
Paysan bio dans l’Hérault, il est Coordinateur général du Réseau Semences paysannes et Chargé de mission à Nature & Progrès ; rédacteur de l’argumentaire pour le moratoire et de l’Appel d’Orléans, il est membre de la Confédération paysanne.
Auteur avec Lilian Ceballos de « OGM, sécurité, santé:Ce que la science révèle et qu’on ne nous dit pas » (épuisé mais téléchargeable sur www.natureteprogrès.org), il a été témoin dans de nombreux procès.
Montreuil, le 19 mars 2007.
Voir aussi MORATOIRE OGM : Journal des grévistes de la faim. Portraits, engagements.
ATF : Pourquoi cette grève de la faim ?
"( )Cette action est nécessaire parce que le moratoire est possible et qu’il faut se mobiliser pour le faire avancer : on est à 15 jours-3 semaines des semis, la décision doit être prise avant, il faut donc trouver des moyens convaincants. Il est plus facile d’interdire les cultures ogm avant les semis, après il faudra les arracher. Tous les candidats aux présidentielles sauf un se disent pour le moratoire mais personne n’a interpellé le gouvernement pour l’exiger maintenant, avant les élections qui auront lieu après les semis. Les décrets sont sortis aujourd’hui, ils ne règlent rien mais n’empêchent pas le moratoire qui reste d’actualité.
Le procureur de Marmande nous a reproché en septembre de ne pas avoir pris toutes les mesures possibles légales avant de faucher : c’est pourquoi on interpelle le gouvernement pour qu’il les prenne et on porte plainte contre Claude Ménara* pour demander à la justice de lui interdire de semer. 30 000 ou 50 000 ha de maïs transgénique annoncés par les grosses coopératives, c’est une contamination certaine et irréversible pour plusieurs années de la filière maïs française, mais aussi des ruches, des sols, de l’eau... C’est un crime pour la santé des consommateurs, pour les agriculteurs conventionnels, bio et autres. Ils vont perdre leurs marchés qui sont d’abord en France et en Europe, marchés qui ne veulent pas d’ogm, parce que la sécurité des produits agricoles français ne sera plus garantie. Si les semis ont lieu, ce sera la guerre dans les campagnes entre les paysans, avec des procédures en justice, des faillites…, guerre qui laissera nécessairement des traces pendant plusieurs générations. C’est la destruction des communautés villageoises et du monde rural. Ça dévalorisera encore l’image des agriculteurs dans l’opinion, déjà atteinte par les pesticides, les nitrates, la pollution des eaux….Comment, quand on est paysan, garder alors la tête haute quand on rencontre ses voisins ? Je suis prêt à aller au bout pour obtenir cette décision.
Les risques sanitaires avec le MON 810**, seul commercialisé actuellement, sont les mêmes que ceux du MON 863, récemment révélés par l’étude du CGII-GEN et de Greenpeace. Ce maïs BT n’a pas été évalué correctement, selon les exigences de la Directive 2001-18 qui demande une évaluation à long terme et au cas par cas. Le MON 863 altère des organes essentiels comme les reins et le foie : on prend les animaux d’élevages et les gens qui s’en nourrissent comme cobayes des expérimentations à grandes échelles des firmes semencières.
La contamination des cultures de maïs non OGM par le pollen transgénique est inévitable : fini le droit des paysans de cultiver sans ogm et le droit des consommateurs de manger sans ogm. Même au seuil légal de 0,9%, la co-existence est impossible : avec le maïs doux, même si le taux de contamination au champ est inférieur à 0,9%, certaines boîtes de maïs seront à des taux de 20 ou 30% d’ogm parce que la contamination est inégale entre les épis. Il en est de même avec les semences : une faible contamination de l’ordre de 0,3% se rajoute aux autres (pollen, filière) et ne permet pas la plupart du temps d’obtenir une récolte en dessous de 0,9%. Un tiers des semences non GM sont déjà contaminées. Pour les semences fermières ou bio, si le paysan ressème une partie de sa récolte contaminée, la contamination s’additionnera sur plusieurs années. En Espagne, une variété locale de maïs rouge en Aragon, est aujourd’hui contaminée à 34%. On a aussi l’exemple du riz américain où de simples essais ont contaminé l’ensemble du commerce mondial : des agriculteurs américains sont en faillite et ont engagé des poursuites en justice contre Bayer et leur gouvernement.
