Ca bouge dans les Landes ! Mais face à la grogne des citoyens, les grands élus essayent de verrouiller le débat : le seul cathéchisme autorisé est celui de Saint-Réseau-Ferré-de-France et de son prophète Mr Coz.
Mais il en faut plus pour arrêter les Amis de la Terre et leurs collègues d’Attac LCS. C’est pourquoi, nous nous nous adressons à la Présidente de la Communauté d’Agglomération du Marsan ainsi qu’à tous les maires de la CAM qui soutiennent ce projet.
Voici donc la lettre ouverte que nous avons adressée à Mme Darrieussecq et, avec quelques modifications dans la forme, à tous les maires de la Communauté d’Agglomération du Marsan :
Quand on engage les finances des communes et de la Communauté d’Agglomération pour des décennies, sur un projet aux retombées hypothétiques, mais aux destructions bien réelles, la moindre des choses c’est de justifier son attitude et de répondre aux questions des citoyens.
Nos questions sont des questions de bon sens et d’intérêt général. Mme la Présidente, Mrs les Maires, nous attendons un vrai débat et de vraies réponses.
(Cette lettre ouverte a aussi été transmise au journal Sud-Ouest qui avait donné la parole à Mme Darrieussecq sur deux pleines pages le samedi 16 janvier)
Mont-de-Marsan , le 20 janvier 2010
à Madame la Présidente de la Communauté d’Agglomération du Marsan
Objet : projet de LGV
Madame
Dans l’article du samedi 16 janvier, Sud-Ouest chapeaute un article en reprenant vos propos : "La CAM devrait être grandement bénéficiaire de l’arrivée de la LGV". Mais sur quoi vous basez-vous pour affirmer cela ?
Depuis 20 ans, toutes les études traitant de l’impact des infrastructures sur l’aménagement du territoire démontrent très clairement que lorsqu’on relie, par autoroute ou TGV, deux zones avec des dynamismes économiques très inégaux, c’est la zone la plus dynamique qui en tire profit, en absorbant tout ou partie de l’activité économique des plus faibles.
Vous croyez que le TGV va apporter à Mont-de-Marsan, richesse et prospérité, alors que Bordeaux prépare près de la gare Saint-Jean, une zone commerciale et économique de 780 ha, des investissements de 2 milliards d’euros et 450 000 m2 de bureaux ! Cette zone économique va tout aspirer dans un rayon de plus de 100 km ! Quelle entreprise viendra s’installer autour de la nouvelle gare de Lucbardez ? Aucune. L’agglomération montoise a tout à perdre dans ce projet. Tout au plus, construira-t-on quelques HLM pour les gens qui iront travailler à Bordeaux et encore, si des TGV s’arrêtent à Lucbardez…
Toutes les gares ex-urbanisées, identiques à celle que vous projetez à Lucbardez, sont des échecs. L’exemple de Vendôme / Villiers sur Loir est emblématique. Les élus locaux ont voulu cette gare sur la LGV Paris / Tours. Ils ont fait un « pari sur l‘avenir ». La gare est à 40 minutes de Paris. Un parc industriel Hi TECH de 40 ha y a été associé. Quinze ans après, aucune entreprise ne s’y est implantée. Seuls des « navetteurs » qui travaillent à Paris empruntent la gare. Mont de Marsan a-t-elle vocation à devenir une cité dortoir de Bordeaux ? Les élus de Vendôme, eux, n’avaient pas de recul. Par contre, aujourd’hui, les responsables de la Communauté d’Agglomération du Marsan connaissent l’échec de ces gares et pourtant, vous vous apprêtez à commettre les mêmes erreurs et gaspiller l’argent des contribuables.
En effet, nous devrions payer par l’intermédiaire de la CAM, 18 millions d’euros pour ces projets, soit 50 ans d’endettement ! Tout ça, pour permettre à Bordeaux d’assouvir ses ambitions de métropole européenne et mieux assécher notre bassin économique montois… En fait et comme vous le savez bien, la CAM s’est engagée, non pas sur une somme fixe, mais sur un ensemble de pourcentages du projet final Tours/Espagne et Tours/Toulouse. Le devis du projet est sous-évalué d’au moins 25 à 30%. Tout porte à croire que pour cette raison - et d’autres points techniques du financement - ce ne sont plus 18 Millions, mais peut être 24, voire 46 millions d’euros que la CAM devra payer ! Quand on voit les besoins urgents ici, sur place, c’est scandaleux. Nous sommes prêts à débattre avec vous, quand vous voulez, des détails de ce montage financier acrobatique.
