Logo des Amis de la Terre
Recommander cette page Imprimer cette page Agrandir cette page

Interview : Marthe Mapangou, Présidente de l’ONG EDEN

22 juin 2005,
L’huile de moabi, un commerce durable

Marthe Mapangou est présidente de l’ONG gabonaise EDEN (Education pour la Défense de l’Environnement et de la Nature)

Les Amis de la Terre France : Vous êtes à l’initiative d’un programme de valorisation du fruit de moabi, pourriez-vous nous expliquer la genèse de ce projet ?

Marthe Mapangou : Le moabi est un arbre sacré et une source de revenues importante pour de nombreuses familles vivants à l’Est du parc des Monts Birogou. Les femmes et les enfants ramassent les fruits puis les transforment en huile destinée à la consommation, l’entretien des cheveux, le traitement de certaines maladies, ainsi que dans certains rites mystico-traditionnels. Il faut savoir qu’actuellement, l’huile de moabi produite dans région est achetée par les « revendeuses » à un prix moyen de 1000 FCFA par litre. Elle est ensuite revendue sur les marchés des grandes villes (Libreville, Port-gentil, Franceville, Oyem) à un prix moyen variant entre 5000 et 10 000 FCFA. Soit 5 a 10 fois plus cher que le prix acheté aux villageoises. En collaboration avec le Conservateur du Parc National des Monts Birogou, nous avons donc initié un projet intitulé « Sensibilisation sur le moabi et ses usages », qui débutera effectivement en juin 2006.

A.T. : En quoi consiste exactement ce projet ?

M.M. : Le projet consiste a regrouper les femmes en coopérative afin de vendre l’huile produite à des prix plus proches de ceux pratiqués par les revendeuses, d’une part, et de rechercher de nouveaux marchés, d’autre part. Pour ce faire, l’équipe en charge du projet devra assurer la collecte de l’huile de moabis auprès des coopératives. L’huile collectée sera ensuite conditionnée et revendue par les soins d’EDEN. Une partie des produits de la vente sera reversée aux femmes et l’autre, affectée à l’amélioration des conditions de production, mais aussi à la satisfaction de besoins précis formulés par les femmes elles-mêmes (santé, éducation, logement, etc.).

A.T. : Quel est la finalité de ce projet ?

M.M. : Le projet a pour objet de contribuer à l’organisation de la filière de l’huile de moabi et de ses produits dérivés. Il s’agit à terme, d’améliorer les ressources financières générées par cette activité afin de permettre aux populations bénéficiaires, les femmes notamment, d’améliorer leur conditions de vie et de participer au développement local. Cette initiative devrait garantir plus de revenus aux populations locales mais également à l’Etat qui pourra bénéficier de la dynamisation de l’activité économique dans les zones impliqués grâce aux différentes taxes générées et à l’augmentation des revenus des familles rurales. Enfin, différents débouchés peuvent naître de l’éventuel effet d’imitation, car il faut prévoir que d’autres agents économique aient envie de se lancer dans le commerce de l’huile.

A.T. : Que pensez-vous de notre proposition de classement en annexe II de la Cites [1] ?

M.M. : La démarche des Amis de la Terre France et Cameroun est complémentaire de notre projet. En effet, sans nos moabis, comment obtiendrions nous notre huile ? En contrepartie, le commerce de l’huile peux être un argument économique important pour votre dossier car d’après les travaux de Schnemann, le commerce de l’huile serait, en quelques années, économiquement plus rentable pour les populations. Si en plus, on tient compte de nos conseils visant à moderniser la production, cette alternative s’avérera bien plus intéressante que la coupe des moabis...

Propos recueillis par Melle Chloé BENHINI



[1] Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Flora and Fauna (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction)