Par Groupe local de la Moselle
Par Martine Delamarre les Amis de la Terre Moselle
J’ajouterais deux questions, l’une souvent posée :
pourquoi généraliser l’agriculture Bio ?
peut-on généraliser l’agriculture Bio ?
Et une autre qui mériterait d’être posée plus souvent :
l’agriculture conventionnelle (industrielle) peut-elle nourrir le monde ?
1) pourquoi généraliser l’agriculture Bio ?
Cette question est essentielle, voici quelques rapides réponses :
elle est non polluante :
pas de pollution chimique des sols et des eaux, n’utilisant pas de produits chimiques, c’est-à-dire en général issus d’énergie fossile, les agricultures paysannes (pas bio au sens strict entendu) polluent 3 fois moins que l’agriculture conventionnelle. Les recherches scientifiques en France montrent que les agriculteurs biologiques ou biodynamiques ont des sols beaucoup plus actifs
les effets en négatifs sur l’environnement : Érosion, morts d’oiseaux ou d’autres formes de vie sauvage : 3 fois moins que l’agriculture conventionnelle (25% des terres cultivables planétaires ont été stérilisées en un siècle par l’agrochimie. Aux Etats-Unis selon la FAO, ce chiffre monte à 28%. Elle utilise moins d’énergie fossile, ou pas du tout que l’agriculture conventionnelle qui en est très dépendante, alors même que la moitié en moyenne des engrais appliqués dans le monde se perd et ne profite pas aux plantes, elle utilise d’autres moyens pour lutter contre les problèmes de climat ou les parasites : l’agriculture biologique est une combinaison de sagesse ancienne et d’innovations écologiques « modernes » (vieille d’un siècle bientôt pour la biodynamie).
ces terres souffrent moins des sècheresses car les sols gardent mieux leur humidité grâce à une bien plus grande quantité de matières organiques
cette agriculture permet aux sols de mieux retenir le carbone : elle crée des puits de carbone capables de piéger des quantités énormes de CO2, ce qui permet de lutter contre l’effet de serre et le réchauffement climatique
utilisation des engrais verts en plus du fumier (association étroite de l’élevage à l’agriculture) :contribution de plantes fixatrices d’azote (très important car le problème de l’azote est très différent suivant les régions du monde : même dans les régions tropicales arides et semi-arides, où les disponibilités en eau sont limitées entre les périodes de culture, on peut utiliser pour fixer l’azote des engrais verts résistants à la sècheresse)
la rotation des cultures réduit l’érosion des sols, le problème des nuisibles et donc de ne plus consommer de pesticides (ou uniquement en cas extrême)
elle permet le développement de champignons qui permettent aux plantes une meilleure assimilation des éléments minéraux et de mieux résister aux maladies, elle est bonne pour la biodiversité : aide au contrôle biologique des ravageurs et favorise la pollinisation par les insectes. Car l’agriculture bio et/ou paysanne va de pair avec des systèmes de polyculture élevage, assolements diversifiés, rotation des cultures, fabrication de fumier et de compost à la ferme même
elle produit des aliments de meilleure qualité nutritionnelle : par exemple, les pommes de terre Bio contiennent plus de magnésium, beaucoup de produits contiennent plus de vitamine C. Les techniques utilisées permettent une meilleure interception de l’énergie lumineuse (fabrication des calories alimentaires) et une meilleure fixation de l’azote de l’air pour la synthèse des protéines végétales. Ils ont aussi des niveaux d’anti-oxydants plus élevés.
elle est génératrice d’emplois : 10 à 15% de plus .
2)L’agriculture Bio peut-elle nous nourrir tous ?
les chiffres montrent que oui :en partant de l’alimentation du français moyen (avec les erreurs alimentaires dont il a été question) : à partir du calcul de la surface nécessaire pour une ration alimentaire du français moyen, la surface cultivable dans le monde en culture Bio (en prenant en compte diverses variables) peut nourrir 7,8 milliards d’habitants dans le monde. La FAO l’a officiellement reconnu
la rentabilité est aussi bonne (étude faite sur 22 ans, voir référence ci-dessous), ou pour nuancer suivant les conditions et les régions : au maximum légèrement inférieure de 10%. (celles qui donnent des chiffres de 50% sont biaisées car ne prenant en compte que certains critères) Les différences de rendement sont plus importantes dans les pays industrialisés. Les agriculteurs se dirigeant vers une agriculture bio ont un rendement moins élevé surtout les premières années. Dans les pays les plus pauvres, la différence disparaît. Une étude dans le centre de l’Inde (1000 fermiers, 3200 ha) montre que la production de coton, de blé et de piment est 20% plus élevée en bio : cultures de couverture, compost, fumier et autres pratiques qui augmentent la matière organique dans les sols (aide à retenir l’eau).