Les Amis de la Terre et Attac Landes Côte Sud sont d’autant plus inquiets que la SNCF vient d’annoncer la suppression de 1 400 emplois et la suppression d’arrêts TGV sur plusieurs lignes déficitaires. Lille et son agglomération de 1 300 000 habitants vont voir le nombre de TGV diminuer ! Et, ici, vous continuez à croire qu’il y aura 6 arrêts à Mont de Marsan et 4 à Dax. Ne voyez-vous pas que nous sommes en train de nous faire rouler dans la farine et qu’en plus, nous finançons cette farce au niveau de la CAM, du Conseil Général et de la Région ?
Les Amis de la Terre et Attac Landes Côte Sud sont tout aussi attachés que vous au désenclavement ferroviaire de Mont-de-Marsan, mais nous, nous proposons de favoriser l’intérêt général et pas uniquement les rêves mégalos de Bordeaux et Mont-de-Marsan, aux dépens des communes plus petites.
Pour cela, nous demandons l’ouverture d’une liaison électrifiée Bordeaux / Morcenx / Mont-de-Marsan / Aire sur Adour / Tarbes. Vous voulez désenclaver l’est du département ? Voilà la meilleure solution ! Cet axe modernisé permettra de rapprocher Mont-de-Marsan, non seulement de Bordeaux, mais reliera aussi l’est du département au Gers, notre voisin, et via Tarbes, à Toulouse et Pau. De nombreux étudiants pourront se rendre en train dans ces villes universitaires, de même qu’à Aire. L’amélioration de cet axe est aussi la garantie que les gares d’Ychoux, Labouheyre, Morcenx, Ygos, Saint-Martin d’Oney et Mont-de-Marsan ne seront pas fermées, ce qui sera rapidement le cas avec la LGV. Notre proposition est réellement économique, sociale et écologique.
Les Amis de la Terre et Attac vous proposent donc de débattre de ces deux propositions. En effet, lorsqu’un citoyen veut effectuer des travaux de quelques milliers d’euros - par exemple installer un chauffage - il s’adresse à plusieurs entreprises, compare les devis et se fait conseiller. Mais pour la LGV qui, elle, va coûter des milliards d’euros, il n’y a qu’une seule et unique entreprise, un seul et unique devis, et pas un seul conseiller indépendant ! Le seul avis présenté est celui de RFF, l’entreprise qui profitera le plus du projet... Le dossier n’est qu’un épais prospectus publicitaire. Ce n’est pas sérieux ! Ce que les autorités appellent « débat pu¬blic », c’est comme si on vous imposait le chauffage électrique et que vous n’ayez le droit de discuter que sur l’emplacement des... radiateurs. Tout cela ressemble à une vente forcée. Est-ce la liberté de choix que vous préconisez ?
Mme Darrieussecq, nous comprenons vos réticences à débattre. En effet, vous avez bien vu que lorsqu’il y a débat contradictoire et que les citoyens ont la possibilité de s’informer sur le financement, de comparer les alternatives, ils sont dans leur immense majorité opposés à ce projet ruineux qui détruit le tissu social et l’environnement de leurs communes.
Mais face à un projet qui va avoir des conséquences sociales et environnementales traumatisantes pour de nombreuses communes, qui engage les finances locales pour des décennies, pouvez-vous décemment priver vos concitoyens du droit de décider, sur la base d’informations pluralistes et sérieuses, de leur avenir ?
Certaines méthodes, comme le filtrage des participants à l’entrée des salles pour être sûr que les citoyens n’auront que les informations de RFF, déshonore le débat démocratique. Nous espérons vivement que vous ne renouvellerez pas le mode de « gestion des affaires » de vos prédécesseurs que vous avez tant critiqué et que vous accepterez un vrai débat pluraliste et ouvert à tous.
Dans l’attente de ce débat, veuillez agréer, Madame la Présidente, l’assurance de nos sentiments les meilleurs.
Pour les Amis de la Terre : Christian Berdot
Pour Attac Landes Côte Sud : Jean-François Lucquet
