(Paris, 16.09.03) Le 10 octobre 2003, après trois ans de construction, l’oléoduc Tchad Cameroun sera officiellement inauguré. Plus de 500 invités sont attendus dans la localité de Komé dans le bassin pétrolier de Doba, au sud du Tchad. La construction de l’oléoduc de 1070 kilomètres a été achevée en juillet et le pétrole a commencé à couler vers le terminal d’exportation situé sur la côte camerounaise. Cependant, les riverains souffrent des impacts massifs, tels que la destruction de leur environnement, l’augmentation des maladies respiratoires et sexuellement transmissibles (SIDA), la perte de leurs terres, et une augmentation des conflits sociaux du secteur due à l’importante migration provoquée par le projet.
Des impacts désastreux
Approuvé en juin 2000 par la Banque Mondiale, le projet d’exploitation pétrolière et de construction d’oléoduc entre le Tchad et le Cameroun est devenu un de ses projets les plus controversés. La décision de soutenir le projet d’Exxon d’une valeur totale de 3,7 millions de dollars a été contestée par des organisations au Tchad, au Cameroun et au sein de la communauté internationale. Des ONG et experts scientifiques avaient averti que ce projet aurait des impacts désastreux, non seulement sur l’environnement, mais également sur les droits de l’homme et sur l’économie locale dans les deux pays. Deux plaintes ont été soumises au Panel d’inspection de la Banque Mondiale depuis l’approbation du projet.
Au cours d’une mission au Tchad, la chargée de mission des Amis de la Terre a été témoin d’une situation inquiétante. « Des villages sont pratiquement emprisonnés entre les puits de pétrole, les stations de pompage et l’odéoduc, sans que la population soit indemnisée en conséquence », constate Susanne Breitkopf des Amis de la Terre. La promesse d’Exxon selon laquelle, « il n’y aura pas de torchage de gaz au Tchad » s’est avérée fausse. Les premiers torchages de gaz illuminent déjà le ciel du Tchad et ne sont pas sans rappeler les gisements de pétrole dans un pays voisin, le Nigeria.
Scandales, violations d’accord et corruption
Les scandales se multiplent car les compagnies pétrolières explorent de nouveaux gisements de pétrole au Tchad et au nord du Cameroun, ignorant complètement la conditionnalité de la Banque Mondiale selon laquelle les normes du Plan Environnemental doivent être appliquées à tout le pétrole exporté par l’oléoduc Tchad Cameroun - quelque soit son lieu de production. « Ce fait constitue une violation de l’accord de prêt entre la Banque Mondiale et le Tchad », dit Susanne Breitkopf.
Sous la pression de campagnes internationales, la Banque Mondiale a poussé le Tchad à adopter une loi de gestion des revenus pétroliers, afin d’empêcher une nouvelle explosion de la corruption dans le pays. Bien que la Banque Mondiale félicite le gouvernement tchadien, les problèmes de corruption demeurent. Le premier versement d’Exxon au gouvernement a été utilisé pour l’achat d’armes. Plus récemment, le FMI a constaté que l’équivalent de 7.4 millions de dollars avaient été détournés par le gouvernement. Quelques mois avant que les revenus pétroliers commencent à couler, le gouvernement ne montre toujours pas de réelle volonté politique pour respecter les droits de l’homme et garantir la transparence.
La France, en tant que membre du conseil d’administration de la Banque Mondiale, a voté en faveur de ce projet. Les Amis de la Terre demandent que la France maintenant assume ses responsabilités et fournisse des solutions aux nombreux problèmes et dommages causés à la population locale.
contact : Les Amis de la Terre Susanne Breitkopf s.breitkopf@amisdelaterre.org
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