Le 30 novembre, l’Institut de veille sanitaire (InVS) a présenté une étude accablante pour l’incinération des déchets, qui confirme que les populations vivant à proximité d’incinérateurs d’ordures ménagères sont exposés à un risque accru de cancer. Cette étude concerne l’apparition de cancers durant la période 1990-1999 chez des populations ayant vécu à côté ou non d’un incinérateur entre 1972 et 1985. Elle montre qu’il existe un lien significatif entre le lieu de résidence sous un panache d’incinérateur et l’augmentation du risque de certains cancers. Chez les femmes, une augmentation de risque a été observée pour tous les types de cancers, notamment celui du sein. Chez les deux sexes, une augmentation de risque a été mise en évidence pour le cancer du foie et certains lymphômes.
Les auteurs de l’étude ont beau relativiser ces résultats en soulignant qu’aucun lien de causalité directe n’a été établi dans les relations mises en évidence, et qu’il existe d’autres sources d’exposition des populations aux dioxines, il n’en reste pas moins que la France possède le plus grand parc d’installations d’incinération ménagère en Europe. L’étude n’a concerné que des anciennes unités d’incinération, si bien que Nelly Ollin, ministre de l’Ecologie, estime que « ces résultats confortent l’action engagée par le ministère, concernant le respect des nouvelles normes plus strictes » relatives aux concentrations de dioxines dans les fumées d’incinérateur. Mais les conséquences d’une exposition n’apparaissant que des années plus tard, rien ne permet
d’affirmer aujourd’hui que la mise en conformité récente des installations aura permis de diminuer le risque d’apparition de cancers.
D’ailleurs, pour le CNIID (Centre National d’Information Indépendante sur les Déchets), les effets sanitaires désastreux de l’incinération ne seraient pas seulement liés à la dioxine, mais aussi aux nombreux autres polluants émis par les incinérateurs. Sébastien Lapeyre, chargé de mission au CNIID, rappelle que « les dioxines ne doivent pas être l’arbre qui cache la forêt. Vingt composés ont été retenus dans les normes pour les rejets atmosphériques, notamment 12 métaux lourds comme le mercure ou le plomb. Mais la liste des polluants non assujettis à des normes est encore plus longue ; beaucoup de composés organiques sont produits par l’incinération et ne sont pas mesurés alors qu’ils sont également persistants dans l’environnement, toxiques et bioaccumulables, comme les dioxines ». L’incinération produit ainsi des milliers de polluants autres que les dioxines. En outre, le CNIID rappelle que les dioxines et les polluants qui ne sont pas rejetés dans les fumées se retrouvent dans les résidus solides et liquides de l’incinération (mâchefers, résidus d’épuration des fumées, rejets liquides de traitement) et sont donc diffusés dans l’environnement par d’autres voies que la voie atmosphérique.
Sources : Communiqué de presse du CNIID, 30/11/06. Communiqué de presse du M.D.R.G.F. (Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures), 04/12/06.