Dans les pays industrialisés : nos pays produisent trop
(La France depuis les années 70) (et n’exportent pas pour nourrir les pays pauvres, car ceux-ci n’ont pas les moyens financiers pour acheter) à part les produits tropicaux ou ne poussant pas en France, le reste de l’alimentation importée en France peut y être produite
Pays en mal développement :
ces pays ont des productions en monoculture de produits exportés pour les occidentaux (pas seulement pour l’alimentation mais aussi et surtout pour l’élevage industriel et les agro carburants) si les paysans pouvaient produire en priorité pour leur autosuffisance alimentaire il y aurait moins de problème de faim (outre la qualité nutritionnelle supérieure).
La qualité nutritionnelle est bien supérieure, ce qui entraîne une moindre consommation, le fait aussi qu’elle est moins pathogène et entraîne donc des coûts de santé moindres
3) l’agriculture conventionnelle (industrielle) peut-elle nous nourrir tous ?
Pourquoi cette question-là n’est-elle pas posée ? Parce que nous savons bien que non, le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde est énorme, rien n’est simple et divers facteurs sont à prendre en compte le développement de cette agriculture en France après la 2è guerre mondiale était soi-disant pour assurer l’autonomie alimentaire de la France après les désastres de la guerre. Mais, en réalité d’autres pays « développés » ont connu la même évolution, et même avant la France sans avoir subi sur leur sol une guerre : Etats-Unis, Australie.
la chute des emplois agricoles a de graves conséquences dans les sociétés, que la France avant d’autres pays qui le subissent actuellement a pu mesurer.
En France même et en Europe, une fraction de la population ne peut se nourrir correctement pour des raisons financières
l’agriculture conventionnelle est très dépendante des énergies fossiles : pour les engrais, pour les diverses machines, tracteurs, or, les énergies fossiles vont devenir rares, par ailleurs, en 2005, plus de 90% des agriculteurs de la planète ne possèdent pas de tracteur (ni même souvent de bêtes de trait).
4) Peut-on généraliser l’agriculture Bio ?
le besoin de personnel supplémentaire n’est certes pas un souci :
en France il suffit de 10 à 15% de la population active pour produire suffisamment,
dans les pays en mal développement on l’a vu, elle serait même la possibilité d’utiliser une main d’œuvre désoeuvrée et d’enrayer l’exode rural elle est diversifiée et adaptée aux terrains et aux conditions climatiques différentes de par le monde.
Dans les pays industrialisés : les prix à la consommation ne sont plus aussi différents des prix de l’agriculture conventionnelle pour les légumes et les céréales, et même le Bio restant « plus cher », il faut prendre en compte le fait que la qualité nutritionnelle est bien supérieure, ce qui entraîne une moindre consommation, le fait aussi qu’elle est moins pathogène et entraîne donc des coûts de santé moindres Pays en « mal développement » :
Elle implique moins de risques économiques qu’une agriculture basée sur l’achat d’engrais et de pesticides (et maintenant de semences !)
Rendements meilleurs que l’agriculture conventionnelle surtout dans les régions isolées et frappées par la sècheresse, où les problèmes de famine sont les plus graves
A cause de son besoin en main d’œuvre plus élevé, elle est particulièrement efficace pour redistribuer les ressource dans les régions où la main-d’œuvre est sous-employée, contribuant à la stabilité rurale, et bien adaptée à des petites structures
Attention à ne pas transposer des systèmes : l’agriculture bio dans son sens strict et labellisée (donc à payer) peut être un piège. Le concept d’agriculture familiale (mode de vie liant la famille à la production agricole et à son terroir) associé au concept d’agriculture paysanne (modes de production, répartition des ressources naturelles et financières, création et transmission de savoirs) est plus propice à s’adapter aux diverses situations. Les fermiers Bio ne peuvent sur les marchés locaux obtenir les prix forts payés ailleurs et ne peuvent assumer certains coûts (labels).
Cela implique des changements de comportements des citoyens :
moins jeter : par les producteurs, par les consommateurs
artificialisation de l’alimentation est énorme : exemple la pomme de terre, elle est consommée pour moitié sous forme transformée
équilibre alimentaire :
a) manger moins de viande c’est non seulement éviter diverses maladies, particulièrement les maladies cardio-vasculaires, mais aussi libérer de l’espace pour la culture des céréales : la surface nécessaire aux produits animaux (56,8 ares) est environ 9 fois celle exigée par les produits végétaux (6,6 ares)
b) manger moins de sucre, outre les problèmes de santé évités, cela permettrait aussi de libérer des surfaces cultivables, en France, mais surtout dans des pays comme le Brésil, où les plantations peuvent mesurer 200 km de côté, et où les gens n’ont pas droit à un petit lopin de terre pour leur propre production alimentaire
Nécessité de prendre en compte la politique mondiale :
« il ne suffit pas de produire des aliments. Il faut encore qu’ils puissent être achetés et consommés par les groupes humains qui en ont besoin » Josué de Castro, Brésilien .
