La preuve, à partir de 1992, de nombreux cas de saturnisme avéré ou émergent chez des enfants a remis la question du plomb sur le devant de la scène des questions de santé publique.
Un comité technique plomb fut mis en place en avril 1993 par le ministère de la Santé, quatre groupes de travail spécifiques, portant sur l’eau ; l’habitat et l’environnement industriel ; la recherche épidémiologique et le dépistage ; et l’action internationale et l’information.
C’est ainsi qu’une étude basée sur la mesure de plombémie a été menée durant les années 1996 et 1997 dans trois grandes villes, à l’armée et les enfants âgés de 1 à 6 ans hospitalisés. Les résultats ont montré une augmentation par rapport à des études similaires effectuées en 1972 et 1982. Les facteurs sources retenus sont la pollution industrielle, les canalisations d’eau potable et les peintures anciennes.
Origine historique de la présente recherche
Un travail effectué autour de l’usine Métal Blanc de Bourg-Fidèle (Ardennes, France) a montré l’existence d’une pollution environnementale et humaine dépassant les normes européennes, de longue date et, pourtant, inconnue et non reconnue.
En effet, depuis plusieurs années, des riverains de l’usine Métal Blanc, qui retraite des batteries de voitures, se plaignaient de nuisances graves, en particulier de plombémie importante sans obtenir de mesures satisfaisantes de la part des dirigeants de l’entreprise et des pouvoirs publics.
C’est à l’occasion de l’autorisation d’extension de l’usine datant de décembre 1996 que les riverains créèrent « l’association de protection et défense de l’environnement et de la nature », mais ce ne fut que le 17 juillet 1997 que le Préfet créa une commission locale d’information et de surveillance (CLIS).
Suite au décès de bovins intoxiqués chez des éleveurs voisins de l’usine, et sous la pression de l’association de protection de l’environnement locale, les services de la Direction des affaires sanitaires et les services vétérinaires confirmaient la pollution du site par le plomb et d’autres métaux lourds. Une mesure de plombémie dans le sang effectué sur 95 enfants de moins de 12 ans du Bourg (ceux dont les parents avaient accepté ce dépistage du saturnisme) montrèrent, en 1998, l’intoxication au plomb de 21 enfants, soit un enfant sur quatre, au-delà de 100 µg/l.
Le 25 octobre 1997, le maire dut suspendre l’accès à un terrain de jeu face à l’usine, l’interdiction du pâturage dans certaines parcelles et la consommation des légumes cultivés dans certains jardins.
Une mission d’inspection de l’entreprise Métal Blanc, diligentée par le ministère de l’Environnement, en novembre 1998, a confirmé, dans un rapport rendu public en février 1999, que cette installation classée « présente des retards importants en ce qui concerne la protection de l’environnement ». Cette situation entraîne une contamination très élevée autour de l’usine, ainsi que de la rivière « La Murée », dans laquelle l’entreprise déverse ses rejets, fortement polluée au plomb et au cadmium en aval et dans laquelle n’existe plus aucune vie aquatique.
Le 6 mai 1999, dans le cadre de l’instruction en cours, le PDG de l’entreprise Métal Blanc a été mis en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui, administration de substances nuisibles, rejets en eau douce de substances nuisibles ou toxiques et non respect des mises en demeure administratives ».
Par un arrêt du 23 juillet 1999, la Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Reims interdisait à la société Métal Blanc tout nouveau stockage d’objet renfermant du plomb et de batteries, ainsi que tout traitement de ce type d’objets déjà stockés.
La recherche de lieux industriels comparables, démarrée à cette occasion par l’association les Amis de la Terre, consistant à travailler par similitude, a mis en évidence le manque total de connaissance globale de lieux susceptibles de présenter les mêmes problèmes.
Un inventaire s’avérait donc indispensable.