Il n’y a en France aucun cadre légal concernant les contaminations, aucune assurance : chaque agriculteur est responsable au même titre que les politiques. Pour les dommages à la consommation, il n’y a pas d’assurance pour les cantines qui servent des ogm : ce sont les mairies et conseils régionaux qui seront responsables en cas de problème.
Les firmes perdent de l’argent même dans les pays du Sud, elles ont besoin du marché européen. La résistance européenne est décisive : l’existence en Europe d’un marché sans ogm encourage les pays du Sud qui veulent y avoir accès à instaurer des législations sans ogm. Si notre appareil étatique important peut éventuellement faire croire quelques années en sa capacité à faire coexister une double filière (très chère), c’est impossible dans les pays pauvres du Sud. Leur agriculture est avec ogm ou sans ogm, il n’y a pas d’autre choix possible. Le moratoire est décisif, la coexistence est impossible, il faut rester dans cette logique, se battre aussi pour et avec les paysans du Sud.
( ) A l’Elysée et dans l’équipe de Sarkosi, il y a une perte de confiance dans les ogm actuellement cultivés, ils veulent préserver « la recherche », mais cherchent un prétexte pour se sortir cette épine du pied. Quand on va voir le ministère ils nous écoutent, ils envisagent le moratoire. Il y a une hésitation du côté du gouvernement. Le moratoire est à portée de main.
Le combat contre les ogm s’inscrit dans un combat plus général. Les nano particules sont bien pire, elles sont déjà sans aucune évaluation ni étiquetage dans les cosmétiques et de nombreux produits industriels et seront bientôt dans les semences. La mutagenèse n’est pas étiquetée et pose autant de problèmes d’atteinte à la santé, à l’environnement et de confiscation du vivant par les Droits de Propriété Intellectuelle. Des semences mutées sont déjà dans le commerce. Avec les ogm, le public s’est emparé d’une bataille contre la guerre au vivant et pour le respect de la vie. Ça ne suffit pas d’interdire les ogm, il faut aussi rendre aux paysans le droit de ressemer, d’échanger et de sélectionner leurs semences : ce n’est qu’ainsi qu’ils conservent et développent la biodiversité que les semences industrielles ont détruite. Mais ce travail ne servira lui non plus à rien si on arrête pas les ogm. Ces deux combats sont indissociables. Les prises de conscience s’accélèrent, le débat est le même sur les libertés, les médecines traditionnelles, les énergies renouvelables, les systèmes d’échange locaux, l’écobâtiment, les logiciels libres… : partout l’autonomie des communautés s’affronte à la même logique de contrôle généralisé…On fait aux êtres humains ce qu’on a fait aux plantes et aux animaux : aux USA, les laboratoires pharmaceutiques testent sur les enfants des hospices, des enfants sains, des traitements contre le SIDA. On traite le cheptel humain comme des objets. On empêche l’économie locale d’exister.
Mais je suis optimiste parce que les résistances locales se multiplient. En dehors de la légalité ou des circuits marchands habituels, les alternatives se construisent : les semences paysannes, les AMAP, on bâtit des cabanes… Pour finir on peut citer une image tirée des « Nouveaux créatifs culturels »(éditions Yves Michel) : Lorsque le ver s’enferme dans la chrysalide, les premières cellules du papillon sont détruites par son système immunitaire. Elles ne peuvent se développer qu’en s’affrontant à lui et en apprenant à le contourner. Le ver durcit alors de plus en plus sa chrysalide, qui semble vide de toute vie. Puis le papillon sort de la chrysalide morte pour annoncer une nouvelle vie. Aujourd’hui, dans notre société, la chrysalide se durcit de plus en plus en luttant contre tout ce qui vit, mais les cellules de papillon se développent de plus en plus vite »

* [transgéniculteur du lot & Garonne qui convoque une conférence de presse avant de semer ses 100 ha d’ogm en 2006, en annonce 200 en 2007] ** étude du CRIIGEN la semaine dernière.
photographie Guillaume De Crop g2c31@wanadoo.fr