75% des pauvres du monde sont des ruraux
Pouvons-nous nourrir la planète ? nous avons vu que du point de vue des techniques agricoles oui, mais cela dépend aussi énormément des politiques et des systèmes économiques choisis :
a) La libéralisation des échanges met en concurrence « la houe et le tracteur », et des moyens de transport inexistants, des infrastructures insuffisantes avec des moyens aux technologies avancées (avions etc…)
b) Les prix sur le marché mondial sont déconnectés des réalités locales et décidés par les plus gros exploitants ou pire par le monde de la finance
Pouvons-nous remédier aux disparités ?
a) La PAC contribue à la déstabilisation de l’agriculture paysanne, il faut donner des objectifs renouvelés
b) Si on fait reconnaître le droit à la souveraineté alimentaire (droit pour les pays à définir leurs modèles de production et à protéger leurs agricultures) et réguler le commerce international
c) Permettre aux petits paysans l’accès à la terre et à l’eau
d) Favoriser le renforcement des organisations paysannes
e) Permettre aux petits producteurs l’accès aux crédits, à l’information et à la formation
f) Utiliser des concepts prenant mieux en compte toutes les données :
L’espace écologique permet de calculer les ressources disponibles pour chaque habitant de la planète en tenant compte des capacités limitées des ressources de la planète et le droit pour tous de les utiliser (Biens communs de l’humanité), il permet d’intégrer les questions d’équité et de justice sociale et de « dette écologique »
La faim : sous-alimentation, malnutrition, disette, famine ? Il faut préciser les termes sinon le risque est grand de ne pas proposer des réponses adéquates
La FAO préconise que les Etats allouent des ressources à cette agriculture (p19 dossier Altermondes)
Évidemment le sujet est loin d’être complètement traité ici, mais il permet de brosser un tableau, d’engager une réflexion.
Martine Delamarre
Pour en savoir plus :
FSM 2008à METZ :
AGRICULTURE BIOLOGIQUE ET SOUVERAINETE ALIMENTAIRE
Bibliographie proposée par Les Amis de la Terre Moselle
Agriculture biologique :
« Éthique, pratiques et résultats », Le Clech B., Hachler B., Pradel M. : éd. Synthèse Agricole 2003
« évaluation d’un gisement d’emplois », Vérot D., éd. FNAB,1998
« Agriculture biologique en Europe en 2010 scénarios pour le futur », Zanoli R., Gambelli D., Vairo D. ; éd. Universitat Hohenheim 2000
« Agriculture biologique et enjeux environnementaux », Heydel L., éd. CORABIO 1999
« Agriculture et biodiversité des plantes », Chauvet M., Bernhard R., Demesure B., éd. INRA 2001
« Agriculture et biodiversité : Un partenariat à valoriser », Bertrand J., éd. Educagri 2001
« Bio, raisonnée, OGM : Quelle agriculture dans notre assiette ? »Claude Aubert et Blaise Leclerc, Terre Vivante - 15 €
Alimentation :
« Évaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l’agriculture biologique » Affsa, juillet 2003
« La malbouffe « comment se nourrir pour mieux vivre Stella et Joël de Rosnay, SEUIL, 1981
« cuisiner Bio , mode d’emploi », Ed. La plage (info@laplage.fr
Diffusion cedif : ced.societe@wanadoo.fr
Distribution Casteilla : casteilla@wanadoo.fr
INF : Institut Français pour la Nutrition ; a des fiches sur le végétarisme
l’équilibre nutritionnel du végétarien : « végétarisme, cuisine végétarienne », Jacqueline André, Maloine , Paris, 1990
Revue Bio contact (mensuel gratuit) de mars 2006 : dossier sur le Bio
Vivre autrement :
« Revivre à la campagne », John Seymour, Borée, 2007, 36 euros
Tout sur l’autosuffisance, sur quelques mètres carrés ou sur deux hectares. Plus de mille illustrations en couleurs, 312 pages, du jardin à la cuisine, de l’élevage d’une poule à la vannerie, des arbres fruitiers au filage de la laine... plus d’une centaine de chapitres précis et très bien présentés. Bref, un livre pratique, magnifique, à lire absolument par les réalistes... et les rêveurs.
Revue Bio contact (mensuel gratuit) de mars 2006 : dossier sur le Bio