L’Europe doit fermer la porte aux sables bitumineux climaticides du Canada

Paris, le 9 décembre – Selon le rapport publié cette semaine par Les Amis de la Terre Europe et le Conseil des Canadiens (1), l’Europe doit fermer ses portes aux sables bitumineux si elle veut éviter une catastrophe climatique. Alors que les négociations internationales sur le climat ont lieu à Paris, le nouveau gouvernement canadien continue de soutenir l’exploitation de sables bitumineux, qui va à l’encontre des efforts internationaux pour limiter les changements climatiques.

Dans la mesure où l’Union Européenne n’a pas réussi à décourager l’utilisation de sables bitumineux via la directive sur la qualité des carburants (2), ceux-ci continuent d’arriver en Europe (3) où trois quarts des raffineries peuvent en extraire du pétrole (4). Les sables bitumineux, l’une des sources de carburant parmi les plus destructrices pour l’environnement, ne doivent pas continuer à se développer. Il est temps de planifier une transition vers 0 % de carburant issu des énergies fossiles afin de limiter le réchauffement climatique en-dessous de 2°C.

Selon Colin Roche, chargé de campagne industries extractives pour les Amis de la Terre Europe : « L’Europe doit fermer ses portes aux carburants issus des sables bitumineux climaticides et le Canada doit arrêter de les extraire. Des premières livraisons sont déjà arrivées en Europe. Si on veut éviter de dépasser le seuil des 2°C de réchauffement climatique, nous devons impérativement laisser dans le sol les sables bitumineux et les interdire sur le marché européen ».

Alors que les gouvernements du Canada et de la province d’Alberta ont pris de bons engagements en faveur du climat, selon ces organisations, ils continuent de soutenir le développement de l’exploitation des sables bitumineux.

Le plan climat publié récemment par le Premier Ministre de la province d’Alberta, Rachel Notley, présente une sortie progressive du charbon et le soutien aux énergies renouvelables. Cependant le plafond d’émissions proposé correspond à une augmentation possible de près de 40 % de la production de sables bitumineux (5). Le nouveau ministre des Affaires étrangères du gouvernement Trudeau, Stéphane Dion, a récemment apporté son soutien à la fois au « développement durable » du Canada et à l’extraction de sables bitumineux (6).

Andrea Harden, de l’association Conseil des Canadiens affirme : « Le nouveau gouvernement doit reconnaître que le « développement durable » des sables bitumineux n’est pas possible. Nous devons prendre nos responsabilités pour garder la température bien en-dessous des 2°C et cela signifie de stopper l’exploitation des sables bitumineux et de prévoir une sortie des énergies fossiles d’ici 2050. C’est primordial pour rendre crédible la politique climatique canadienne. Bien que le plan de l’Alberta est un tournant dans la bonne direction, les connaissances scientifiques sur le climat nécessitent d’aller au-delà. »

Les engagements climatiques soumis en amont des négociations qui ont commencé à Paris cette semaine amèneraient un réchauffement climatique de 3°C avec des impacts potentiellement dévastateurs pour des milliards de personnes (7).

Colin Roche conclut : “Tandis que nous voyons venir les changements climatiques, les engagements canadiens et européens aux négociations de Paris sont largement insuffisants. Si nous voulons mettre en place des systèmes démocratiques fondés sur les énergies renouvelables et limiter le réchauffement climatique à 2°C, nous devons laisser les sables bitumineux dans le sol. » Adaptation par les Amis de la Terre France d’un communiqué et d’un rapport publiés par les Amis de la Terre Europe et le Conseil des Canadiens.

Contact presse  : Pierre Sagot, communication@amisdelaterre.org, 06.86.41.53.43

Contact interview : Laureline Bourit, laureline.bourit@amisdelaterre.org, 09 72 43 92 61

Notes :
(1) Document traduit et adapté par les Amis de la Terre France, à partir de la version complète du rapport, publiée en anglais, par Les Amis de la Terre Europe : « Tar Sands : Europe’s Complicity in Canada’s Climate Crimes ». Traduction en français : Christian Berdot.

(2) Pour en savoir plus, voir la campagne des Amis de la Terre France "Sables bitumineux, halte au pouvoir des lobbies !" et notamment la note de synthèse "Sables bitumineux et directive sur la Qualité des carburants : de quoi s’agit-il ?"

(3) En plus de livraisons connues dans le port de Bilbao en Espagne, d’autres importations sont moins visibles. En effet, les importations françaises de pétrole brut depuis les Etats-Unis ont augmenté cette année. Ce pétrole brut vient sans doute du Canada, dans la mesure où les Etats-Unis interdisent l’exportation de leur propre pétrole. Il pourrait donc s’agir de pétrole issu de sables bitumineux.

(4) Friends of the Earth Europe, Tar-sands-ready refineries mapped across Europe.

(5) http://calgaryherald.com/business/energy/ewart-albertas-new-climate-plan-touted-as-a-marketing-solution-for-oilsands

(6) http://www.reuters.com/article/2015/11/06/idUSO8N0WT01120151106

(7) http://civilsocietyreview.org/wp-content/uploads/2015/11/CSO_FullReport.pdf

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