Avant toute chose, je tiens à rappeler que le compte-rendu du groupe OGM du Grenelle ne reprend pas les conclusions de ce même groupe. Il est écrit qu‘il y a eu consensus sur la liberté de produire et consommer avec ou sans OGM. C‘est faux, l‘écrasante majorité des participants a demandé que le droit de produire et consommer sans OGM soit le principe fondamental qui soutiendra la future loi sur les OGM. Plusieurs associations et organisations ont écrit au Ministre pour lui demander de rectifier le compte-rendu de cet atelier et cela n’est toujours pas fait.
D‘autre part, l’association dont je fais partie, les Amis de la Terre, a organisé en 1987, ce qui est à ma connaissance, le premier débat grand public sur les biotechnologies en France. A l’époque, nous demandions déjà que des principes de bases comme la transparence, une recherche publique indépendante, le droit du citoyen de décider du choix des développements technologiques soient mis en place. Comme vous le voyez, 20 ans après, on en est loin. Mais lorsque nous parlons des OGM, c’est donc avec 20 ans de recul. Les Amis de la Terre c’est aussi une fédération internationale avec des groupes un peu partout : Philippine, Indonésie, Afrique du Sud, Ghana, Brésil, Argentine, Etats-Unis. Tous ces groupes depuis 10 ans observent sur le terrain ce qui se passe avec les cultures commerciales de plantes modifiées génétiquement. Donc lorsque nous parlons d’OGM, c’est avec une réflexion de plus de 20 ans, avec plus de 10 ans d’observations de terrain un peu partout dans le monde. Nous ne nous basons que sur des faits, des études et des enquêtes indépendantes et nous citons nos sources.
En 2001, des scientifiques belges ont mis au point une nouvelle méthode d’analyse du matériel génétique. Ils décidèrent de l’appliquer à un soja modifié génétiquement de la firme Monsanto. A leur grande surprise, il découvrirent une séquence génétique inconnue. Elle n’appartenait ni au matériel génétique introduit, ni au génome de la plante. En effet, lorsqu’on introduit du matériel génétique, on provoque une instabilité du génome et des séquences génétiques disparaissent, d’autres apparaissent, certaines se déplacent ou sont multipliées. C’est un phénomène connu mais inexpliqué, incontrôlé et imprévisible dans l’état de nos connaissances scientifiques. Des journalistes belges demandèrent alors à Monsanto comment il était possible que la firme ait pu commercialiser depuis 5 ans, aux quatre coins de la planète, une plante avec une séquence génétique inconnue. Voici la réponse du directeur scientifique de Monsanto France, telle qu’elle fut publiée dans le Libre Belgique du 17/08/01 : « Les méthodes et les techniques changent. A l’époque, il n’était pas possible d’isoler ce fragment. » Monsanto nous dit que des OGM ont été commercialisés alors qu’on n’avait pas les moyens de savoir exactement ce qu’il y avait dans les plantes. Mais si Monsanto ne savait pas, Novartis ne savait pas non plus et les autres non plus. Et si Monsanto ne savait en 2001, la Commission du Génie Biomoléculaire qui a autorisé en France en 1998, le maïs MON810 - celui qui est cultivé actuellement - elle ne savait pas non plus. Et les politiques qui nous assuraient que toutes les précautions étaient prises, soit ils croyaient les histoires qu’on leur avait racontées et nous mentaient de bonne fois, soit ils nous mentaient consciemment. Le président d’un des ateliers regrettait la méfiance des citoyens envers les scientifiques. Mais après de tels faits, vous comprendrez que nous soyons méfiants. Où étaient les scientifiques à l’époque ? Quant à la Haute Autorité qui doit être créée, quelle confiance pourra-t-on lui accorder ?
Je voudrais revenir aussi sur l’affirmation de la représentante de Monsanto comme quoi la coexistence serait possible entre les OGM, l’agriculture conventionnelle et la bio. Il y a quelques temps, j’ai été invité par la direction régionale de Sud-Ouest à participer au débat qui a lieu chaque année lors de la foire agricole de Barcelonne du Gers. Cette année là, le thème était les OGM. A un moment donné un agriculteur bio a posé la question de l’avenir de la bio. Mr Bernard Layre, alors secrétaire Général des Jeunes Agriculteurs lui a répondu - et j’ai noté ses propos mot à mot car ils valaient leur pesant d’OGM : « Vous les agriculteurs bio si vous ne voulez pas disparaître, il faudra bien que vous acceptiez un taux de contamination génétique » . En admettant que Mr Layre ait pu se tromper, que ses mots aient dépassé sa pensée, sur la tribune Mr Terrain, président de l’AGPM (Association Générale des Producteurs de Maïs) ou Mr Topan qui manipule les gènes pour la firme Biogemma, auraient pu le reprendre. Il ne l’ont pas fait. Il était donc clair pour ce leader syndical, pour le président de l’AGPM et pour l’un des responsables d’une des firmes leader des biotechnologies en France, que la coexistence entre les OGM et les autres cultures étaient impossible. Les autres cultures ne pouvaient survivre qu’en acceptant d’être contaminées...
Ensuite, je voudrais dire deux mots à propos de la phrase qui revient souvent : « nourrir le monde ». Il est quand même étonnant de voir que les mêmes forces qui sont derrière ce slogan sont aussi derrière les agrocarburants. Ces agrocarburants n’apportent rien, ni en terme d’économie d’énergie, puisqu’ils consomment plus d’énergie qu’ils n’en produisent, ni en terme de lutte contre l’effet de serre, puisqu’ils produisent plus de gaz à effets de serre que le pétrole qu’ils sont censés remplacer. Par contre, en créant cette nouvelle filière, la demande en céréales augmente et fait grimper artificiellement les prix des céréales. Aujourd’hui, les denrées alimentaires subissent partout dans le monde, une augmentation importante : aux Etats-Unis rien que pour le mois de juillet une augmentation de 7,5% du prix du lait, du boeuf et des oeufs. Comment les pauvres de la planète vont-ils pouvoir se nourrir avec des prix qui grimpent ? Comment le programme alimentaire mondial de l’ONU va-t-il pouvoir continuer à payer ses produits pour une aide d’urgence. En fait ceux qui prétendent nourrir le monde sont en train de l’affamer.
(interruption, cris, insultes...)
Je terminerai brièvement en regrettant que l’atelier "biodiversité" de ce matin ait complètement oublié la diversité agricole qui est essentielle pour nourrir l’humanité et qui sera un facteur fondamental d’adaptation de l’agriculture aux changements climatiques.
Voici la synthèse officielle de la préfecture de cette intervention : Christian VERDEAU, Les Amis de la Terre, signale que son association a le recul nécessaire pour parler des conséquences des cultures OGM dans le monde. Il fait observer que le consensus qui a émané de l’intergroupe OGM visait à donner la liberté à tous les producteurs de produire sans OGM. Il déplore que les positions prises par Monsanto puissent être assénées comme des vérités scientifiques alors que rien ne les étayent. Il souhaite que la composition de la future haute autorité soit choisie avec soin car avec le recul, on constate aujourd’hui que bon nombre de mensonges ont été propagés par le passé sur les OGM. Ce participant alerte l’assistance sur les risques liés à la contamination des cultures par les OGM car aucune coexistence n’est possible. Enfin, il signale que 80 % des OGM utilisés dans le monde servent à nourrir les animaux donc pour l’alimentation des pays riches, pas des pays pauvres. Aujourd’hui, les partisans des OGM promeuvent avant tout les biocarburants. Le participant estime que c’est la biodiversité agricole qui permettra de nourrir la planète dans l’avenir.




