Logo des Amis de la Terre

Recommander cette page

Imprimer cette page

Agrandir cette page

Kashagan : le Kazakhstan s’apprête à perdre 5 milliards de dollars supplémentaires

21 janvier 2008,
Par Gwenael Wasse

Communiqué de presse de PLATFORM, les Amis de la Terre Europe, les Amis de la Terre France, Crude Accountability, Campagna per la Riforme della Banca Mondiale, CEE Bankwatch Network, Center Globus



Les compagnies pétrolières accusées de “cacher les mauvaises nouvelles” au sujet du projet pétrolier Kashagan

Un nouveau contrat avec le consortium dirigé par ENI pour développer le méga-champ pétrolier de Kashagan fera perdre 5 milliards de dollars de plus par rapport au précédent, selon une nouvelle étude publiée aujourd’hui (1).

Le contrat, signé la semaine dernière après plus de six mois de conflit au sujet du projet, a permis une légère augmentation de la part de bénéfices pour le Kazakhstan, mais inclut également un nouveau retard de 2010 à 2011 pour le début de la production.

L’étude publiée vendredi dernier montre que l’augmentation des termes du contrat – d’environ 3,5 milliards de dollars – est plus que compensée négativement par le coût du retard pour le Kazakhstan, d’un montant de 8,7 milliards de dollars (2).

Greg Muttit, analyste spécialiste du secteur pétrolier pour l’ONG londonienne PLATFORM, a mené l’étude. Il commente : “Les compagnies pétrolières ont signé en 1997 un contrat très rigide pour 40 ans, quand le Kazakhstan était à son plus faible ; la marge de manoeuvre du pays est très faible. Les conséquences du contrat sont très importantes pour la population kazakhe, mais les négociations sont secrètes. Il est vital qu’ENI et ses partenaires adoptent de meilleurs standards de transparence, et rendent le contrat public”.

Si PLATFORM a réussi à obtenir une copie du contrat, du fait de sa confidentialité, les autres observateurs et analystes n’ont pas vu toutes les implications de l’accord récemment conclu, et relayé la thèse d’une amélioration de la position économique du Kazakhstan au sein du consortium.

Ces conclusions surprenantes trouvent leur explication dans le prix élevé du pétrole et des énormes volumes qui seront extraits du champ (jusqu’à 1,5 million de barils par jour). Pour ces deux raisons, le coût d’un retard excède au final tout changement des termes économiques du contrat.

Pour Galina Chernova, de l’association environmentaliste kazakhe Center Globus : “Après six mois de pression gouvernementale pour un partage plus équitable des revenus, il est choquant que le Kazakhstan se retrouve finalement perdant. Il semble que le contrat pétrolier soit plus contraignant que n’importe quel autre texte au Kazakhstan. Quel espoir y-a-t-il donc pour l’environnement et les populations locales ?

La mèche du conflit a été initialement allumée par l’annonce l’an passé d’un nouveau retard du démarrage de la production de 2008 à 2010, et d’une hausse phénoménale des coûts de 56 à 136 milliards de dollars.

Toutefois, ces derniers mois, des rumeurs ont fait état d’une impossibilité pour ENI de respecter cette nouvelle échéance. Greg Muttit accuse ENI d’avoir annoncé le retard à une période où il ne serait pas remarqué : “C’est un vieux truc de relations publiques : dissimuler une mauvaise nouvelle au milieu d’une autre histoire. Alors que la plupart des médias se sont focalisés sur l’annonce d’un changement des termes du contrat, ENI y a vu une bonne opportunité pour annoncer discrètement un nouveau retard, une nouvelle qui passerait quasi-inaperçue auprès des populations du Kazakshtan ou des partenaires financiers d’ENI”.

Depuis qu’elle est devenu le principal opérateur du champ pétrolier de Kashagan, ENI a également renoncé a fournir toutes les informations en sa possession sur les impacts environnementaux, sociaux et sanitaires de ces activités ; elle a pourtant simultanément reçu plusieurs fois le soutien de la Commission européenne et du commissaire européen à l’énergie Andris Piebalgs durant les négociations (3).

Darek Urbaniak, des Amis de la Terre Europe, a commenté : “Le public devraient être informés des conséquences de cet investissement, y compris en ce qui concerne les contaminations et fuites diverses, les déchêts dangereux, les émissions de substances toxiques... Il n’est pas acceptable que la Commission européenne fasse passer la sécurité énergétique avant le droit des populations de la Caspienne à une vie et un environment sain.”

Pour Gwenael Wasse, des Amis de la Terre France, “non seulement ce type de méga-projets pétroliers contribuent beaucoup au réchauffement global et à d’autres problèmes environnementaux et sociaux locaux, mais, en plus, ils ne bénéficient généralement à personne d’autres qu’aux compagnies pétrolières privées du Nord et à leurs actionnaires, laissant les populations locales gérer les conséquences négatives. Les projets de ce type sont désormais préhistoriques, il faut arrêter de les financer et de les soutenir !

Notes :

(1) L’étude (en pièce jointe) est publiée par une coalition d’organisations de la société civile, actives sur des questions environnementales et de développement :

- PLATFORM (UK) www.carbonweb.com
- Center Globus (Kazakhstan)
- CEE Bankwatch Network : www.bankwatch.org
- CRBM (Italy) : www.crbm.org
- Friends of the Earth Europe : www.foeeurope.org
- Crude Accountability (USA) : www.crudeaccountability.org
- Les Amis de la Terre (France) : www.amisdelaterre.org

(2) L’étude est basée sur un modèle prenant en compte la valeur actualisée des flux de trésorerie ; les chiffres sont donnés nets et actualisés, en utilisant un taux d’actualisation de 8%). Ce modèle a été développé pour le rapport Hellfire Economics, publié en décembre 2007 (cf. http://www.amisdelaterre.org/Projet-Kashagan-le-Kazakhstan-s.html)

(3) Le rapport “Kashagan oil field development” est téléchargeable à l’adresse suivante : http://www.amisdelaterre.org/Les-impacts-negatifs-du-projet,3660.html

Contacts presse :

- Greg Muttit, co-directeur de PLATFORM, +44 7970 589 611
- Caroline Prak, Les Amis de la Terre, 01 48 51 32 22 / 06 86 41 53 43



Rapport Kashagan Stitchup