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Inclure les forêts dans le marché du carbone risque de créer de graves conflits sociaux

Montreuil, le 27 novembre 2008 - A la veille de la conférence sur le Climat de Poznan (1er au 12 décembre 2008), la fédération internationale des Amis de la Terre attire l’attention des négociateurs sur les risques à inclure les forêts dans le marché du carbone avec la publication d’un nouveau rapport « Les mythes au sujet du REDD » [1]. Ce rapport analyse de façon critique le nouveau mécanisme – connu sous l’acronyme REDD – de réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts qui sera une composante majeure du futur accord international sur le climat après 2012.

La déforestation représente environ 20 % des émissions mondiales de dioxyde de carbone, l’un des principaux gaz à effet de serre. Il est donc indispensable non seulement de ralentir, mais surtout de stopper la déforestation d’ici 2050 pour espérer atténuer l’ampleur des changements climatiques.

L’existence de plus de 1,6 milliards de personnes dans le monde dépend des forêts, mais elles n’ont bien souvent pas de droits fonciers reconnus. « Des sociétés spécialisées sont en train de se créer pour acheter des morceaux de forêts dans les pays du Sud et les revendre dans les pays du Nord à des entreprises qui souhaitent compenser leurs émissions de gaz à effet de serre » explique Sylvain Angerand, chargé de campagne forêt pour les Amis de la Terre France.

En mettant les forêts sous cloche, le risque est d’en exclure les communautés et en particulier les peuples autochtones, alors que ces populations en sont peut-être le meilleur gardien : en Amazonie, par exemple, ce sont dans les zones où les droits des peuples autochtones ont été reconnus que la déforestation a été stoppée. « Trop souvent, on ne montre du doigt que les petits paysans accusés de détruire les forêts. A l’inverse, on ne remet pas en cause l’expansion des agrocarburants, la surconsommation de viande, de bois précieux, de papier ou de minerais par les pays du Nord qui exercent une pression insoutenable sur les forêts du Sud  » ajoute Sylvain Angerand.

Par ailleurs, les Amis de la Terre France ont démontré dans une étude pour le Réseau Action Climat, avec l’appui de la Fondation Nicolas Hulot, que ces crédits REDD constituent une monnaie de singe : il pourrait déstabiliser fortement le marché du carbone mais surtout constituer une échappatoire illusoire aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays développés.

Plutôt que d’inclure les forêts dans le marché du carbone, les Amis de la Terre France proposent la création d’un fonds international de lutte contre la déforestation. Ce fond pourrait être alimenté de façon stable et importante par une taxe carbone sur les émissions liées au transport aérien ou maritime. Il pourrait bénéficier en priorité aux communautés locales et permettre de prendre en compte les autres bénéfices apportés par la forêt, notamment la préservation de la biodiversité.

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