Huile de palme dans les carburants : la France souffle le chaud et le froid

Montreuil, le 16 mai 2018 - Ce matin, sur RMC, Nicolas Hulot a laissé entendre que l’Europe allait interdire “dans les années qui viennent” l’utilisation d’huile de palme tout en autorisant cet après-midi la nouvelle “bioraffinerie” de Total à en importer en grande quantité. Alors l’huile de palme dans les carburants, on ouvre ou on ferme les vannes ?

La pression sur le gouvernement commence à porter ses fruits puisqu’il vient d’annoncer que l’approvisionnement du projet de “bioraffinerie” de Total pourrait être réduit. Toutefois, les Amis de la Terre France regrettent qu’aucun plan d’approvisionnement ne soit rendu public comme l’explique Sylvain Angerand : “Total évoque maintenant un plafonnement à 300 000 tonnes d’huile de palme brut ce qui est colossal. A cela, il faut ajouter les distillats d’huile de palme que Total essaye de présenter comme des résidus. Total deviendrait le premier importateur français d’huile de palme. Aucune certification ne peut garantir que ce projet n’entraînera pas de déforestation comme l’a reconnu la Cour des Comptes Européennes [2]. Il y a d’autant plus de risques que Total refuse de rendre public son plan d’approvisionnement, notamment sa liste de fournisseurs

En janvier 2018, le Parlement européen a voté pour l’interdiction de l’huile de palme dans les carburants d’ici 2021. Un vote qui se heurte jusqu’à présent au refus des Etats membres, et en particulier de la France. Or, ce matin sur RMC, Nicolas Hulot a laissé entendre que la France pourrait arrêter de bloquer l’obtention d’un compromis en déclarant “Le sens de l’Histoire, c’est que l’on va à terme, au niveau européen, arrêter d’importer de l’huile de palme” et précisant ensuite “dans les années qui viennent”. Les Amis de la Terre surveilleront donc de près ce que défendra la France lors des prochaines réunions à Bruxelles, et notamment celle de demain.

Alors que Total a déjà réduit les effectifs de 500 à 250 salariés, c’est aujourd’hui la pérennité même du site de la Mède qui est en jeu si l’Europe interdit dans les années qui viennent l’utilisation d’huile de palme, comme l’explique Sylvain Angerand : “Le gouvernement doit forcer Total à revenir à la table des discussions et présenter un plan prenant en compte cette interdiction. C’est la demande que nous faisons avec la CGT avec qui nous travaillons étroitement. La Mède pourrait être demain un laboratoire pour penser la reconversion industrielle plutôt que de s’entêter dans un projet à contre-sens de l’Histoire”.

Principaux temps forts de la campagne :

Décembre 2016 : les Amis de la Terre publient unetribune pour dénoncer le projet de Total.

Avril 2017 : Les Amis de la Terre, Alternatiba et le Collectif Climat Pays d’Aix participent à l’enquête publique pour demander une reconversion juste et durable de la raffinerie de La Mède.

6 juillet 2017 : Nicolas Hulot annonce lors de la présentation du Plan Climat « nous allons fermer une fenêtre qui donnait la possibilité d’incorporer de l’huile de palme dans les biocarburants ».

Octobre 2017 : les Amis de la Terre interpellent les distributeurs de carburants et lancent la campagne “Fermons les vannes” pour demander à Nicolas Hulot de tenir son engagement à faire interdire l’utilisation d’huile de palme dans les carburants

15 Novembre 2017 : les Amis de la Terre, Alternatiba et le syndicat CGT de La Mède organisent, avec la participation de Gaby Charroux, maire de Martigues et Patricia Fernandez-Pédinielli, maire de Port-de-Bou, undébat public sur l’avenir de la raffinerie de La Mède.

16 janvier 2018 : Le parlement vote à la quasi-unanimité une élimination progressive de l’huile de palme dans les carburants d’ici 2021. Dans une note aux eurodéputés, la France demande aux eurodéputés de ne pas voter cet amendement.

Rédigé le