Comment ces expéditions punitives sont-elles possibles en France ?
Ce qui surprend le plus, ce n’est pas que des personnes aient eu envie de le faire mais que ceux qui ont les moyens de les empêcher de le faire n’aient rien fait.
Je m’explique : Lors de la décision de justice d’arrêter les activités polluantes, un sentiment d’angoisse est apparu chez les salariés : la peur du chômage, aujourd’hui vécu dans notre société comme l’effondrement de sa vie. Il a été suivi d’un sentiment de vengeance contre « les écolos », c’est-à-dire de simples riverains qui ont dû faire appel à la justice pour faire reconnaître la pollution et la nécessité de la stopper.
Jusque là, un processus psychologique tout à fait courant dans ce genre de situation conflictuelle qui touche à la santé ou au travail. C’est justement parce que ces réactions sont habituelles chez l’être humain qu’il était évident que la décision de justice déclencherait des réactions violentes à Bourg-Fidèle. Les autorités préfectorales connaissent bien le dossier. Ces derniers mois, les membres de l’association locale de protection de l’environnement ont fait plusieurs fois constater par la gendarmerie des insultes et menaces d’agression. L’occupation illégale de l’usine par les salariés du 7 au 23 juillet était un signe de détermination de leur part. Selon nous, le Préfet connaissait le risque d’agressions et pourtant n’a pas tenté de dissuader les protagonistes, de les calmer.
A partir du 23 juillet, la présence de force de police devant l’usine et devant la maison de chacun des membres de l’association aurait sûrement empêché la passage à l’acte. La présence d’un haut représentant de la Préfecture aurait certainement fait baisser la tension dans le village. Il aurait assuré que l’État garantirait le reclassement de tous les salariés si l’usine venait à fermer définitivement. Bien au contraire, malgré le constat de terribles agressions en bandes organisées dans la soirée du 23 juillet, le seul discours tenu par les quelques gendarmes envoyés à Bourg-Fidèle aux victimes de violences était de quitter le village quelques jours... Inquiets pour leurs biens, ces victimes sont restées enfermées chez elles pendant que certains salariés et habitants prolongeaient l’état de siège sous le regard passif de quelques gendarmes.
Il aura fallu cinq jours de non-droit à Bourg-Fidèle, trois communiqués alarmant des Amis de la Terre, et la fermeture de Métal Blanc pour congés payés avant que le Préfet ne décide d’envoyer cinq camionnettes de gendarmes et un car de CRS en limite du village !
Nous avons vraiment affaire à un volonté préfectorale de manipuler le débat public en orientant le conflit entre salariés et riverains « écologistes » (ici tout simplement des personnes soucieuses de leur santé), pour éviter de voir les ces salariés et riverains s’unir contre la direction de Métal Blanc et la Préfecture, vrai responsables de ce gâchis humain.
Plus largement, on peut voir aussi dans ce comportement de l’État, la volonté de calmer les ardeurs écologistes. Ce qui se passe actuellement à Bourg-Fidèle pourrait avoir d’énormes conséquences sur l’attitude de riverains d’usines polluantes. L’État a peu d’intérêt à ce que des associations locales, encouragées par une victoire écologiste à Bourg-Fidèle, intensifient leurs actions contre les mauvais élèves de l’industrie française (notamment les actions juridiques). Les fréquentes carences de l’administration chargée de la prévention et du contrôle des pollutions seraient mise à jour. Cela représente pour l’État des risques élevés de condamnation et donc d’indemnisations. Reviendrait également le douloureux débat sur les moyens mis à la disposition des DRIRE et sur les sanctions à appliquer à des entreprises qui figurent parfois parmi les plus puissantes.
Par contre, la vision d’un quotidien vraiment insupportable pour les opposants à cette usine peut certainement décourager les meilleures volontés qui tenteraient de faire respecter partout en France leurs droits à la santé. C’est notamment pour cela que les Amis de la Terre apportent leurs soutiens moral, juridique et médiatique pour ne pas laisser ces personnes seuls face aux pollueurs et à leurs complices.
Pourquoi cette usine qui pollue fonctionne-t-elle encore ?
Je pense que c’est grâce à la capacité de son PDG de s’assurer de tous les appuis nécessaires pour empêcher que la loi ne s’applique à son entreprise.
Il a eu un comportement naïf qui visait à être tolérant avec cette usine parce qu’elle « contribue à la protection de l’environnement » ( !) en retraitant le plomb des batteries. C’est sûrement en grande partie pour cette raison que la Préfecture a fermé les yeux sur les nombreuses infractions commises par Métal Blanc. Là aussi, l’enjeu est de taille : si la justice décide qu’une usine qui ne respecte pas la loi, menaçant la santé de ses salariés et riverains, doit fermer, vous pouvez imaginer l’effet de bombe que cela peut avoir dans toutes les régions de France où des dirigeants peu scrupuleux se moquent de la législation. Ce n’est pas pour rien que le Medef soutient publiquement Métal Blanc.
Pourtant, c’est un combat d’arrière-garde. Le patronat s’engage progressivement dans une démarche d’entreprise citoyenne. Ces représentants nationaux auraient tout intérêt à écarter les brebis galeuses et travailler avec les associations et syndicats afin de promouvoir des progrès significatifs et ainsi l’image des entreprises en France. A moins que l’entreprise citoyenne ne soit qu’un beau discours...
Quelle a été l’attitude de Mme Voynet sur ce dossier ?
Le Ministère de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement (MATE) a réagi assez tardivement aux inquiétudes des riverains. Fin 1998, face aux mises en cause de la DRIRE pour son laxisme et aux informations contradictoires qui circulaient sur la pollution de Bourg-Fidèle, Mme Voynet a commandé à deux ingénieurs des Mines une analyse complète de l’installation classée Métal Blanc.
Ce rapport, rendu public en février, est très complet et dénonce le manque de rigueur de la part de leurs collègues de la DRIRE Champagne-Ardennes. Ce document du MATE a été très bien accueilli par les riverains opposés à la pollution et par les Amis de la Terre.
Depuis, la DRIRE a évolué vers une attitude plus ferme vis-à-vis de Métal Blanc mais cela arrive bien tard. Concernant le soutien à l’association locale de Bourg-Fidèle, le MATE est plutôt resté passif ces derniers mois.
Nous n’avons pas noté de réactions lors des agressions dont ont été victimes des membres d’une association locale de protection de l’environnement. C’est dommage car ce silence, très symbolique du rapport de force entre Mme Voynet et les autres ministres concernés, décourage les associations qui se sentent bien seules sur le terrain.
Toutefois, les Amis de la Terre ont réussi à convaincre le MATE de soutenir la réalisation d’un inventaire national des entreprises manipulant du plomb à surveiller attentivement pour prévenir des risques de saturnisme.
Totalement indépendant du MATE, nous aurons la liberté de diffuser largement cet inventaire contrairement à Mme Voynet qui est souvent prisonnière de la solidarité intergouvernementale.




