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L’huile de palme, un ingrédient discret qui détruit les forêts

Le palmier à huile (Elaeis guineensis) est un arbre originaire du golfe de Guinée, en Afrique Occidentale. Les fruits, très riches en huile, sont réunis en régime pouvant peser de 1 à 60 kg.

La pulpe de ces fruits peut être pressée pour obtenir l’huile de palme rouge ou "huile de palme". L’huile de palme représente de 18 à 26% du poids frais d’un régime.

C’est une huile d’une très bonne qualité nutritive car riche en caroténoïde (d’où la couleur rouge) qui est à la base de nombreux régimes alimentaires, notamment en Afrique. Après avoir été raffinée, blanchie et désodorisée, l’huile de palme est un composant essentiel de l’industrie agro-alimentaire : on en retrouve dans les margarines, les pâtes à tartiner, certaines huiles alimentaires, les biscuits, les glaces et autres confiseries.

Cette huile peut également être utilisée comme diester pour la fabrication d’agrocarburant.

L’amande blanche contenue dans les fruits peut aussi être pressée pour obtenir l’huile de palmiste. Les quantités extraites sont beaucoup moins importantes et ne représentent que 2 à 3% du poids frais d’un régime. L’huile de palmiste est utilisée davantage par l’industrie cosmétique (savons et crèmes), l’industrie chimique (vernis, peinture, résine) et la fabrication de détergents (lessives).

Les résidus solides de pressage appelés "tourteaux" sont valorisés comme aliments pour animaux.

La demande mondiale en huile de palme est en plein "boom" et entraîne une hausse régulière de la production (+3%/an depuis 15 ans environ).

S’il existe toujours en Afrique une exploitation traditionnelle de la palmeraie, ce sont surtout les plantations industrielles qui se sont multipliées ces dernières années en Indonésie et en Malaisie qui alimentent le marché mondial. En 2005, l’Indonésie (14 millions de tonnes, MT) et la Malaisie (14,9 MT) ont produit à eux seuls 86% de la production mondiale (33 MT). Les autres pays producteurs sont des pays africains (Ghana, Cameroun) et sud-américain (Colombie).

A l’exception de l’Afrique pour l’instant, le palmier à huile est principalement une culture d’exportation : 26,5 MT/an sont exportées soit 79% de la production mondiale.

L’Europe (4,4 MT/an) et la Chine (4,3 MT/an) sont les principaux importateurs d’huile de palme brute. En 2004, l’Union européenne était destinataire de 23% des exportations indonésiennes d’huile de palme, 61% de celles d’huile de palmiste et 87% des tourteaux de palme (source : rapport Greasy Palms, Friends of the Earth). En 2004, avec 0.3 MT, l’huile de palme est la première huile végétale brute importée en France (source : statistiques Agreste 2004-2005, Ministère de l’agriculture). En réalité, comme expliqué ci-dessus, de nombreux produits alimentaires, cosmétiques ou chimiques contiennent de l’huile de palme. Cette huile de palme "cachée" est très difficilement quantifiable : les Amis de la Terre Angleterre ont constaté qu’environ 1 produit de supermarché sur 10 contient de l’huile de palme.

Dès 2001, suite à la crise de la "vache folle" et à l’interdiction d’utiliser des farines animales, le marché de l’alimentation animale s’est tourné vers les tourteaux de soja et d’huile de palme : les importations de tourteaux d’huile de palme sont ainsi passées de 4000 T/an en 2000 à 145 000 T/an en 2005 (source : statistiques Agreste 2004-2005, Ministère de l’agriculture).

Dans les prochaines années, la demande mondiale, et en particulier des pays du Sud, en huile de palme alimentaire devrait continuer à fortement progresser. Le plus grand danger pourrait venir d’un boom de la demande mondiale, en particulier de l’Europe, en agrocarburant : de nombreux investisseurs s’intéressent aux agrocarburants à base d’huile de palme et les projets de construction de raffineries se multiplient.

Cette explosion de la demande pourrait signifier la disparition définitive des forêts d’Asie du Sud-Est et sans doute de nombreuses autres forêts tropicales dans le monde (Afrique de l’Ouest, Bassin du Congo, Colombie).


Source pour les chiffres cités (hors mention particulière) : Brochure Cocotier et palmier à huile, CIRAD, 2007.

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