L’épopée d’Areva en Afrique

En publiant Areva en Afrique1, Raphaël Granvaud et l’association Survie dénoncent le mythe de l’indépendance énergétique française et dévoilent les dessous de l’accaparement de l’uranium africain par Areva au prix d’ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales. Entretien avec l’auteur.

Comment la France peut-elle prétendre réduire sa dépendance énergétique grâce au nucléaire ?
Depuis quarante ans, le thème de l’indépendance énergétique grâce au nucléaire civil est un leitmotiv des discours politiques. En réalité, il s’agit d’un mythe, particulièrement vivace, fondé sur des manipulations statistiques – dont la principale consiste à considérer, dans les indicateurs officiels, l’uranium comme une banale matière première, alors que le pétrole et le gaz sont comptabilisés comme des matières énergétiques. Or, dès l’origine de son programme nucléaire, la France importe une large proportion du combustible et, depuis 2001, son intégralité. Pire, cette “indépendance énergétique” revient à considérer le sous-sol des anciennes colonies comme propriété française. C’est particulièrement vrai pour certains Etats africains comme le Gabon et le Niger, dont les mines alimentent depuis des décennies le nucléaire français. Nier notre dépendance à l’uranium africain revient à passer sous silence la privation de souveraineté et le pillage de leur sous-sol.

On retrouve là une certaine vision de la politique française en Afrique…
Cette politique énergétique est au croisement de la propagande nucléaire et de la rhétorique néo-coloniale. On retrouve les mêmes protagonistes dans chacun de ces deux domaines. De Gaulle est à la fois le fondateur du Commissariat à l’énergie atomique et l’instigateur, avec Jacques Foccart, de la Françafrique. Même chose pour Pierre Guillaumat qui a été le père du programme nucléaire français – de la bombe au recours à l’atome par EDF – puis le premier président d’Elf, dont la caisse noire finança les barbouzeries françafricaines. Ce néo-colonialisme s’est perpétué jusqu’à tout récemment : Nicolas Sarkozy a soutenu Areva lors des négociations du prolongement de son contrat au Niger.
Areva a aussi recours aux “diplomates” parallèles, tels que le colonel Denamur, ancien attaché militaire à l’ambassade de France au Niger, Dominique Pin, un ancien de la cellule Afrique de l’Élysée, Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret, ou le Belge George Forrest – un homme d’affaires surnommé le vice-roi du Katanga [au sud de la République démocratique du Congo, ex-colonie belge, cette région est réputée pour la richesse de son sous-sol].

Qu’en est-il des populations concernées !?
L’exploitation de l’uranium engendre une triple catastrophe. D’abord pour l’environnement : la pollution radioactive s’ajoute aux ravages des industries extractives ; déchets et stériles [2] sont laissés à l’air libre et les nappes phréatiques et le sol sont contaminés de façon irrémédiable. Pour la santé, ensuite : jusque dans les années 1990, aucune des mesures de protection et de suivi des travailleurs, appliquées dans les mines françaises, n’était respectée dans les mines gabonaises ou nigériennes.
Et, bien sûr, pour les populations : les expropriations, la destruction du pastoralisme nomade touareg et le développement de bidonvilles dans les cités minières constituent une catastrophe sociale. Quand les mines ferment, ces villes sont abandonnées faute d’activité et à cause de la pollution radioactive.

> PROPOS RECUEILLIS PAR PHILIPPE COLLET


1 Editions Agone.
2 stériles ! : produits constitués par les sols et les roches lors de l’exploitation d’une mine.

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