ou la rafflésie, la plus grande fleur du monde.

La déforestation est catastrophique dans ce pays : chaque année, environ 1.5 million d’hectares de forêts primaires disparaissent. En 1950, ces forêts couvraient environ 160 millions d’hectares alors qu’aujourd’hui elles ne couvrent plus qu’environ 48 millions d’hectares soit une diminution de près de 70 %.

Les causes de la déforestation sont complexes, imbriquées et ont évolué dans le temps. L’exploitation des forêts indonésiennes commence en 1967 après l’appropriation par le nouvel Etat indonésien, tout juste issu de la décolonisation, de la presque totalité des forêts, privant de fait les populations de leurs droits traditionnels adat sur ces forêts (Undang-Undang Dasar Kehutanan, c’est à dire Première Loi Forestière). Pour stabiliser le nouveau régime au pouvoir, Suharto distribue de vastes concessions aux militaires qui les revendent à des entreprises d’exploitation forestière.

Or les forêts d’Indonésie et en particulier l’île de Bornéo sont le berceau écologique des arbres de la famille des Dipterocarpacées (genre Shorea et Dipterocarpus). Ces arbres seraient apparus dans ces îles il y a des millions d’années et s’y seraient par la suite diversifiés en différentes espèces d’où leurs densités importantes en forêt. Le bois de ces arbres est extrêmement apprécié pour la fabrication de contreplaqué et de menuiseries par les exploitants forestiers. La forte concentration de Dipterocarpacées dans la forêt, plus connus sous leur nom commercial de keruing, meranti, bangkirai (ou yellow balau), entraîne un véritable carnage puisque après exploitation, le couvert forestier est très profondément endommagé voire a disparu. Les quelques arbres qui restent sont alors brûlés pour faire place à de vastes plantations d’eucalyptus ou d’acacias, destinées le plus souvent à l’industrie papetière, ou de palmiers à huile.

Dans les années 1980 et 1990, l’industrie papetière a été fortement encouragée. A Jambi, sur l’île de Sumatra, se trouve l’une des plus grandes usines de pâte à papier du monde. En 1992, le Ministère des Forêts a promulgué une loi autorisant la coupe rase de toutes les forêts dans un rayon de 100 km autour d’une usine de pâte à papier pour la reboiser avec des essences à croissance rapide (eucalyptus et acacia) et alimenter ainsi l’usine.

L’huile de palme, l’autre menace

Aujourd’hui la principale menace est l’extension des plantations de palmiers à huile au détriment des forêts naturelles notamment sur l’île de Bornéo. Cette huile est commercialisée sur les marchés mondiaux comme huile alimentaire, base de cosmétique ou encore biocarburant.

L’exploitation illégale représenterait entre 70 % et 90 % de la production de bois et de produits dérivés en Indonésie. Ce phénomène s’explique par un nombre trop important de scieries et d’usines de contreplaqués par rapport à ce que la forêt fournit naturellement comme bois. Pour fonctionner, ces entreprises sont obligées de s’approvisionner à partir de bois coupé illégalement, entre autres dans des parcs nationaux.

Face à ce constat, les Amis de la Terre Indonésie (Walhi) appellent à un moratoire sur l’exploitation forestière en Indonésie pour restructurer en profondeur le secteur : diminuer le nombre d’entreprises de transformation du bois et accorder des droits fonciers aux populations locales et aux peuples autochtones qui dépendent de la forêt.

En Malaisie, les forêts naturelles ont quasiment disparu de la péninsule ou sont classées en parc nationaux. En revanche, sur la partie malaisienne de l’île de Bornéo (Sabat et Sarawak), la déforestation continue et les mécanismes sont similaires à ceux en œuvre en Indonésie : conversion des forêts en champs de palmiers à huile et surcapacité industrielle qui entraîne l’exploitation illégale.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée et l’Irian Jaya, la partie indonésienne de la Nouvelle-Guinée, étaient, jusqu’il y a peu, relativement épargnées par l’exploitation forestière. Mais depuis plusieurs années, les entreprises d’exploitation forestière sont arrivées et pillent les forêts. Le merbau est particulièrement recherché pour être transformé en parquet en Chine ou en Malaisie puis envoyé sur le marché international. Un récent rapport a mis en évidence ce trafic de merbau coupé illégalement dans la majorité des cas.

Dans certaines régions d’Asie du Sud-Est (notamment en Papouasie- Nouvelle-Guinée), l’exploitation minière représente également une sérieuse menace pour l’environnement et les populations autochtones.

En Chine et aux Philippines, après plusieurs glissements de terrains causés par la déforestation, les derniers lambeaux de forêts naturelles ont été protégés et un vaste programme de reboisement est en cours de réalisation. Les forêts chinoises ne sont donc quasiment plus exploitées. En revanche, la Chine est le premier importateur mondial de bois tropical : la plupart des meubles ou des produits en bois « made in China » sont fabriqués à partir de bois issus de la destruction des forêts d’Asie du Sud-Est et de plus en plus d’Afrique Centrale.

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