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Hinkley Point C : un accord franco-britannique sur un prochain Fukushima ?

Après plus d’un an de négociations sur la construction outre-manche de deux EPR par EDF, les gouvernements français et britanniques viennent enfin de s’accorder sur un prix d’exercice de l’électricité qui en sera produite. Derrière les risques économiques et financiers encourus par les différentes parties prenantes, cet accord rappelle surtout la position pro nucléaire des deux pays désireux de soutenir leur industrie. En faisant fi des leçons de Fukushima, ils entendent peut-être relancer quelques projets en Europe mais ne réussiront pas à faire croire que le nucléaire est une énergie décarbonnée qui a toute sa place dans le mix énergétique de demain.

Hinkley Point C sera la première centrale nucléaire construite en Europe depuis Fukushima, une bouffée d’air pour EDF et Areva dont le nombre de contrats a été réduit au niveau mondial depuis la catastrophe de 2011 et qui espèrent avec Hinkley Point inverser la tendance.

Dans un tel contexte, il est nécessaire de rappeler que l’Allemagne et l’Italie ne sont pas les seuls pays européens à avoir pris des engagements contre le nucléaire. Ainsi, François Hollande s’est fait élire sur la promesse de baisser la part du nucléaire de 75 à 50 % dans la production d’électricité d’ici 2025. Reculant en France – par exemple sur la fermeture de Fessenheim ou en étudiant la possibilité de repousser la durée de vie des centrales – le gouvernement fait surtout preuve d’une honteuse hypocrisie en promouvant l’atome à l’étranger.

Hinkley Point s’inscrit dans la continuité des projets nucléaires dont l’Etat français se fait l’ambassadeur (1). Renoncer au nucléaire est hors de question pour le premier actionnaire d’EDF et d’Areva. Une position politique et non économique et encore moins dictée par des convictions sociales et environnementales. Au-delà des risques sanitaires et environnementaux qu’il induit, l’accord est en effet basé sur un engagement tarifaire deux fois supérieur à celui du marché et valable 35 ans. Il est pourtant déjà déjà difficile si ce n’est impossible de prévoir les coûts d’ici à 5 ans.

Le projet n’est pas sans danger pour les contribuables britanniques qui pourraient avoir à faire face à une inflation des prix de l’électricité. De même, au vu des expériences passées et actuelles - Flamanville, France, Olkiluoto, Finland – cumulant toutes des retards dans la construction et des dépassements conséquents de budget, les acteurs français prennent aussi le risque de vendre à perte. Pour tenter d’éviter que cela se produise, EDF a fait appel à un partenaire chinois qui outre apporter les financements nécessaires est surtout réputé pour ses compétences managériales. Mais le géant français de l’énergie pourrait s’en mordre les doigts car il prend le risque d’ouvrir le marché européen à un concurrent de haut niveau.

Après avoir tenté aux côtés de la France et de la République Tchèque de faire passer le nucléaire dans les nouveaux principes sur les aides d’Etat, l’Angleterre doit toujours obtenir l’autorisation du département de la concurrence de la Commission européenne (2). La mobilisation de la société civile a permis d’empêcher que le nucléaire jouisse du statut officiel d’énergie décarbonnée au même titre que les revouvelables. Cependant, l’argument est porteur outre-manche et beaucoup reste à faire pour assurer une véritable sortie du nucléaire en France et au-delà. Commençons par rappeler notre gouvernement à ses engagements et dénonçons sa diplomatie pro-nucléaire comme en Afrique du Sud dernièrement.

Pour plus d’informations : Lucie Pinson, 01 48 51 18 98

Note :
1) Voir à ce sujet le cas de la centrale russe de Kaliningrad : http://www.amisdelaterre.org/Informations-sur-le-project.html
2) http://www.amisdelaterre.org/Le-nucleaire-n-est-pas-une-energie.html http://www.amisdelaterre.org/Victoire-de-la-Societe-civile.html


Crédit photo : Morisius Cosmonaut sous licence creative commons.

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