Les Amis de la Terre restent perplexes pour deux raisons
A quoi servira ce « machin », si chaque fois qu’il y a un conflit avec l’Organisation Mondiale du Commerce, l’environnement est sacrifié au profit de l’économie ?
Il y a deux ans, les Etats-Unis soutenus par le Canada et l’Argentine ont déposé un recours contre l’Union Européenne à propos des moratoires sur les OGM. L’OMC a publié il y a quelques mois son « jugement » qui a été accepté tel quel par la communauté internationale. Combien de journaux n’ont-ils pas publié « L’Europe condamnée par l’OMC ».
L’OMC n’est pas une Court de Justice Internationale et pour donner un avis sur ce conflit, elle ne s’est appuyée que sur ses propres règlements. Les « prétendus » juges n’étaient que des experts économiques mais en aucun cas des juristes s’appuyant sur l’ensemble du Droit International. L’avis qu’ils ont donné, a été partout présenté abusivement comme un jugement. De vrais juges dans une Court de Justice Internationale se seraient appuyés sur l’ensemble du Droit International comme le Protocole de Carthagène qui reconnaît à chaque pays le droit d’interdire les OGM. L’OMC a dans l’introduction de son « jugement », précisé qu’elle ne se prononçait pas sur les risques environnementaux et sanitaires des OGM alors que c’est le fondement même des moratoires mis en place.
D’un côté, nous avions le Protocole de Carthagène qui reconnaît le Principe de précaution, de l’autre l’OMC qui ne reconnaît que ses propres règles. D’un côté, nous avions l’intérêt général des citoyens, protégé par un accord de l’ONU qui représente les peuples de cette planète et de l’autre nous avions une organisation qui ne représente que les intérêts corporatistes et sectoriels de quelques multinationales, dans ce cas, Monsanto, Syngenta , etc…
Avant de demander la création d’une nouvelle organisation, que les gouvernants français se battent d’abord pour faire respecter les conventions internationales sur l’environnement qui sont constamment attaquées par les prétentions de l’OMC. Le Droit des Peuples doit enfin passer avant le Droit des entreprises.
Pourquoi faire encore de beaux discours pour la communauté internationale, alors qu’il y a tant à faire à la maison ?
Voici quelques suggestions :
Nous sommes exposés quotidiennement à des milliers de produits chimiques dont une majorité n’ont jamais été testés ou se sont avérés dangereux pour la santé. Le but de la directive européenne REACH était justement de soumettre à des tests, les produits non testés et de demander l’interdiction ou la substitution des produits dangereux. L’industrie chimique sentant le danger fit marcher ses bonnes relations avec les sphères dirigeantes et nous avons vu Messieurs Blair, Schröder et Chirac s’unir pour défendre les grands groupes chimiques européens. La directive a finalement été vidée de son contenu et les intérêts corporatistes de quelques firmes Rhône Poulenc, Bayer, BASF, etc…ont été sauvés, aux détriments de l’intérêt général…
Partout en France, des citoyens s’opposent à des projets (auto)routiers qui n’ont pour seul but que de multiplier encore les délocalisations et le transport des marchandises sur des distances toujours plus longues. Au lieu de demander à la communauté internationale d’agir, la France pourrait montrer l’exemple et décréter de suite un moratoire sur ces projets nuisibles, localement et globalement.
Au lieu aussi d’investir dans des projets de prestige comme les lignes TGV pour une petite minorité de citoyens mobiles, il serait urgent d’investir dans des réseaux de transports en commun pour relier les zones semi-rurales aux centres urbains. Ces aménagements pourront profiter quotidiennement à des millions de nos concitoyens.
Le Président français a lancé la taxe sur les billets d’avion pour financer la lutte contre le SIDA. Quand on sait qu’un jeune apprenti paye des taxes sur l’essence de sa mobylette pour aller travailler, alors que les billets d’avion ne sont pas assujettis à la TVA et qu’il n’y a pas de taxe sur le kérozène, on comprend toute l’hypocrisie de la mesure ! De plus, les vols internationaux ne sont pas compris dans les calculs des émissions de gaz à effets de serre des pays. L’hypocrisie est à son comble ! L’augmentation du trafic aérien en Grande Bretagne annule tous les efforts fait dans ce pays, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Alors, quand est-ce que la France montre l’exemple en taxant le trafic aérien ?
En 1996, était publiée une loi dite « Loi déchets ». Dans son premier paragraphe on pouvait lire que le premier objectif était la réduction des déchets à la source. Mais depuis rien ne s’est passé : le gaspillage d’énergie et autres matières premières continue et une avalanche de déchets continue a être déversée chaque jour sur le pays. Les plans départementaux d’élimination des déchets prévoient tranquillement pour les années à venir une augmentation de quelques % chaque année… Là encore, la France pourrait d’abord rattraper son retard sur beaucoup de voisins, avant de jouer les donneuses de leçons…
L’habitat représente un des secteurs qui produit le plus de gaz à effet de serre. Si la France veut atteindre une diminution par 4 de ses gaz à effet de serre d’ici 2050, il faudra que d’ici là presque 30 millions de logements soient isolés. Où sont les mesures du gouvernement ?
Pour finir, il faut donner la possibilité à toutes les collectivités locales de pouvoir imposer des critères environnementaux – et sociaux – forts, lors de la passation des marchés publics, en inscrivant ce droit dans nos lois françaises. Exiger des critères qui protègent l’environnement ne doit pas être considéré comme une « distorsion de la concurrence » ! L’environnement doit passer avant les sacro-saintes règles commerciales et tant pis si l’OMC ou la Commission Européenne s’y opposent.
Il ne s’agit bien sûr, que de quelques suggestions et la liste n’est pas exhaustive. Mais le sérieux des intentions de nos gouvernants se mesurera à leur volonté de changer l’ordre des priorités : le bien être social et environnemental des humains passe avant le marché !