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Aller plus loin...

Jaitapur (Inde)


Jaitapur : un problème français - Des réacteurs pour l’Inde

Par Juliette Renaud

Jaitapur, dans l’Etat indien du Maharashtra, est un nouveau projet nucléaire qui a atteri sur le bureau des banques européennes et de la COFACE, l’agence française de crédit à l’exportation. Avec plus de 10 000 MW prévus, il devrait s’agir de la plus grande centrale nucléaire au monde. Dans une première phase, l’entreprise indienne NPCIL (Nuclear Power Corporation of India Limited) cherche des financements pour construire deux EPR à Jaitapur. Cela soulève de sérieuses inquiétudes en matière de sûreté car Jaitapur se situe dans la seule partie des côtes indiennes classée « zone à risque important » de tremblements de terre. Trois failles tectoniques traversent le secteur, et plusieurs séismes ont été enregistrés dans les vingt dernières années. Le plus puissant, en 1999, a atteint la magnitude de 6,3 sur l’échelle de Richter.

La construction en cours des EPR d’Olkiluoto en Finlande et de Flamanville en France a révélé de nombreux problèmes techniques de conception remettant en cause la sûreté de ce réacteur. Des inspections ont également constaté sur les deux sites de graves défauts dans la qualité des composants ainsi que dans les soudures et le gros œuvre. A Olkiluoto par exemple, la STUK (l’autorité de sûreté nucléaire finlandaise) a identifié plus de 3 000 défauts de sécurité et de qualité. Cela vient en grande partie de ce que, pour réduire ses coûts, l’entreprise a préféré embaucher des sous-traitants bon marché mais peu qualifiés, quitte à négliger la sûreté. En France, les inspections signalent systématiquement que les problèmes viennent d’une « précipitation en dehors de tout processus de qualité ». Ces difficultés pourraient bien s’exacerber en Inde, où le coût des deux premiers réacteurs de Jaitapur est officiellement estimé à 32 000 crores (5,4 milliards d’euros) – soit moins de la moitié du coût de ces mêmes réacteurs aujourd’hui en Europe.

Le projet a déjà provoqué des conflits sociaux massifs. Le site proposé pour les réacteurs nucléaires de Jaitapur est un espace naturel de qualité bien préservé qui fournit la subsistance nécessaire à des producteurs de mangues et des pêcheurs locaux. Entre décembre 2009 et janvier 2010, NPCIL a officiellement saisi 938 hectares de terrain aux villageois. La compensation offerte de 3 roupies (5 centimes) par mètre carré était si basse qu’elle a été unanimement rejetée par les habitants. Les manifestations ont été sévèrement réprimées par la police, avec des centaines de personnes frappées et arrêtées de façon répétée en 2010 et début 2011, allant même jusqu’à faire un mort parmi les opposants en avril 2011.

Parmi les autres problèmes liés à ce projet figurent le manque de transparence et de consultation de la société civile, ainsi que des controverses sur une législation qui exempterait les entreprises étrangères de toute responsabilité en cas d’accidents et de contamination.

Depuis l’annonce du projet en 2009, les autorités indiennes ont déclaré que HSBC et quatre banques françaises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et Natixis) fourniraient 3 à 4 milliards d’euros en prêts. Elles ont également déclaré que la Coface, l’agence de crédit à l’exportation française, fournirait la garantie nécessaire pour ces prêts.

Début 2011, l’entreprise indienne NPCIL a invité plus d’une douzaine de banques dans le monde à participer au financement de Jaitapur, parmi lesquelles BNP Paribas, Citigroup, Crédit Agricole, Deutsche Bank, HSBC, JP MorganChase, Natixis, Santander, Société Générale et Standard Chartered. En mars 2011, Deutsche Bank a annoncé qu’elle ne participerait pas au financement de cette centrale nucléaire.

Les Amis de la Terre et leurs partenaires du réseau BankTrack font campagne contre ce projet et demandent aux banques privées et à la Coface de ne pas apporter leur soutien financier à sa réalisation.

En juillet 2011, une lettre, signée par une centaine d’organisations du monde entier, a été adressée officiellement au Président français Nicolas Sarkozy, lui demandant de ne pas délivrer de garantie publique pour ce projet.

Fin août 2011, nous avons reçu une réponse à cette lettre : l’Elysée indique qu’il avait été "pris attentivement connaissance de l’ensemble des réflexions et préoccupations que [nous avions] soumises à Monsieur Nicolas Sarkozy". Mais en conclusion, la Présidence française "appelle toutefois [notre] attention sur le caractère majeur que représente, du point de vue des plus hautes autorités indiennes, le développement du programme national indien d’énergie nucléaire civile".

Pour plus d’informations (en anglais), cliquez ici.