Cette cargaison d’huile de palme est certifiée « durable » par la RSPO (Table Ronde pour une Huile de Palme Durable). Les industriels de l’huile de palme créèrent cette Table Ronde en 1994, en réponse aux accusations qui leur étaient faites de détruire les forêts tropicales et la faune sauvage. Son but était de mettre sur pied un système de certification. Pour Kees Vis, président de la Table Ronde pour une l’Huile de Palme Durable (RSPO) et directeur de l’agriculture durable à Unilever « L’arrivée de la première cargaison est un petit pas, mais un pas important vers une production mondiale d’huile de palme, produite en totalité dans le respect des critères de durabilité sociale et environnementale ».
Cette livraison de 500 tonnes en provenance de Malaysie vers le plus grand port européen a été produite par United Plantations et l’on compte parmi les premiers clients, Unilever et la troisième chaîne de distribution britannique, Sainsbury. On retrouve en effet de l’huile de palme dans la moitié de tous les produits consommés, des margarines et biscuits jusqu’aux bâtons de rouge à lèvres, shampooings et autres détergents [1]. L’Union européenne doit en effet importer 50% de ses besoins en huile végétale. En France, par exemple, 67% de la production de colza est utilisée pour fabriquer le Diester de nos voitures, à grand renfort de subventions et ce manque pour l’industrie alimentaire doit être compensé. Les projets de taux d’incorporation obligatoire de carburants d’origine végétale dans l’essence et le diesel vont encore aggraver ce déficit et donner un coup de fouet aux importations d’huile de palme.
Pour Fiona Wheatley directrice des ressources naturelles chez Sainsbury : « Toute norme de durabilité doit être dynamique et pouvoir être remise en question. Mais je suis confiante dans le fait que l’huile de palme que nous avons achetée respecte des normes plus élevées et ne peut être comparée à aucun autre produit que nous ayons obtenu jusqu’à maintenant. »
Jan Kees Vis expliquait par ailleurs, qu’il y avait pour les fabricants deux façons de soutenir la production d’huile de palme durable :
Ils peuvent acheter de l’huile qui a été produite de façon durable (identité préservée) et/ou gardée séparée des autres huiles de palme durant toute la chaîne de production (filière séparée). Dans ce cas, l’utilisateur paye une prime en plus et est autorisé à déclarer sur l’emballage du produit fini, qu’il utilise de l’huile de palme durable.
Toute l’huile produite en respectant les principes de l’huile durable n’est pas séparée de l’huile conventionnelle et vendue en tant qu’huile « durable ». Cela signifie que les minotiers reçoivent le prix normal, pas le prix avec la prime.
Les utilisateurs peuvent cependant, soutenir les minotiers opérant avec des pratiques durables en leur achetant des certificats d’huile de palme durable. Ceux-ci se vendent actuellement entre 40 et 50 dollars chacun et représentent une tonne d’huile de palme.
L’utilisateur qui détient des certificats satisfait ses commandes par la chaîne de fournisseurs habituels. Comme le certificat n’est pas lié à un lot, l’huile reçue ne contient pas forcément, d’huile durable. L’utilisateur peut affirmer soutenir la production d’huile de palme durable à hauteur du pourcentage utilisé dans le produit, mais il ne peut affirmer que ses produits contiennent de l’huile de palme durable.
Si tous les minotiers qui ont adhéré au programme sont finalement certifiés, le marché peut espérer à partir de 2009 à un total de 1,5 millions de tonnes d’huile soutenable. La Table Ronde de l’Huile de Palme Durable prévoit un doublement du tonnage en 2009 et une croissance continue après.
Le Malaysian Palm Oil Council (MPOC) est très actif et joue le rôle de fer de lance de la promotion et de la commercialisation de l’huile de palme. En 2007, son budget atteignait les 5,8 millions d’euros, donnés en presque totalité par un organisme dépendant du ministère malaysien de l’industrie et des ressources. Un certain nombre d’entreprises malaysiennes - dont United Plantations - font à la fois partie de la Table Ronde pour une Huile de Palme Durable et sont membres directs ou indirects du conseil d’administration du MPOC. Il serait intéressant de savoir comment elles concilient les demandes sociales et environnementales de la Table Ronde avec les propos du Dr Yusof Basiron, PDG du Malaysian Palm Oil Council qui affirmait en mars 2006 devant les cameras : "Pour moi, cette campagne anti palme à huile est du sabotage économique du plus haut niveau. Les opposants ne sont pas éloignés des groupes étiquetés actuellement comme terroristes. L’huile de palme est notre ligne de vie et ils veulent la détruire".
Quel crédit peut-on accorder à cette certification ?
Pour ce qui est de la situation en Malaysie, vous pouvez consulter le rapport des Amis de la Terre :
« L’huile de palme malaysienne n’est pas durable » : http://www.amisdelaterre.org/Nouveau-rapport-l-huile-de-palme.html
Voilà ce qu’en dit, Meena Raman, présidente des Amis de la Terre International et directrice des Amis de la Terre Malaisie : « Accepter l’huile de palme malaisienne signifie légitimer la déforestation, accroître les violations des droits humains contre les populations indigènes et conforter un modèle de prise de décision qui interdit la participation des citoyens ». Meena Raman est interdite de séjour dans le Sarawak depuis 1994.
Pour la situation en Indonésie :
« En pleine érosion : les impacts humains de l’extension de l’huile de palme en Indonésie » : www.amisdelaterre.org/Rapport-En-pleine-erosion-Les.html
« Le rapport révèle à quel point les politiques suivies par le gouvernement indonésien et les pratiques adoptées par l’industrie de l’huile de palme portent atteinte aux droits des populations locales et des peuples autochtones. »
Pour la problématique des certifications elles-mêmes :
« Soja certifié « durable » : stop à l’imposture ! » : www.amisdelaterre.org/Soja-certifie-durable-stop-a-l.html
« Les industriels veulent cacher derrière la feuille de vigne verdâtre de la certification, l’étendue de la catastrophe sociale et environnementale qu’est le soja. L’Europe en est le premier importateur mondial et utilise le soja pour nourrir son bétail et produire de la viande. Le soja est désormais aussi utilisé pour la fabrication d’agrodiesel ! Il ne sera durable que si la demande diminue et si nous mettons fin à notre surconsommation de viande et de carburants. Il ne peut y avoir de commerce équitable sans consommation équitable de notre part. »
« Certification : un bel écran de fumée ! » : http://www.amisdelaterre.org/Rapport-La-soutenabilite-comme.html
« Rapport plus technique, mais qui met en avant l’impasse de la certification des cultures de canne à sucre et de soja dans les pays du MERCOSUR. Les projets de certification actuels, dont aucun n’est opérationnel, ne traitent pas les impacts globaux d’expansion des terres (conflits fonciers, déplacements d’activités agricoles) et la hausse des prix alimentaires. Les projets de certification sont dominés par des entreprises multinationales et sont rejetés par les populations locales. Enfin, mise en oeuvre et contrôle sont sujets à caution. »
[1] Liste de produits contenant de l’huile de palme : « Huile palme : les Amis de la Terre interpellent la grande distribution ». : http://www.amisdelaterre.org/Huile-de-palme-les-Amis-de-la.html



