Fukushima, 1 an déjà. Solidarité et respect envers les Japonais

Montreuil, le 9 mars 2012 - Un an après le séisme qui a déclenché la catastrophe atomique de Fukushima, les Amis de la Terre France réaffirment leur totale solidarité avec le peuple japonais, victime de contaminations radioactives durables. L’association dénonce aussi la désinformation mise en place par les gouvernements japonais et français pour minimiser l’accident, et le cynisme avec lequel ceux-ci poursuivent leurs projets d’exportation de réacteurs nucléaires.

On savait déjà que Naoto Kan, le premier ministre de l’époque, avait envisagé l’exode des 35 millions d’habitants de Tokyo. Or, selon le récent rapport d’une commission indépendante japonaise[1], s’il n’avait pas bataillé pour que des salariés de Tepco restent sur le site de Fukushima Daiichi, l’emballement des réactions en chaîne et leur propagation aux centrales atomiques voisines aurait rendu indispensable l’évacuation de Tokyo. « Indispensable... Mais comment aurait-elle été possible ? » s’interroge Claude Bascompte, président des Amis de la Terre Paris.

Avant 2011, la production électrique du Japon dépendait à près de 30 % du nucléaire. Un an plus tard, 52 réacteurs sur 54 sont déjà fermés, et les consommations électriques ont été réduites de 15 %. En France, pendant ce temps, en février 2012, cocorico ! La vague de froid nous a fait dépasser à plusieurs reprises les 100 gigawatts de puissance appelée... A grands renforts d’électricité importée d’Allemagne, qui a pourtant fermé près de la moité de ses réacteurs suite à la catastrophe nucléaire.

« Or, rappelle Claude Bascompte, ce « record » de pointe annuelle qui, en l’an 2000, a atteint 72,4 MW n’était que de 44,1 GW en 1980 et 23,3 GW en décembre 1970... avant la mise en place du parc électronucléaire actuel. Etait-ce l’âge des cavernes ? Vit-on mieux pour autant ? La publicité électronique et l’aberration énergétique que constitue le chauffage électrique valent-ils de faire courir de tels risques aux Français ?  »

Toujours exposés à une radioactivité que les tentatives de « décontamination » ont surtout pour effet de disperser sur l’ensemble du territoire, les Japonais se débrouillent tant bien que mal avec les moyens du bord. Pendant qu’ils envoient leurs enfants à l’école avec des dosimètres et mesurent eux-mêmes dans le riz, les gravats, les poussières d’aspirateur ou les fumées d’incinérateur, les becquerels et milli-sieverts que leur gouvernement aimerait tant leur cacher, Toshiba Westinghouse et Mitsubishi General Electric (partenaire d’Areva pour le réacteur ATMEA) poursuivent cyniquement leurs projets d’exportations de réacteurs au Vietnam, en Turquie, en Jordanie... comme d’autres s’échinent à vouloir en vendre en Inde, en Malaisie ou dans divers pays africains.

« Un peu de respect et de décence face aux souffrances du peuple japonais ! s’exclame Martine Laplante, présidente des Amis de la Terre France. Ne minimisons pas la gravité persistante de la situation à Fukushima et dans tout l’archipel. Refusons que l’Etat français s’obstine à mettre en danger la population française et nos voisins des Etats frontaliers ainsi que, au-delà, les peuples des 163 Etats membres de l’ONU[2] qui se passent fort bien de nucléaire pour produire leur électricité !  »

« Puisque tous les économistes et présidentiables nous parlent de cure d’austérité, enchaîne Marie-Christine Gamberini, référente des Amis de la Terre France sur le nucléaire et l’énergie, profitons-en pour stopper la fuite en avant dans une croissance énergétique dévastatrice, qui ne profite qu’à quelques multinationales au détriment de milliards d’êtres humains. Après les scénarios de sortie en 5 et 10 ans qu’avait publiés le Réseau Sortir du nucléaire, conclut-elle, un livre récent[3] montre qu’il reste possible d’arrêter le nucléaire en France en un quinquennat. Or ce type de rupture est notre seule chance d’enclencher une vraie transition énergétique respectueuse du climat. A l’aube de la présidentielle, c’est sur ce thème qu’il convient d’interpeller vigoureusement les candidats ! »

Contact presse : Caroline Prak - Les Amis de la Terre, 01 48 51 18 96 - 06 86 41 53 43

[1] Le comité d’experts de Rebuild Japan Initiative Foundation, http://rebuildjpn.org.
[2] Sur 193 Etats membres.
[3] Pierre Lucot et Jean-Luc Pasquinet, Nucléaire, arrêt immédiat - Pourquoi, comment ? Le scénario qui refuse la catastrophe, éditions Golias 2012.


Photo : TheFunkyMan sous licence creative commons.

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